Points clés
- L’exclusion sociale est psychologiquement douloureuse pour les enfants et leurs parents.
- Il est important pour les parents d’écouter activement leur enfant, de valider ses émotions et de normaliser l’expérience de l’exclusion.
- Les enfants peuvent devenir plus résilients en acquérant des compétences sociales et d’adaptation, en rejoignant des groupes qui les intéressent et en faisant preuve d’empathie à l’égard des autres.
Cette année, ma fille d’âge scolaire est revenue d’une fête d’anniversaire avec une expression que je n’avais jamais vue, surtout après ce qui aurait dû être une occasion joyeuse. Elle m’a dit que personne n’avait voulu jouer avec elle. Lorsqu’elle s’est approchée d’un enfant pour lui proposer de jouer, celui-ci a répondu qu’il préférait être seul, avant de jouer avec d’autres enfants quelques minutes plus tard.
Dans les semaines qui ont suivi la fête, d’autres histoires sont apparues. Par exemple, un camarade a montré une prédilection pour les roulements de yeux, même en réponse aux paroles aimables de ma fille. Il est difficile de reprocher à quelqu’un de rouler des yeux ou de vous traiter comme un ami un jour et de vous fuir le lendemain. Pourtant, c’est douloureux.
Les conséquences psychologiques de l’exclusion sociale sont bien documentées dans la littérature scientifique. Elles se traduisent notamment par une baisse de l’estime de soi, de la tristesse et de l’anxiété. Lorsque la douleur de l’exclusion est exceptionnellement vive, nous traitons ce que les experts appellent la sensibilité au rejet, c’est-à-dire une tendance à percevoir le rejet et à en ressentir de la détresse. Pour les personnes sensibles au rejet, l’exclusion est perçue comme une menace qui semble surgir partout. Cela peut conduire les enfants à éviter les interactions sociales, y compris les occasions de nouer des amitiés plus saines.
Pour atténuer efficacement l’impact de l’exclusion sociale, nous devons aider les enfants à apprendre à y répondre de manière productive et les guider pour qu’ils aient une perception plus saine des interactions avec leurs pairs. Voici quelques suggestions pour entamer la conversation.
Soyez prudent dans vos réactions
Lorsque ma fille a parlé de son exclusion, j’ai essayé de la soutenir. Cependant, ma réaction spontanée est allée dans la direction opposée, car j’ai été envahie par la tension et l’instinct parental de protection. Je me suis empressée de trouver une solution immédiate, qu’il s’agisse de lui enseigner une compétence sociale qui l’aiderait à être mieux acceptée, ou de lui dire de se tenir à l’écart des personnes difficiles. Ma fille a réagi à ces suggestions en se montrant plus abattue et en disant qu’elle voulait arrêter d’en parler.
Une solution efficace peut être occultée si vous exigez une réponse immédiate ou une solution rapide. Je soupçonne que ma réponse a véhiculé un sentiment d’urgence qui a implicitement envoyé le message que l’exclusion sociale est quelque chose qu’il faut craindre et éviter. En revanche, le message que les enfants doivent apprendre est qu’ils sont capables de surmonter les difficultés.
Validez les émotions de votre enfant
Il se peut que votre enfant soit réticent à parler de sa mise à l’écart. S’il réagit négativement à vos tentatives de dialogue, laissez-lui du temps et de l’espace, et revenez sur le sujet plus tard. À moins que vous ne soupçonniez que votre enfant risque de se faire du mal, il est probablement préférable pour le lien parent-enfant de laisser aller les choses plutôt que de forcer la situation. Assurez-lui que vous êtes là pour l’écouter quand il sera prêt.
Lorsque votre enfant est prêt à en parler, validez ses émotions en précisant qu’il n’y a pas de mauvais sentiments. Par exemple, vous pouvez dire : « C’est ennuyeux quand tes amis ne veulent pas jouer avec toi ».
