Beaucoup d’entre nous ont appris ce qu’est la culpabilité grâce à leurs parents et à la façon dont ils nous faisaient sentir lorsque nous ne répondions pas à leurs attentes ou que nous n’accomplissions pas les tâches qu’ils nous confiaient. Dans certains cas, la culpabilité peut être remplacée par la honte. La culpabilité et la honte sont des émotions déstabilisantes pour la plupart d’entre nous. Mais des recherches intéressantes suggèrent que ces émotions désagréables, qui se ressemblent quelque peu, résultent d’états différents d’auto-évaluation et de conscience de soi.
Culpabilité et honte
La honte est souvent ressentie lorsque nous avons l’impression d’être inférieurs à ce que nous devrions être. Elle se caractérise par une évaluation négative de soi et un sentiment de dévalorisation. Lorsqu’un parent est contrarié par le fait que son enfant a oublié de faire une corvée, comme sortir la poubelle, il peut le réprimander en lui disant par exemple : « Tu es vraiment un raté ! Tu n’es même pas capable de t’occuper de cette simple corvée ». C’est le genre de mots qui peut conduire à la honte plutôt qu’à la culpabilité. Ce n’est pas la tâche qui n’a pas été accomplie – ou toute répercussion de cette tâche incomplète – qui est mise en avant, c’est le sentiment de compétence et d’estime de soi de l’enfant qui est attaqué.
Lorsqu’un parent se concentre sur la tâche elle-même, et non sur l’enfant qui devait l’accomplir, le résultat peut être très différent. Si un parent voit que la poubelle est encore pleine et décide de la vider lui-même, puis mentionne à l’enfant qu’il a passé du temps à s’occuper de la tâche lui-même, l’enfant sera beaucoup plus susceptible de ressentir de la culpabilité pour ne pas avoir accompli la corvée plutôt que de la honte parce qu’il s’est senti mal dans sa peau en tant que personne.
La honte nous amène à nous sentir impuissants et petits, ce qui limite encore davantage notre capacité d’action et notre confiance en nous pour réussir. Elle nous pousse également à nous accrocher à nous-mêmes et à nos sentiments d’inadéquation. Plus nous nous attardons sur des sentiments négatifs, plus nous risquons de les laisser nous envahir et de nous enfoncer dans la dégradation de soi. Le fait de ruminer des pensées sur les perdants que nous sommes a tendance à renforcer les comportements qui nous poussent à nous sentir et à paraître comme des perdants.
La culpabilité n’est pas vraiment » bonne « , mais elle nous permet de rester concentrés sur notre valeur pour les autres et sur les attentes positives des autres à notre égard, et non sur leurs croyances négatives à notre sujet. Des chercheurs (Zhu et al., 2018) ont découvert que la honte est une émotion qui se produit dans un endroit du cerveau lié au traitement autoréférentiel, ce qui signifie que la honte ne concerne pas « l’autre », mais notre propre valeur. La culpabilité, en revanche, déclenche la partie du cerveau associée à l’empathie envers les autres. Lorsque nous décevons quelqu’un, nous nous concentrons sur la relation et sur la reconnaissance de ce que nos actions (ou notre absence d’actions) ont pu faire ressentir à l’autre. Nous nous concentrons sur les sentiments et les expériences des autres, et non sur les nôtres. C’est l’une des raisons pour lesquelles la culpabilité peut être un signe de potentiel de leadership.
Secrets honteux ou secrets coupables ?
Slepian, Kirby et Kalokerinos (2019) viennent de publier une étude indiquant que les secrets honteux sont plus susceptibles de nous amener à nous sentir mal dans notre peau que les secrets coupables. Lorsque nous éprouvons de la honte pour quelque chose que nous avons fait, nous sommes probablement beaucoup plus réticents à en parler ou à le reconnaître de manière à pouvoir rectifier nos erreurs. La culpabilité, en revanche, est une émotion qui incite davantage à l’action : lorsque nous nous sentons coupables, nous sommes plus motivés pour réparer les dommages que nous avons causés ou pour essayer de rattraper nos erreurs.
La culpabilité peut-elle être positive ?
En fait, le fait d’avoir tendance à se sentir coupable et à admettre la culpabilité de ses actes peut être un indicateur de sa capacité de leadership (Schaumberg & Flynn, 2012). Dans trois études connexes, la culpabilité a été examinée en relation avec la perception des individus en tant que leaders. Les chercheurs ont constaté que les personnes enclines à la culpabilité avaient tendance à être considérées comme des leaders naturels plus forts. Si vous vous sentez responsable du bien-être des autres, vous avez plus de chances d’apparaître comme un leader parmi les autres et d’être naturellement perçu comme le leader d’un groupe. Lorsque vous êtes capable de ressentir de l’empathie pour les autres et d’être conscient du rôle que vos actions peuvent jouer dans la fortune ou le bien-être d’autrui, vous avez de bonnes chances d’accéder à des postes de direction si vos actions sont également en phase avec cette prise de conscience.
La culpabilité n’est pas si mauvaise, à condition de la maîtriser
Un sentiment de culpabilité débilitant ne vous fera évidemment pas monter en grade. Elle peut même être le trait de caractère qui vous empêche d’évoluer positivement. Les dirigeants doivent également être capables d’aller de l’avant et de prendre des mesures même lorsque le succès n’est pas garanti et qu’il y a des risques. Les leaders forts prennent des risques raisonnables et assument la responsabilité de leurs décisions. Les leaders qui gagnent le respect des membres de leur équipe sont des leaders qui sont prêts à reconnaître leurs erreurs. Ils tirent les leçons de leurs erreurs et utilisent ces nouvelles connaissances pour orienter leurs actions futures. Ils ne réagissent pas par la honte à l’échec, mais l’utilisent comme une opportunité d’apprentissage.
En conclusion, rappelez-vous que la honte est une émotion très égocentrique et débilitante. La honte nous pousse à nous cacher du monde et à nous apitoyer sur notre sort. La culpabilité peut nous rendre un peu dysphorique, mais elle est beaucoup plus susceptible de nous motiver à prendre des mesures positives pour réparer le mal que nos actions – ou notre inaction – ont pu causer.
Références
Schaumberg, R. L. et Flynn, F. J. (2012). Uneasy lies the head that wears the crown : The link between guilt proneness and leadership. Journal of Personality and Social Psychology, 103(2), 327-342. doi:http://dx.doi.org/10.1037/a0028127
Slepian, Michael, J.N. Kirby et E.K. Kalokerinos. Honte, culpabilité et secrets sur l’esprit. Emotion, 2019.
Zhu, R., Wu, H., Xu, Z., Tang, H., Shen, X., Mai, X., & Liu, C. (2019). Distinction précoce entre le traitement de la honte et de la culpabilité dans un contexte interpersonnel, Social Neuroscience, 14:1, 53-66, DOI : 10.1080/17470919.2017.1391119.