Pourquoi certains sons sont-ils si douloureux ?

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Il y a des sons que presque tout le monde n’aime pas : le bruit des ongles qui rayent un tableau noir ou celui d’une fourchette qui racle une assiette, pour n’en citer que quelques-uns. Pour de nombreuses personnes, entendre ces sons, ou même simplement y penser, suscite le dégoût et provoque des sensations désagréables, voire douloureuses, dans différentes parties du corps, comme les ongles ou les dents.

Mais pourquoi ces sons sont-ils si répugnants ?

La recherche a examiné certaines des propriétés auditives associées aux « sons horribles ». Par exemple, une étude de Reuter et Oehler (2011) a montré que les informations acoustiques dans la bande de 2000 à 4000 Hz étaient particulièrement prédictives des réactions négatives aux sons naturels et synthétiques d’ongles sur un tableau noir. D’autres ont émis l’hypothèse que le fait d’être alarmé par certains sons, comme les pleurs d’un bébé, pouvait présenter des avantages sur le plan de l’évolution. Certains sons pourraient indiquer un danger, et le cerveau pourrait être câblé pour répondre à ces ondes sonores.

Mais dans une recherche récente menée à l’UC Santa Cruz, le Dr Pat Samermit, Jeremy Saal et moi-même avons proposé qu’il n’y ait pas que les ondes sonores : Nous avons proposé que certains sons soient aversifs, en partie à cause des images mentales négatives qu’ils évoquent chez l’auditeur.

Intégration multisensorielle

Les psychologues cognitifs savent depuis des décennies que les sens ne sont pas indépendants et, en particulier, que les traitements auditif et visuel sont étroitement liés. C’est ce que montrent des démonstrations telles que l’illusion du « rebond » découverte par Robert Sekuler en 1997. Dans ce cas, la présence ou l’absence d’un signal sonore détermine si les participants interprètent deux balles comme se croisant (en l’absence de signal sonore) ou rebondissant l’une sur l’autre (en présence d’un signal sonore).

Inversement, les événements visuels peuvent modifier ce que nous entendons. Dans l’effet McGurk classique (découvert par McGurk et MacDonald en 1976), on entend le son d’un orateur disant « Ba-Ba », synchronisé avec une vidéo de l’orateur prononçant « Ga-Ga ». La perception qui en résulte est une étrange morphologie des deux sons ; les gens disent souvent entendre « Da-Da » ou « Ga-Da », mais presque jamais le « Ba-Ba » original, c’est-à-dire s’ils regardent la vidéo. S’ils détournent les yeux de la vidéo, ils entendent à nouveau le « Ba-Ba » original – essayez-le vous-même!

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Un effet McGurk pour les sons désagréables ?

Dans notre article publié dans Multisensory Research, mes collègues et moi-même nous sommes demandé si un effet similaire à celui de McGurk pouvait exister pour les sons aversifs. Plus précisément, nous nous sommes demandé si des sons horribles, tels que des ongles grattant un tableau noir, pouvaient sembler moins horribles s’ils étaient synchronisés avec des vidéos représentant des sources alternatives plausibles et moins aversives de ces sons.

Par exemple, le bruit des ongles qui rayent un tableau noir serait-il moins horrible s’il était interprété comme celui d’une personne qui déchire une feuille de papier ? Ou encore, le bruit d’une fourchette grattant une vitre serait-il plus tolérable s’il était interprété comme le gazouillis d’un oiseau ?

Pour tester cette question, nous avons créé huit paires de stimuli audiovisuels : ongles grattant un tableau noir, métal raclant du verre, personne faisant craquer ses articulations, etc. Nous avons synchronisé chaque son horrible avec une source alternative plausible qui offrait une interprétation plus positive (par exemple, le déchirement d’un papier, le gazouillis d’un oiseau ou le tapotement d’un stylo sur une table en bois). Les participants ont regardé les deux types de vidéos et ont évalué les sons sur des échelles de plaisir/désagrément, confort/inconfort, et sur la mesure dans laquelle les sons provoquaient des sensations corporelles.

Nicolas Davidenko
Résultats de Samermit et al. (2019) montrant l’effet des vidéos positives (PAVS) ou originales (OVS) simultanées sur les évaluations sonores.
Source : Nicolas Davidenko

Nos résultats ont montré que la présentation simultanée de sources vidéo alternatives positives (PAVS) avait un effet important sur les réactions des participants par rapport au visionnage des vidéos originales (OVS). Les évaluations du caractère désagréable et des sensations corporelles étaient nettement inférieures lorsque des sons horribles étaient associés à des vidéos alternatives moins horribles.

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Ces résultats suggèrent fortement que les « sons horribles » ne sont pas seulement horribles en raison des propriétés de leurs ondes sonores. Ils le sont également en partie en raison des images mentales que nous associons à ces sons. Par exemple, le son d’ongles sur un tableau noir peut évoquer l’image d’un tableau noir que l’on gratte et la sensation de douleur qui y est associée au niveau des ongles. Toutefois, si une source alternative synchronisée est présentée visuellement à l’auditeur, cette composante de l’expérience négative peut être évitée.

Remise en mémoire intersensorielle

Notre recherche a donc des implications sur la manière dont les gens peuvent gérer les sons désagréables dans leur environnement. Plutôt que d’essayer de l’ignorer ou de le désactiver (ce qui peut s’avérer difficile, voire contre-productif), essayez de réimaginer le son comme provenant d’une source différente, quelque chose de plausible mais de plus agréable que la source d’origine.

Dans le cadre de travaux en cours, nous examinons si ce type de remappage intersensoriel peut être utile dans le traitement de la misophonie, une maladie dans laquelle les individus ont des réactions physiques et émotionnelles débilitantes à certains sons déclencheurs courants, comme la mastication, le reniflement ou le tapotement répétitif. Cette recherche pourrait déboucher sur des thérapies potentielles de la misophonie basées sur la remappage intersensoriel et suggérer une compréhension plus large de la maladie comme impliquant des interactions multisensorielles.

Références

Samermit, P., Saal, J. et Davidenko, N. (2019). Les stimuli intersensoriels modulent les réactions aux sons aversifs. Multisensory Research, 1-17. doi : https://doi.org/10.1163/22134808-20191344.

McGurk, H. et MacDonald, J. (1976). Hearing lips and seeing voices. Nature, 264(5588), 746-748.

Reuter, C. et Oehler, M. (2011). Psychoacoustics of chalkboard squeaking (Psychoacoustique du grincement du tableau noir). The Journal of the Acoustical Society of America (facteur d’impact : 1,52), 130(4), 2545.

Sekuler, R. (1997). Le son modifie la perception visuelle du mouvement. Nature, 385(6614), 308.