Points clés
- Le névrosisme ne doit pas être considéré comme une dimension purement négative.
- Les personnes peu névrosées ont plus de facilité à aller de l’avant après un échec ou un événement douloureux.
- Le fait d’avoir des traits névrotiques pourrait apporter un niveau de compréhension psychologique utile à l’effet comique.

À première vue, un niveau élevé de névrosisme n’est pas un trait de personnalité particulièrement désirable. Il est associé à l’anxiété et à l’inquiétude, qui peuvent parfois être très difficiles à supporter. Les personnes au tempérament plus ensoleillé semblent pouvoir naviguer dans la vie sans qu’un nuage noir d’anxiété ne plane constamment au-dessus d’elles. Nous, les inquiets, les considérons souvent avec envie.
La stratégie de l’inquiétude
L’inquiétude est clairement désagréable, et elle est censée l’être ; sinon, elle ne serait pas efficace en tant que stratégie d’évitement des dangers et de résolution des problèmes. Comme la douleur, elle est censée nous avertir que quelque chose ne va pas, ou pourrait ne pas aller, et qu’il faut s’en préoccuper immédiatement. L’anxiété est donc censée être alarmante et déstabilisante, de la même manière que les pleurs d’un bébé sont censés être perçants et impossibles à ignorer. La survie du bébé serait menacée si ses besoins pouvaient être facilement ignorés. Le problème, bien sûr, est que l’anxiété devient parfois incontrôlable et que, pour une proportion très importante de la population, elle devient un problème chronique.
Il existe d’autres stratégies possibles, en ce qui concerne la gestion des problèmes et des menaces, qui n’impliquent pas une inquiétude constante. Les personnes peu névrosées peuvent trouver plus facile de passer à autre chose après un échec ou un événement douloureux, ce qui leur permet de tenter un plus grand nombre d’expériences, dont certaines seront couronnées de succès.
Mais toutes les stratégies ont des avantages et des inconvénients. Le fait d’être extraverti et peu névrosé n’est pas toujours l’attitude la mieux adaptée en toutes circonstances.
Le bon côté du névrosisme
Une fois de plus, l’inquiétude, bien que désagréable, a une fonction. La rumination, qui accompagne invariablement l’inquiétude, peut également avoir une fonction. Certains penseurs évolutionnistes estiment qu’il s’agit d’une expression de la manière dont nous sommes censés trouver des solutions logiques à des problèmes difficiles. Ce n’est pas la bonne stratégie pour une personne confrontée à un problème insoluble, car persévérer face à l’impossible est une mauvaise idée. Cependant, la détermination et le besoin de trouver une solution logique à un problème sont effectivement inscrits dans notre conception de l’homme et, lorsqu’ils sont appliqués de manière générale à notre espèce dans son ensemble, cette volonté permet de résoudre de nombreux problèmes qui, autrement, auraient pu menacer notre survie.
Les avantages sérieux et fonctionnels de la nervosité peuvent être intuitifs dans une certaine mesure, mais un aspect lumineux et joyeux du névrosisme a été découvert de manière plus inattendue. Un article récent du Guardian sur ce sujet cite une étude de Paul Irwing et de ses collègues qui ont comparé les traits de personnalité de comédiens professionnels et amateurs. Comme on pouvait s’y attendre, les amateurs et les professionnels ont fait preuve d’une grande ouverture à l’expérience et d’extraversion, mais curieusement, les professionnels présentaient un plus grand neuroticisme que les amateurs. Cela a été interprété comme la preuve que les traits névrotiques peuvent fournir un niveau de compréhension psychologique qui peut ensuite être exploité à des fins comiques.
Ainsi, le fait d’être névrosé peut vous aider à repérer les dangers, à résoudre les problèmes et peut même vous rendre plus drôle. Il est donc clair que le névrosisme ne doit pas être considéré comme une dimension purement négative.
Références
Irwing P et al, 2020. Pers Soc Psychol Bull 46(4):590-602.