Les miroirs reflètent le caractère moral

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Source: Fares Hamouche/Unsplash
Source : Fares Hamouche/Unsplash Fares Hamouche/Unsplash

Imaginez que vous êtes médecin lors d’une épidémie mortelle. Alors que votre hôpital est submergé de patients infectés, vous recevez un vaccin qui peut empêcher les personnes saines de contracter le virus, mais dont l’effet secondaire est parfois la mort. Malgré ce risque, devez-vous administrer le vaccin, en tuant un petit nombre de patients pour sauver la majorité d’entre eux ?

Comme beaucoup de gens, vous pensez peut-être qu’il est acceptable d’agir ainsi, en arguant que c’est ce qui permet de sauver le plus de vies. Mais que se passerait-il si vous deviez vous regarder dans un miroir pour prendre votre décision ? Seriez-vous moins capable de le faire en vous regardant dans le miroir ? Pourriez-vous regarder votre propre reflet et accepter de tuer certaines personnes pour en sauver d’autres ?

Le dilemme du vaccin est l’un des scénarios que les psychologues utilisent depuis des années pour étudier le raisonnement moral et la prise de décision (et celui-ci semble maintenant un peu trop familier). (Ces scénarios illustrent une énigme morale dans laquelle le fait de causer du tort maximise les résultats globaux. De nombreux travaux scientifiques et philosophiques se sont penchés sur la psychologie qui sous-tend la prise de telles décisions. Il existe deux types fondamentaux de décisions : celles qui minimisent le préjudice causé à autrui à tout prix (rejet du préjudice) et celles qui maximisent le gain individuel en dépit du coût pour autrui (maximisation du résultat).

On a constaté que la conscience de soi influençait ces jugements, et les miroirs ont été utilisés pour accroître la conscience de soi dans les études sur le raisonnement et les choix moraux. Comme je l’ai expliqué dans un article précédent, le fait de se voir dans un miroir évoque deux types de conscience de soi très différents : Le sentiment de « qui suis-je ? », appelé conscience de soi privée, implique d’être conscient de ses émotions, de ses valeurs et de son sens personnel de soi. En revanche, la conscience publique de soi consiste à être attentif à la façon dont les autres vous perçoivent et à votre comportement. De nombreuses recherches et des exemples concrets montrent que les gens se comportent au mieux lorsque d’autres les observent, en particulier ceux qui exercent un pouvoir sur eux, comme les patrons, les parents et les représentants de la loi.

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Mais que se passe-t-il lorsque nous nous observons nous-mêmes? En d’autres termes, comment l’amélioration de la conscience de soi par l’observation de son propre reflet influe-t-elle sur la prise de décisions morales ?

Se regarder dans un miroir peut faire prendre conscience de ses valeurs personnelles. Les miroirs reflètent et peuvent même amplifier les émotions négatives suscitées par l’idée de faire du mal à autrui. Les miroirs peuvent aussi faire prendre conscience de la pression sociale qui pousse à agir pour minimiser les dommages. Un coup d’œil dans le miroir peut aussi évoquer automatiquement l’idée d’être observé et jugé par les autres. Ainsi, le fait d’accroître la conscience de soi en voyant son propre reflet peut conduire à des décisions plus respectueuses de l’environnement.

D’autre part, le fait de se concentrer sur soi-même peut renforcer l’orientation vers des décisions qui maximisent le gain personnel. Pensez au narcissique qui se regarde dans le miroir. Il existe également des preuves que la conscience de soi peut faciliter un raisonnement cognitif plus délibéré qui conduit souvent à une maximisation des résultats plutôt qu’à des décisions visant à éviter les dommages.

Un article récent fait état de deux études (n = 370) dans lesquelles les participants à la recherche ont répondu à 10 dilemmes moraux. Chaque dilemme décrivait une action préjudiciable permettant d’obtenir un résultat particulier. Il s’agissait de dilemmes moraux très conflictuels dans lesquels le préjudice maximise les résultats globaux (par exemple, tuer un bébé permet de sauver de nombreuses vies) et de dilemmes moraux peu conflictuels (tuer quelqu’un permet à d’autres de travailler moins dur). Les participants devaient indiquer si le fait de causer du tort dans chaque dilemme était approprié ou inapproprié. Par assignation aléatoire, la moitié des participants ont effectué le dilemme moral face à la face réfléchissante d’un miroir. L’autre moitié a effectué la tâche face à la face non réfléchissante.

Les résultats ont montré que le fait d’être confronté à son propre reflet pendant la résolution d’un dilemme moral influençait effectivement les jugements moraux. Les personnes qui se trouvaient face à leur propre reflet pendant qu’elles répondaient à des dilemmes moraux avaient davantage tendance à éviter le mal que celles qui se trouvaient face à la face non réfléchissante des miroirs. Cependant, la manipulation du miroir n’a pas eu d’impact sur les tendances à la maximisation des résultats.

Le fait de se regarder dans le miroir accroché au mur semble inciter à ne pas faire de mal. Cependant, des recherches supplémentaires sont nécessaires pour clarifier les relations entre la conscience momentanée de soi et le jugement moral. Par exemple, dans quelle mesure le fait de se regarder dans le miroir influence-t-il les tendances à long terme du comportement moral ?

Il peut également y avoir de grandes différences entre ce que les gens disent qu’ils feront dans un scénario hypothétique et ce qu’ils décident de faire lorsque la situation se présente réellement. Récemment, des vidéos ont montré de nombreux exemples de personnes se comportant d’une manière qui va probablement à l’encontre des valeurs qu’elles ont déclarées. Lorsque les émotions sont fortes, nous pouvons oublier nos valeurs et ne pas disposer des ressources cognitives nécessaires pour réfléchir aux conséquences de nos actes. Une façon d’éviter de se laisser entraîner dans des actions que l’on pourrait regretter plus tard est de s’arrêter et de prendre un moment pour se regarder dans le miroir.