Parlez à votre enfant des raisons de l’exclusion sociale
L’étape suivante consiste à normaliser l’expérience. Par normaliser, je ne veux pas dire approuver ou invalider la douleur de votre enfant. Il s’agit plutôt de lui rappeler qu’il est en bonne compagnie s’il a vécu une expérience d’exclusion. Cela contribuera à réduire l’isolement et la honte qui peuvent accompagner de telles expériences.
Parlez à votre enfant de ses capacités d’adaptation
La prochaine étape consistera à fournir à votre enfant des outils spécifiques pour faire face à l’exclusion sociale. Voici quelques points à prendre en considération.
- Avant d’enseigner à votre enfant comment faire face à la mise à l’écart, demandez-lui de trouver ses propres solutions. Plus précisément, vous pourriez lui dire : « Qu’aimerais-tu faire la prochaine fois que cela se produira ? ».
- Insistez sur le fait que votre enfant a des qualités que les autres enfants apprécieront, même si tous les enfants ne les apprécient pas. Ensuite, dressez ensemble une liste des qualités positives de votre enfant, en particulier celles sur lesquelles il a un certain contrôle. Par exemple, il sera plus efficace de souligner sa gentillesse que de lui dire qu’il est beau.
- Il peut également être utile d’identifier les difficultés en matière d’aptitudes sociales qui entravent les interactions de votre enfant avec ses pairs, comme le fait d’insister pour jouer à sa façon avec peu de souplesse, de se pousser dans un groupe ou d’être trop timide pour montrer de l’intérêt pour ce que jouent les autres. Trouvez un moment de calme pour introduire des compétences plus efficaces, en les présentant comme des stratégies spéciales qui l’aideront à se sentir plus confiant lorsqu’il essaiera de jouer avec d’autres enfants à l’école.
- Veillez à ce que votre enfant ne s’imagine pas qu’il est exclu alors que ce n’est pas le cas. Demandez-lui de décrire ce qu’il a vécu et vu directement, plutôt que ce qu’il a entendu dire à son sujet. Vous pouvez même lui faire jouer la scène.
- Une autre solution consiste à aider votre enfant à trouver un groupe ayant les mêmes centres d’intérêt que lui. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous inscrivons les enfants à des activités extrascolaires, afin de les aider à rencontrer des personnes partageant les mêmes intérêts.
Parlez à votre enfant de l’aide à apporter aux personnes exclues
Apprenez à votre enfant à identifier les autres enfants exclus et donnez-lui les outils et les encouragements nécessaires pour les aider. Le fait de tendre la main à d’autres enfants qui éprouvent la même douleur que lui aidera votre enfant à se sentir plus fort, contrairement au sentiment d’impuissance qu’il a ressenti lorsqu’il a été exclu.
Conclusion : Un équilibre délicat
Aider votre enfant à faire face à sa mise à l’écart n’est pas une mince affaire. Il faut trouver un équilibre délicat entre l’intervention, l’encadrement et peut-être l’art de la mise en relation, tout en permettant à l’enfant de résoudre ses problèmes par ses propres moyens. Bien que l’exclusion sociale soit mal vécue par les enfants et leurs parents, il est possible de transformer cette expérience en une opportunité d’apprentissage en engageant votre enfant dans des conversations constructives. En donnant à votre enfant les moyens de faire face à l’exclusion sociale et d’aider les autres qui en sont également victimes, vous aurez un impact considérable sur son estime de soi et sa confiance en lui.
Références
Levy, S. R., Ayduk, O. et Downey, G. (2001). The role of rejection sensitivity in people’s relationships with significant others and valued social groups. In M. R. Leary (Ed.), Interpersonal rejection (pp. 251-289). Oxford University Press.
Sandstrom, M. J. et Zakriski, A. L. (2004). Understanding the experience of peer rejection. In J. B. Kupersmidt & K. A. Dodge (Eds.), Children’s peer relations : From development to intervention (pp. 101-118). American Psychological Association. https://doi.org/10.1037/10653-006
