Le pouvoir de la divulgation dans les TOC relationnels

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THE BASICS

Points clés

  • La ROCD se caractérise par des doutes persistants quant à l’adéquation de la relation ou du partenaire romantique.
  • Les personnes atteintes de ROCD cachent souvent leurs doutes à leur partenaire, les jugeant anormaux et inadaptés.
  • La dissimulation d’un trouble de la personnalité critique pèse lourd, car elle éloigne souvent les individus de leur partenaire.
  • La divulgation planifiée peut alléger le fardeau de la dissimulation et transformer le partenaire en allié solidaire.

Emma et Rob sont en couple depuis deux ans. Au départ, ils ont tous deux ressenti un fort sentiment de proximité et d’intimité. Toutefois, au fil du temps, Emma s’est attachée à évaluer si Rob répondait ou non à ses attentes intellectuelles. Cette préoccupation lui a pris de plus en plus de temps et d’énergie et s’est renforcée lorsqu’ils ont envisagé d’emménager ensemble. Emma a cherché à valider ses questions en consultant fréquemment des amis sur l’intelligence de Rob, en comparant son intelligence à celle des autres et en évaluant ses connaissances en engageant des conversations sur divers sujets.

Emma a éprouvé de la honte et de la culpabilité pour avoir eu de telles pensées à l’égard de l’homme qu’elle aimait et a fait tout ce qui était en son pouvoir pour les dissimuler. Par conséquent, elle s’est progressivement éloignée de Rob, car leurs interactions ont intensifié ses sentiments honteux. De son côté, Rob est devenu anxieux et découragé en sentant Emma s’éloigner de lui sans en comprendre la raison. Ses efforts pour la rapprocher et l’amener à s’ouvrir à lui ne faisaient que l’éloigner davantage.

La lutte d’Emma s’inscrit dans le cadre des troubles obsessionnels compulsifs relationnels (TOCR). Le TOCR est un type de trouble obsessionnel-compulsif (TOC) caractérisé par une préoccupation obsessionnelle concernant l’adéquation de la relation ou certains traits du partenaire, tels que son apparence, sa sociabilité, sa fiabilité ou son intelligence (Doron et al., 2012a, 2012b).

Les personnes atteintes de ROCD sont souvent tourmentées par la décision de cacher ou de révéler leurs problèmes à leur partenaire. Examinons ce dilemme en nous penchant sur l’impact de la dissimulation sur les individus et les relations.

Le dilemme de la divulgation

Comme Emma, de nombreuses personnes souffrant de ROCD tentent de dissimuler leurs doutes et incertitudes relationnels à leur partenaire, les jugeant anormaux et inappropriés. Cette attitude peut découler de notions telles que : « Le véritable amour ne devrait pas comporter de doutes : « Le véritable amour ne devrait pas impliquer de doutes ; par conséquent, je ne devrais même pas avoir de pensées douteuses, et encore moins les partager. » Cependant, bien qu’un certain niveau de questionnement soit inhérent et naturel dans les relations amoureuses, la dissimulation continue renforce l’idée que ces pensées douteuses sont menaçantes, catastrophiques ou anormales, ce qui intensifie encore l’anxiété lorsque ces pensées émergent (Newth & Rachman, 2001 ; Wheaton et al., 2016).

Ainsi, plus une personne dissimule ses doutes, plus ces doutes prennent de l’importance, déclenchant une anxiété accrue chaque fois que des pensées douteuses surgissent. Cela entraîne à son tour des efforts compulsifs et épuisants pour supprimer ces pensées. En fin de compte, cela perpétue le cycle ROCD de lutte contre les pensées et les sentiments, enfermant les individus dans une boucle mentale au lieu de leur permettre de s’engager pleinement dans leur relation.

En outre, la dissimulation prolongée nourrit des sentiments de honte et de culpabilité, à la fois pour avoir eu des pensées douteuses et pour avoir gardé ce qui est vécu comme un grand secret, ce qui pousse les personnes concernées à s’éloigner de leur partenaire. Avec le temps, cette mise à l’écart peut laisser le partenaire perplexe et plongé dans ses propres interprétations.

Comme nous l’avons vu dans un article précédent, de nombreuses personnes atteintes de ROCD craignent profondément de se retrouver piégées et seules dans un cycle de souffrance sans fin. Par conséquent, elles ont recours à des compulsions pour éviter cette issue redoutée. La dissimulation des pensées douteuses trouve souvent son origine dans la crainte d’être rejeté par son partenaire, ce qui peut conduire à l’isolement. Ironiquement, cette dissimulation prolongée crée souvent une distance dans la relation, générant des sentiments de solitude et d’isolement.

En revanche, le partage de l’expérience des doutes peut atténuer l’isolement dont souffrent les personnes atteintes de TOCR, en réduisant le poids de ces pensées et de ces émotions. Une divulgation bien planifiée peut même contribuer à normaliser l’expérience des incertitudes relationnelles, en soulageant le lourd fardeau de la dissimulation.

Un cadre général peut être appliqué au traitement de la ROCD. En collaboration avec le client, les décisions relatives à la divulgation de la ROCD et à l’approche à adopter peuvent être envisagées. Naturellement, révéler une ROCD à un partenaire est une question délicate qui requiert sensibilité et finesse. Ces lignes directrices peuvent être adaptées à la dynamique unique de la relation de chaque client et à ses besoins spécifiques.

Maria Orlova/Pexels
Source : Maria Orlova/Pexels

Une feuille de route pour la divulgation

Pour naviguer dans le processus de révélation de la ROCD, notre point de départ consiste à examiner les coûts potentiels de la dissimulation et les avantages potentiels de la divulgation, comme indiqué ci-dessus. Ces éléments aident les individus à choisir en connaissance de cause de s’engager ou non sur la voie de la révélation.

