Points clés
- Un jour sans parler illustre l’influence puissante du langage sur nos relations et sur nous-mêmes.
- Lorsqu’ils sont confrontés au silence, les gens adaptent leurs attentes et leurs réponses de différentes manières.
- Se parler à soi-même nous motive, guide nos actions et nous aide à nous souvenir.
- Notre volonté naturelle de communiquer le plus précisément possible nous amène à faire des gestes conventionnels et créatifs.
Dans quelle mesure notre identité personnelle est-elle maintenue par la parole ? Et dans quelle mesure nos relations dépendent-elles de la communication verbale ? Un moyen efficace de répondre à ces questions est de cesser de parler pendant un certain temps et d’observer ce qui se passe.
Dans mon cours sur la personnalité, j’impose une journée de silence. Les élèves passent une journée entière sans parler, de leur réveil à leur coucher. Ils ont une semaine pour choisir leur jour de silence, puis nous discutons de leurs observations et de leurs expériences. (Le jour du silence ne peut pas être notre jour de discussion).

La règle principale est qu’il n’y a pas de génération spontanée de langage pendant la journée sans conversation, ce qui signifie qu’il n’y a pas de textos. Et bien sûr, pas de conversation. Les élèves sont autorisés à écrire de brèves notes à l’avance pour avertir les gens de leur silence et pour être polis : « Je ne peux pas parler aujourd’hui », « Merci » et « C’est bon de vous voir ». Certains étudiants préparent de fausses déclarations pour s’en sortir, comme « J’ai une laryngite ». En dehors de ces déclarations préparées, il n’y a pas de communication linguistique.
Lorsque la mission est donnée pour la première fois, il y a deux préoccupations principales : que faire au travail et comment interagir avec son partenaire romantique (si les étudiants ont des enfants, nous prenons les dispositions nécessaires). (Si les étudiants ont des enfants, nous prenons les dispositions nécessaires.) J’encourage tout le monde à sortir et à être parmi les gens. Pour partager l’expérience, j’ai l’habitude de participer à la journée de silence avec la classe.
Qu’apprenons-nous sur nous-mêmes et sur les autres lorsque nous cessons de parler ?
Dix observations sur les personnes qui ne parlent pas
1. Nous devenons très conscients de la façon dont nous nous parlons à nous-mêmes. Pendant une journée de silence, nous avons du mal à ne pas commenter notre propre comportement, à ne pas nous guider, à ne pas nous exclamer, à ne pas jurer et à ne pas chanter dans la voiture. Nous prenons également conscience de la quantité de paroles que nous nous adressons à nous-mêmes en général.
2. Nous devenons de meilleurs auditeurs, en partie parce que nous n’avons pas besoin de réfléchir à ce que nous allons dire. Nous passons également plus de temps à réfléchir.
3. L’expérience du silence évolue au cours d’une journée, commençant par de la curiosité et de l’amusement, puis se transformant en ennui. Au bout de deux heures environ, le silence devient frustrant, d’autant plus que les amis s’y habituent.
4. En faisant des gestes, nos communications deviennent plus judicieuses et plus directes.
5. Le fait de ne pas pouvoir parler à nos animaux de compagnie est un problème.
6. L’humour nous quitte parce qu’il nécessite le timing, la nuance et la précision du langage parlé.
7. Certains d’entre nous sourient plus fréquemment ou font des gestes plus théâtraux, en partie pour maintenir l’intérêt des autres et en partie pour éviter que les gens ne se fâchent contre eux.
8. Les personnes bavardes se sentent démunies. Les personnes plus calmes se sentent parfois plus à l’aise.

9. Pour certains d’entre nous, il n’est pas possible d’être avec des gens et de ne pas parler.
10. Une conclusion simple, qui résonne, est que les gens parlent beaucoup.
Cinq réponses des autres à notre silence
1. Si nous communiquons par des notes écrites, les autres personnes commencent souvent à nous répondre, ce qui démontre l’influence de la réciprocité dans les interactions humaines.
2. Les gens découvrent leur pouvoir personnel lorsqu’ils réalisent qu’ils peuvent s’exprimer librement et donner leur avis, sans commentaire ni contradiction. En général, la dynamique change et les personnes habituellement silencieuses deviennent plus bavardes.
3. Certaines personnes bavardes ne remarquent pas notre silence et continuent à parler comme si nous n’étions pas présents. Même les interactions individuelles peuvent se poursuivre sous forme de monologues conversationnels. Dans ce cas, nous ne sommes pas censés communiquer. Nous apportons simplement notre soutien à quelqu’un d’autre pour extérioriser un dialogue interne.
4. Les gens font naturellement des déductions sur notre état interne. Certains interprètent le fait de ne pas parler comme un traitement silencieux et pensent que nous sommes en colère contre eux. D’autres se demandent si nous sommes malades ou si nous gardons des secrets.
5. Des amis peuvent profiter du jour de silence pour faire des commentaires qu’ils savent susceptibles de nous provoquer.
Communication silencieuse

Tout en restant silencieux, nous continuons à nous exprimer par des gestes. Certains de ces gestes sont considérés comme spécifiques à une culture, tels que le pouce levé et le toucher de la main au cœur, tandis que d’autres sont considérés comme universels, tels que le signe de la main, le sourire, le signe de la main, le haussement d’épaules et le fait de pointer du doigt. Le geste le plus fréquent est de loin le pointage.
Au-delà de ce petit ensemble de gestes facilement accessibles, nous pouvons faire preuve d’une créativité et d’une spontanéité remarquables.
Les élèves qui ne préparent pas de notes écrites pour leur journée de silence commencent par faire le geste de ne pas parler. Cela se fait souvent en tapant plusieurs fois sur le cœur avec une main, puis en croisant les index et en portant le X de la main aux lèvres. Cette combinaison est généralement répétée plusieurs fois.
Si on leur demande pourquoi ils ne parlent pas, certains élèves miment l’écriture – pour communiquer qu’ils effectuent un travail. Une main est ouverte et aplatie, et l’autre main mime l’écriture sur cette main aplatie. Cette action combine deux types de gestes reconnus : agir (une main qui fait semblant d’écrire) et représenter (l’autre main qui fait semblant d’écrire).
En général, nous sommes particulièrement efficaces pour communiquer silencieusement avec nos mains et nos visages.
Derniers mots sur les mots

Lorsque nous nous engageons dans une journée de silence, nous apprenons les façons spécifiques dont la parole façonne nos interactions avec les autres et avec nous-mêmes. Ce faisant, nous entrevoyons les frustrations quotidiennes des personnes qui ne parlent pas, comme les enfants d’un an ou les personnes qui ont perdu l’usage de la parole. Nous nous rendons compte que parler ne sert pas seulement à communiquer avec précision. Il définit notre façon d’être avec les autres et il soutient et guide nos propres actions. Nous continuons à ressentir notre besoin naturel de communiquer avec le plus de précision possible, ce qui nous amène à faire des gestes conventionnels et créatifs.
