Points clés
- Les capacités de traitement intersensoriel social des nourrissons à l’âge de 6 mois prédisent le développement du langage chez les tout-petits.
- Le traitement intersensoriel prédit les résultats en matière de langage, même en tenant compte de l’apport linguistique des parents et du statut socio-économique.
- Cette recherche pourrait conduire à des avancées dans les interventions auprès des enfants présentant des retards de langage.
- Les parents peuvent favoriser le développement du langage de leur enfant en faisant appel à plusieurs sens lorsqu’ils lui parlent.
Une étude récente publiée dans la revue Infancy a montré que la capacité des bébés à faire correspondre la parole aux visages permettait de prédire leurs futures capacités linguistiques.
L’étude a suivi 103 enfants de l’âge de trois mois à l’âge de trois ans et a évalué leur développement du langage et leurs capacités de traitement intersensoriel (traduction : faire correspondre la vue et le son). Ces compétences se développent au cours des six premiers mois de la vie. Les chercheurs ont donc testé le traitement intersensoriel des enfants de trois et six mois afin d’identifier les différences précoces qui contribuent au développement du langage. L’étude a testé le traitement intersensoriel social en montrant à des nourrissons des vidéos de six femmes différentes en train de parler (voir ci-dessous) pendant qu’une piste de dialogue était diffusée, et a mesuré la précision avec laquelle les nourrissons se concentraient sur la vidéo qui correspondait au dialogue.

L’étude a montré qu’une plus grande précision dans l’établissement de correspondances entre les locuteurs et la parole à l’âge de six mois était corrélée à un vocabulaire plus étendu à l’âge de 18, 24 et 36 mois, et à une plus grande quantité de parole à l’âge de 18 et 24 mois. Cette corrélation n’a pas été observée chez les enfants de trois mois, mais la tâche était peut-être trop difficile pour mesurer correctement le traitement intersensoriel chez les nourrissons plus jeunes.
Les chercheurs ont suggéré que le fait d’être plus avancé dans cette compétence à l’âge de six mois permettait aux nourrissons de mieux profiter des opportunités d’apprentissage du langage, car ils pouvaient prêter attention à des indices linguistiques plus complexes tels que les expressions faciales ou le ton. Le test de correspondance visage-voix pourrait également refléter la capacité des nourrissons à se concentrer sur un locuteur et le fait d’être plus attentif à la parole donne également aux nourrissons davantage de possibilités d’apprentissage.
L’étude a également testé le traitement intersensoriel non social (traduction : faire correspondre un son et une image dans un contexte non social) selon la même méthode, mais en diffusant des vidéos et des sons de jouets que l’on secoue, au lieu de personnes qui parlent, et a constaté qu’il n’y avait pas de corrélation entre ce traitement et le développement du langage. Cette découverte suggère que la capacité à faire correspondre les formes de la bouche à la parole est particulièrement importante pour le développement du langage.
Une limite importante de cette recherche est qu’il s’agit d’une recherche corrélationnelle, ce qui signifie que nous ne savons pas si le traitement intersensoriel améliore réellement le langage ou s’il est simplement lié à un meilleur langage. Bien que les chercheurs aient constaté que le traitement intersensoriel était un facteur prédictif du développement du langage même après avoir pris en compte d’autres facteurs prédictifs importants tels que le statut socio-économique des parents, il se peut que d’autres variables non prises en compte expliquent cette relation.
Toutefois, ces résultats sont remarquables car ils suggèrent que le développement du traitement intersensoriel chez les nourrissons peut contribuer au développement de leur langage. L’identification de nouveaux facteurs qui influencent le développement du langage peut contribuer à l’élaboration d’interventions plus efficaces pour les retards de langage chez les nourrissons.
Ce que cela signifie
Les nourrissons qui parviennent le mieux à faire le lien entre la parole et le locuteur présentent un développement du langage plus avancé jusqu’à deux ans et demi plus tard. Ces recherches nous rappellent que de nombreux facteurs influencent le développement du langage. Bien qu’il faille poursuivre les recherches sur la manière d’améliorer le traitement intersensoriel chez les nourrissons, voici quelques conseils qui pourraient s’avérer utiles :
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Utilisez le langage des bébés ! Le langage des bébés, ou « langage parental », aide les bébés à établir des connexions intersensorielles en utilisant la répétition et l’exagération du ton et de l’expression faciale. Il retient également mieux l’attention des bébés que les discours dirigés par les adultes, ce qui est un autre trait associé à un traitement intersensoriel réussi.
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Faites appel à plusieurs sens à la fois. Déplacez les objets lorsque vous en parlez, ou décrivez les textures et les sensations lorsque votre bébé touche quelque chose. Il sera ainsi plus facile pour votre bébé de faire le lien entre les mots et leur signification.
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Mettez-vous à la hauteur de votre bébé et établissez un contact visuel lorsque vous lui parlez. Cette interaction face à face aidera votre bébé à associer les mouvements des yeux, de la bouche et du visage aux sons de la parole.
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Si le langage de votre enfant semble retardé, demandez l’aide d’un professionnel dans le cadre d’une intervention précoce. Ne vous blâmez pas si votre enfant a un retard, car de nombreux facteurs contribuent à l’apprentissage du langage, qui se fait sur un large spectre.