Qu’est-ce qui donne le plus de pouvoir, le pardon ou la vengeance ?

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Lorsque nous avons été blessés par les actions de quelqu’un, en particulier d’une personne en qui nous avons confiance et sur laquelle nous comptons, cela peut menacer notre besoin de contrôle, nous faisant nous sentir vulnérables et impuissants. Les recherches suggèrent que la façon dont nous réagissons lorsque nous nous sentons blessés reflète souvent une tentative de retrouver ce sentiment de pouvoir.

Mais quels sont les types de réponses les plus efficaces à cet égard ? Vaut-il mieux pardonner et oublier, se résoudre à laisser tomber la colère et le ressentiment ? Ou devrions-nous exploiter ces émotions pour nous assurer que l’autre personne en tire une leçon et ne se comporte plus de la sorte ?

Selon des recherches récentes, la réponse à cette question dépend de la nature de l’infraction, et plus particulièrement de la nature des intentions de l’auteur de l’infraction.

Dans une première étude, les participants ont imaginé un scénario dans lequel l’un de leurs amis racontait une histoire embarrassante à leur sujet dans un contexte social. Ensuite, ils ont été répartis au hasard pour imaginer que leur ami avait l’intention de les blesser ou non, puis pour imaginer qu’ils pardonnaient à leur ami, qu’ils se vengeaient en embarrassant leur ami de la même manière, ou qu’ils ne réagissaient pas. Une deuxième étude a suivi un format similaire mais a demandé des réponses à des transgressions de la vie réelle, telles que la trahison d’un partenaire romantique.

Les résultats des deux études indiquent que la vengeance – qu’elle soit imaginée dans un scénario hypothétique ou mise en œuvre dans la vie réelle – est liée à un plus grand sentiment de responsabilisation que l’inaction, mais uniquement lorsque l’autre personne avait l’intention d’être blessante. En revanche, le pardon est lié à la responsabilisation, quelle que soit l’intention de l’agresseur.

Les chercheurs ont conclu que la vengeance peut être plus valorisante lorsqu’elle sert un objectif constructif, comme donner une leçon à quelqu’un ou lui montrer que son comportement ne sera pas toléré, et que cela peut être plus pertinent pour les dommages intentionnels. Ils ont toutefois noté que dans de nombreux cas, c’est l’affirmation de soi et le fait de se défendre qui sont plus valorisants que la vengeance en tant que telle.

La forme que prend la vengeance a probablement aussi son importance. Dans la première étude, la vengeance a consisté à embarrasser publiquement votre ami de la même manière qu’il vous a embarrassé. Mais il peut y avoir des façons plus constructives de faire sentir à quelqu’un les conséquences de ses actes que de simplement répéter la même offense. Par exemple, la victime dans ce scénario peut avoir choisi de prendre de la distance avec son ami, ce qui peut être valorisant sans pour autant provoquer de la honte ou des regrets.

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La conclusion selon laquelle le pardon est une source d’autonomisation, quelle que soit l’intention de l’auteur de l’acte, est cohérente avec les recherches suggérant que le pardon peut avoir des effets bénéfiques sur la santé mentale et physique. Le pardon peut permettre de retrouver un sentiment de pouvoir et de contrôle en choisissant d’abandonner le fardeau du ressentiment et de réduire l’emprise émotionnelle que les actions d’une personne ont sur vous. En fait, c’est peut-être cet effet de responsabilisation qui explique certains de ses effets positifs sur le bien-être, ont suggéré les chercheurs.

Mais comme pour la vengeance, l’impact du pardon peut dépendre des intentions de l’agresseur. Dans une étude, les participants prévoyaient de se sentir moins respectueux d’eux-mêmes s’ils pardonnaient à un partenaire romantique qui ne s’était pas amendé pour une trahison de confiance, par rapport à ceux qui refusaient de pardonner dans une telle situation. Une autre étude a montré que le pardon conjugal était lié à une réduction des récidives uniquement dans la mesure où l’auteur de l’infraction présentait un score élevé pour le trait de personnalité de l’agréabilité, qui implique l’empathie et la gentillesse. Les délinquants moins aimables ont pu considérer le pardon comme un signe de faiblesse susceptible d’être exploité (une analyse a montré qu’ils craignaient moins que leur partenaire ne se mette en colère s’ils répétaient l’infraction), tandis que les partenaires plus aimables ont pu considérer le pardon comme un geste de bonne volonté qui doit être respecté.

Pour compliquer encore les choses, bien que le pardon et la vengeance puissent sembler opposés, la recherche suggère qu’ils sont parfois positivement corrélés, c’est-à-direqu’il est possible de ressentir les deux désirs à la fois ou d’adopter les deux comportements. Par exemple, une personne peut éprouver de la compassion pour un délinquant tout en souhaitant que justice soit faite. Dans un groupe d’études, les participants pardonnaient davantage aux délinquants qui recevaient ce qu’ils estimaient être une punition appropriée et juste, par rapport à ceux qui n’étaient pas punis. Plutôt que d’alimenter la colère, la punition équitable semblait l’apaiser.

Faire face à des transgressions, en particulier les plus graves, n’est pas un processus simple ; même lorsque le pardon est l’objectif ultime, le chemin pour y parvenir peut être long et semé d’embûches. Au cœur d’une expérience blessante, la meilleure chose à faire est parfois de se laisser aller à ressentir ce que l’on ressent, sans jugement – le bon, le mauvais et le laid – et, avant de passer à l’action, de se donner l’espace nécessaire pour réfléchir aux réponses qui nous serviront le mieux, à nous et à ceux que nous aimons, sur le long terme.

Références

Strelan, P., Van Prooijen, J.W. et Gollwitzer, M. (2020). When transgressors intend to cause harm : The empowering effects of revenge and forgiveness on victim well-being. British Journal of Social Psychology, 59(2), 447-469.