Pour ceux qui choisissent de partager leurs difficultés avec leur partenaire, nous recommandons de commencer par s’assurer que le partenaire a une compréhension fondamentale du trouble obsessionnel-compulsif. Ce partage des connaissances peut se faire dans le cadre d’une séance conjointe avec le thérapeute du client ou par le biais de ressources fiables.

Notre objectif est de décrire les TOC comme un état caractérisé par des pensées, des images ou des envies pénibles et intrusives (obsessions), accompagnées d’actions compulsives – tant physiques que mentales – entreprises pour soulager ou traiter la détresse découlant de ces pensées intrusives. Il est important de noter que si certaines personnes souffrant de TOC se concentrent sur des préoccupations liées à la contamination, au mal ou à la moralité, d’autres sont aux prises avec des problèmes d’ordre relationnel.

En particulier, nous cherchons à présenter l’expérience des doutes et des questions liés à la relation comme un phénomène naturel qui survient couramment dans les relations amoureuses – quelque chose que les partenaires eux-mêmes peuvent rencontrer et à quoi ils peuvent s’identifier. Cependant, pour les personnes atteintes de TOCR, ces doutes et ces questions se manifestent comme étant urgents, profondément significatifs et très pénibles. Cette réaction émotionnelle exacerbée déclenche des préoccupations compulsives longues et fastidieuses.

Lorsque l’on parle d’un trouble obsessionnel-compulsif à son partenaire, il est conseillé d’éviter d’entrer dans le détail du contenu des pensées intrusives. Même les partenaires bienveillants peuvent avoir du mal à comprendre à quel point leur proche est préoccupé par des aspects tels que la compatibilité relationnelle, l’apparence, l’intelligence ou la réussite. Il est plutôt recommandé d’engager une conversation plus large sur les questions relationnelles, leur impact pénible sur les personnes souffrant de TOCR et la façon dont elles se transforment en compulsions (Littman et al., 2023).

En outre, il est essentiel de créer un espace pour que les partenaires puissent exprimer leurs questions ou leurs inquiétudes. Tout au long de ce dialogue, il est essentiel d’insister sur le fait que, même si le trouble obsessionnel-compulsif peut être pénible, un traitement efficace permet aux individus de cultiver des relations aimantes, significatives et épanouissantes.

Créer un partenariat solidaire

Enfin, notre objectif est de cultiver une alliance de collaboration dans la relation afin de soutenir le bien-être du client. Plus précisément, nous visons à aborder la question de l’accommodation, où le partenaire s’engage dans les comportements compulsifs du client. Par exemple, le fait que le partenaire réponde fréquemment à des questions telles que « M’aimes-tu vraiment ? » ou « Allons-nous rester ensemble pour toujours ? » contribue à l’accommodation. Bien que cela puisse apporter un soulagement temporaire à l’individu aux prises avec le trouble obsessionnel-compulsif, cela renforce involontairement ses efforts compulsifs pour abolir les pensées et les sentiments indésirables, perpétuant ainsi le cycle du trouble obsessionnel-compulsif.

Notre approche consiste à guider les partenaires pour qu’ils soutiennent l’individu plutôt que la maladie de Crohn elle-même. Il s’agit de répondre avec compassion à la détresse de la personne tout en s’abstenant de s’accommoder de ses compulsions. Une réponse possible aux questions susmentionnées pourrait être la suivante : « Je reconnais que ces questions vous causent de la douleur et de la détresse. Même si je ne pense pas qu’y répondre vous aidera à faire face à la situation, je suis là avec vous dans ce moment difficile. »

Il est important de reconnaître que le fait de partager ses difficultés avec le ROCD comporte un certain risque, car certains partenaires peuvent le percevoir comme trop exigeant. Toutefois, pour répondre à cette préoccupation légitime, il est essentiel d’envisager les autres solutions possibles. Il est essentiel de réfléchir à l’impact de la dissimulation sur la vie quotidienne et à la durabilité de cette dissimulation.

Pour de nombreuses personnes confrontées à la maladie de Crohn, une divulgation planifiée de manière réfléchie représente un tournant transformateur qui marque le début d’un nouveau chapitre où leur partenaire devient un allié indéfectible, qui les aide à faire face à la maladie de Crohn. Travailler avec un spécialiste de la ROCD peut grandement aider à naviguer sur le chemin délicat de la divulgation.

Pour en savoir plus sur les TOC relationnels, cliquez ici.

Références

Doron, G., Derby, D. S., Szepsenwol, O. et Talmor, D. (2012a). Tainted love : Exploring relationship-centered obsessive compulsive symptoms in two non-clinical cohorts. Journal of Obsessive-Compulsive and Related Disorders, 1(1), 16-24.

Doron, G., Derby, D. S., Szepsenwol, O. et Talmor, D. (2012b). Flaws and all : Exploring partner-focused obsessive-compulsive symptoms. Journal of Obsessive-Compulsive and Related Disorders, 1(4), 234-243.

Littman, R., Leibovits, G., Halfon, C., Schonbach, M. et Doron, G. (2023). Interpersonal transmission of ROCD symptoms and susceptibility to infidelity in romantic relationships. Journal of Obsessive-compulsive and Related Disorders, 37, 100802.

Newth, S. et Rachman, S. (2001). The concealment of obsessions. Behaviour Research and Therapy, 39(4), 457-464.

Wheaton, M. G., Sternberg, L., McFarlane, K. et Sarda, A. (2016). La dissimulation de soi dans le trouble obsessionnel-compulsif : Associations avec les dimensions des symptômes, les attitudes de recherche d’aide, et l’attente de traitement. Journal of Obsessive-Compulsive and Related Disorders, 11, 43-48.