Le contrôle perçu et l’adaptation aux menaces que l’on veut oublier

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Points clés

  • Nous pouvons parfois être tentés d’ignorer des informations susceptibles de provoquer des émotions négatives.
  • C’est particulièrement le cas lorsque nous avons l’impression de ne pas avoir beaucoup de contrôle sur le résultat de l’information.
  • Les individus peuvent se protéger de ces sentiments en oubliant sélectivement les informations pénibles.
  • L’amélioration de la perception du contrôle réduit le besoin d’oublier les informations pénibles.

L’ignorance volontaire : Un mécanisme d’auto-préservation

Nous sommes régulièrement exposés à une multitude d’informations, dont certaines peuvent être assez pénibles. Par exemple, la plupart d’entre nous n’apprécient pas particulièrement d’apprendre qu’une récession économique est imminente ou d’entendre parler d’un conflit violent dans notre voisinage. Parce que ces informations peuvent susciter des sentiments désagréables tels que l’anxiété ou la peur, nous pouvons choisir consciemment de les ignorer. Ce phénomène est communément appelé  » ignorance délibérée ». Toutefois, ce comportement peut être préjudiciable à long terme, car il nous empêche d’accéder à des informations précieuses qui pourraient améliorer notre prise de décision.

Faible perception du contrôle et ignorance délibérée

L’ignorance volontaire est plus fréquente dans les situations où les individus n’ont qu’un contrôle limité, voire aucun contrôle, sur le déroulement des événements. Par exemple, les gens ont tendance à éviter les informations sur les aspects d’eux-mêmes qui sont généralement perçus comme des traits innés, tels que la prédisposition génétique aux maladies incurables, le quotient intellectuel et la beauté. Néanmoins, dans de nombreuses circonstances, il existe des actions que les individus peuvent entreprendre pour transformer des résultats défavorables en résultats moins indésirables. Si les gens ont une conscience limitée à cet égard, ils peuvent choisir de fermer les yeux sur les problèmes potentiels au lieu de les affronter. Par exemple, de nombreuses maladies peuvent être mieux gérées ou leurs effets réduits si elles sont détectées à temps. Pourtant, nous hésitons souvent à passer des examens médicaux qui pourraient nous aider à rester en bonne santé, voire nous sauver la vie.

Contrôle perçu et mémoire sélective

L’une des façons de faire preuve d’ignorance volontaire est d’oublier les informations désagréables ou de s’en souvenir sous un jour plus positif. Nous sommes plus enclins à nous souvenir de nos succès que de nos échecs, des bonnes choses que des mauvaises, et des occasions où nous nous sommes comportés moralement que de celles où nous ne l’avons pas fait.

Dans l’une de nos études, mes coauteurs et moi-même avons testé si une augmentation du contrôle perçu pouvait améliorer la rétention en mémoire d’informations pénibles. Nous avons interrogé environ 1 200 participants de toute l’Inde et les avons divisés en deux groupes : Le premier groupe a reçu une liste de mesures simples mais efficaces pour se protéger contre la pollution de l’air, tandis que l’autre groupe n’a pas reçu cette liste. L’objectif de cette liste était d’accroître le contrôle perçu par les participants sur les effets néfastes de la pollution de l’air sur leur santé. Nous avons ensuite exposé les participants des deux groupes à des informations menaçantes en leur indiquant le nombre d’années d’espérance de vie que les personnes vivant dans la même zone géographique perdent en moyenne à cause de la pollution de l’air. Enfin, nous avons testé leur capacité à se souvenir de ces informations peu de temps après les avoir reçues.

Source: Image by Alice Soldà
Mesures de protection contre la pollution de l’air intérieur et extérieur.
Source : Image par Alice Soldà

Nous avons constaté que les participants à qui l’on avait fourni la liste des mesures de protection étaient environ 25 % moins susceptibles d’oublier les informations pénibles que leurs homologues à qui l’on n’avait pas fourni cette liste. Il est intéressant de noter que nous avons également constaté que l’augmentation du contrôle perçu est plus efficace pour les participants qui sous-estimaient les risques avant d’être exposés à l’information. Nos résultats suggèrent que l’ignorance volontaire est particulièrement répandue chez les personnes qui sont probablement les moins préparées aux risques. Il est important de noter que l’augmentation du contrôle perçu semble les aider le plus à reconnaître les menaces.

Qu’est-ce que cela nous apprend ?

Dans notre vie quotidienne, beaucoup d’entre nous rencontrent occasionnellement des situations sur lesquelles nous avons l’impression d’avoir très peu de contrôle. Par exemple, l’épidémie de COVID-19 a montré comment un manque de contrôle perçu sur les maladies infectieuses peut engendrer la peur, l’incertitude et des difficultés à mettre en œuvre des mesures de santé publique efficaces. De même, la préoccupation pressante du changement climatique est connue pour être souvent ignorée, car les individus et les communautés peuvent se sentir impuissants face aux vastes impacts de la détérioration de l’environnement et des événements météorologiques extrêmes.

Notre étude fournit quelques lignes directrices sur la manière de réduire l’ignorance volontaire de questions importantes. L’un des enseignements essentiels est que la sensibilisation ne suffit pas à inciter les gens à s’intéresser à des informations pénibles ; ils ont également besoin de conseils pratiques sur la manière de faire face à leurs implications.

Références

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