Les enfants solitaires sont avides de contacts

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Tout ce temps que les enfants passent en ligne avec si peu de contacts avec leurs pairs (ou les adultes qui les entourent) est une source d’inquiétude pour de nombreux parents. Et pour cause : Nos enfants s’exposent à une vie d’isolement social et aux problèmes de santé mentale qui en découlent. En fait, une récente enquête menée auprès d’enfants au Royaume-Uni par l’Office des statistiques nationales a révélé qu’un jeune sur dix âgé de 10 à 15 ans déclarait ressentir des périodes prolongées de solitude. Aux États-Unis, une étude réalisée l’année dernière par la compagnie d’assurance Cigna a donné des résultats encore pires. Si plus de 40 % des Américains de tous âges ont signalé des périodes prolongées de solitude, les membres de la génération Z, c’est-à-dire les jeunes âgés de 18 à 22 ans, affichaient les taux les plus élevés, près de 60 % d’entre eux faisant état d’un grand nombre de comportements associés à l’isolement social.

Le motif de réaffiliation

Tout cela est très préoccupant, mais j’ai récemment découvert une source de bonnes nouvelles : cette situation pourrait être corrigée si nous fournissons aux enfants le soutien dont ils ont besoin pour changer. Les enfants, si on leur offre la possibilité de renouer des liens et qu’on les aide à penser différemment le rejet qu’ils subissent si souvent, ont en fait envie de s’attacher. Il existe une théorie appelée « motif de réaffiliation » qui a été avancée par un groupe de chercheurs dirigé par le Dr Pamela Qualter de l’université de Manchester. Qualter s’appuie sur les travaux de J. T. Cacioppo, qui a montré que les êtres humains sont biologiquement conçus pour ressentir de la douleur lorsqu’ils se sentent seuls. Cela signifie que nous ressentons la solitude aussi intensément que la faim. La solitude est donc un « sentiment aversif » qui a probablement évolué pour nous rappeler que notre réseau social était brisé et pour nous motiver à réparer et à maintenir les relations importantes dans notre vie.

C’est ce sentiment d’aversion qui, selon Qualter, motive nos enfants à s’attaquer à leur solitude. C’est une idée convaincante, qui me donne de l’espoir. Cependant, la nature des relations d’un enfant évolue au fil du temps. Qualter affirme que les jeunes enfants recherchent la proximité des autres (le simple fait d’être dans le même espace), tandis que les jeunes plus âgés ont besoin d’être validés par leurs pairs et les adultes pour ce qu’ils ont à apporter en tant qu’individus uniques. Au début, lorsque les enfants sont encore au début de leur adolescence, cela les pousse à rechercher un statut parmi leurs pairs, mais cela se transforme en désir d’intimité au fur et à mesure qu’ils grandissent. Tous ces « likes » sur Facebook perdront de leur importance avec le temps. Le problème, cependant, c’est que les vieux schémas de retrait social qui ont commencé tôt dans la vie persistent, ce qui fait que les membres de la génération Z sont dans un état perpétuel de crise émotionnelle.

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Mais pourquoi la solitude s’est-elle emparée de tant d’enfants ? Il semble que cela se produise lorsque les enfants s’enferment dans des schémas d’évaluation cognitive erronée et d’hyper-vigilance aux moindres signes de rejet. Si ces schémas de pensée perdurent (et sont renforcés par un barrage de médias sociaux), les enfants deviennent excessivement sensibles aux signaux sociaux qui les rejettent ou les jugent durement. Ce mode de pensée erroné entraîne alors des changements dans le comportement de l’enfant et approfondit les schémas de retrait social. Il est toutefois intéressant de noter que ce même retrait social peut être une très bonne stratégie pour faire face aux sentiments de rejet ou de jugement sévère. La recherche sur la solitude montre que les personnes qui se retirent se protègent tout en se donnant un temps d’arrêt pour réfléchir à la manière d’améliorer leurs relations sociales. En d’autres termes, une courte période de retrait social peut aider un enfant à réévaluer sa situation et à planifier de nouvelles relations. Le problème est que ce schéma de retrait peut devenir un schéma qui ne sera jamais résolu. La solution consiste à aider les enfants à envisager leur situation différemment. S’ils parviennent à moduler leur perception de la menace et à renouer le contact avec les personnes qu’ils perçoivent comme les mettant à l’écart, ils peuvent alors être en mesure de contrôler les causes de leur solitude.

Selon Qualter, le processus de lutte contre la solitude commence au moment crucial où l’enfant fait l’expérience du rejet. Si l’enfant ne laisse pas ces pensées modifier son comportement, mais continue à être ouvert à l’attachement, il évitera la spirale descendante vers l’isolement. Heureusement, le motif de réaffiliation fait qu’il est plus probable qu’un enfant choisisse de changer sa façon de penser et de trouver des relations sociales quand et si elles sont disponibles.

Aider nos enfants à être moins seuls

Heureusement, nous pouvons aider nos enfants à se sentir moins seuls :

  • Tout d’abord, il faut aider les enfants à se désengager des menaces sociales perçues. Cela signifie qu’il faut les éloigner des situations sociales toxiques.
  • Deuxièmement, il faut aider les enfants à cesser de se focaliser sur les insultes sociales et à reporter leur attention sur les moments où la menace n’existait pas ou sur les moments où les gens ont apprécié la contribution de l’enfant à la vie d’autrui. Il s’agit là d’une astuce cognitive, mais qui permet de rompre avec la tendance des enfants à être obsédés par les problèmes. Qualter appelle ce processus « l’amorçage de l’ acceptation ». Il permet aux enfants de voir les opportunités d’acceptation sociale qui sont facilement accessibles.
  • Troisièmement, il faut changer les occasions pour l’enfant de nouer des liens sociaux. Aucune gymnastique mentale ne produira de changement à long terme dans l’expérience de la solitude d’un enfant s’il n’a pas la possibilité de nouer de nouvelles relations. Un enfant n’a pas besoin de beaucoup d’amis. Il a juste besoin d’un petit groupe fiable de personnes qui lui rappellent qu’il est important.

Références

Qualter, Pamela & Vanhalst, Janne & Nowland, Rebecca & Roekel, Eeske & Lodder, Gerine & Bangee, Munirah & Maes, Marlies & Verhagen, Maaike. (2015). Loneliness Across the Life Span. Perspectives on Psychological Science.

Cacioppo, S., Grippo, A. J., London, S., Goossens, L. et Cacioppo, J. T. (2015). Loneliness : Importance clinique et interventions. Perspectives on Psychological Science, 10, 238-249.