Le paradoxe des émissions culinaires

🔥 Produits recommandés : Canon EOS R6 IIDJI Mini 4 ProMacBook Pro M4

Pexels
Source : Pexels

Pourquoi regardons-nous tant d’émissions de télévision consacrées à la cuisine et à la pâtisserie ? Pourquoi leur popularité est-elle si constante ? Une explication tentante serait qu’elles nous permettent d’apprendre ; elles nous apprennent de petits trucs en cuisine et nous aident à élargir notre répertoire culinaire. Mais ce n’est pas le cas. Pourquoi regarder une émission d’une demi-heure pour apprendre à faire un éclair alors qu’il suffirait de lire la recette en une minute ?

Nous sommes face à un véritable paradoxe.

Une façon de sortir de ce paradoxe est de considérer sérieusement le concept d’imagerie mentale multimodale. Lorsque nous regardons des émissions culinaires, ce que nous voyons entraîne une imagerie mentale gustative de la saveur, du goût et de l’odeur des aliments que nous voyons en train d’être préparés.

Mais qu’est-ce que l’imagerie mentale multimodale? Il arrive que nous entendions quelque chose et que nous ayons des images visuelles involontaires. Il s’agit d’un exemple d’imagerie mentale multimodale : une imagerie mentale dans une modalité sensorielle (la vision) qui est déclenchée par une autre modalité sensorielle (l’audition). Ou l’inverse : Nous voyons quelque chose et nous avons une imagerie auditive involontaire.

Un exemple prosaïque est de regarder la télévision en coupant le son. Si vous voyez quelqu’un parler que vous avez souvent entendu auparavant (par exemple, le président), vous pouvez avoir une imagerie mentale auditive consciente ; vous entendez le ton distinctif de sa voix avec l’oreille de votre esprit. Mais même si vous n’avez pas cette expérience consciente (la vivacité et la force de l’imagerie mentale varient énormément d’un individu à l’autre), les neurones de vos cortex auditifs précoces s’emballent malgré le silence de la télévision en sourdine.

Dans cet exemple, l’imagerie mentale multimodale est le résultat de l’interaction entre la vision et l’audition. Mais il en va de même pour le goût et la perception des saveurs. Un exemple assez évident serait celui des restaurants « high-concept » où l’on mange dans le noir, sans savoir exactement ce que l’on nous sert. Il est difficile de ne pas essayer de visualiser ce qui se trouve dans votre assiette.

Un exemple beaucoup plus sophistiqué est le suivant : Certains chefs expérimentent activement l’imagerie mentale multimodale. Ils vous confrontent à des saveurs qui déclenchent l’imagerie visuelle de certaines couleurs, puis ils jouent sur l’interaction entre ces couleurs. Parfois, les couleurs évoquées par les saveurs s’opposent, que vous le vouliez ou non. Parfois, elles s’harmonisent. Souvent, vous n’êtes même pas pleinement conscient que ce qui vous semble déconcertant dans ce que vous mangez n’a rien à voir avec sa saveur, mais avec la couleur qu’il vous a fait visualiser.

Revenons au paradoxe des émissions culinaires. Regarder des émissions culinaires, c’est manger par procuration au sens le plus littéral du terme : nous avons l’impression de goûter et de sentir les aliments sans les goûter ni les sentir. Nous regardons des émissions culinaires parce que nous apprécions l’imagerie mentale multimodale que nous procure notre expérience visuelle. Et ce, sans calories supplémentaires.