Points clés
- Le film « Blue Jean » explore les conséquences destructrices de l’oppression sociétale des LGBT.
- C’est aussi un film pour nous tous sur les dommages psychologiques causés par le maintien d’une vie secrète.
- « Blue Jean » pourrait être utilisé dans le cadre d’une thérapie par le cinéma.
Beaucoup d’entre nous ont une vie cachée. Peut-être même certains lecteurs de ce billet ? Parmi les exemples, citons ceux qui cachent un problème de toxicomanie, des compulsions liées au sexe ou au jeu, des achats compulsifs ou une liaison en cours. En outre, certains cachent leur orientation sexuelle, leurs antécédents traumatiques, leurs préoccupations médicales, leurs problèmes de santé mentale et/ou leurs démêlés passés ou présents avec la justice. Ces aspects sont constamment dissimulés au monde extérieur et même aux personnes les plus proches.
Ces efforts pour « faire semblant d’être normal » finissent par avoir des conséquences psychologiques, comme le montre le récent film Blue Jean (2023).
Blue Jean nous présente Jean (Rosy McEwen), une lesbienne professeur d’éducation physique dans le système scolaire public britannique de 1988, qui s’est créé des vies séparées mais parallèles. Sa petite amie Viv (une incroyable Kerrie Hayes) est déconcertée, frustrée et furieuse que Jean cache leur relation, au point de refuser d’accepter les appels téléphoniques sur le lieu de travail ou de l’autoriser à assister aux compétitions des élèves (promettant de manière poignante : « Je ferai comme si je ne te connaissais même pas »). Jean est dans un état chronique d’hyper-vigilance, y compris en restant cordialement distante et inconnaissable par ses collègues. Au même moment, des efforts politiques sont déployés pour faire passer l’article 28, une loi réelle qui interdit la promotion de l’homosexualité dans les écoles. Cela représente un obstacle supplémentaire pour Jean : la reconnaissance publique de sa sexualité pourrait lui faire perdre son emploi.
Dans ce monde soigneusement construit et sans cesse autocontrôlé entre Lois (Lucy Halliday), une nouvelle étudiante qui, bien que manifestement mineure, se faufile dans le bar fréquenté, à son insu, par Jean et ses amis. Jean ne se comporte pas comme un mentor accueillant envers cette jeune fille qui recherche simplement une communauté, mais réagit au contraire avec rage en tentant de préserver la stabilité précaire de sa vie actuelle. Elle réagit plutôt avec rage en essayant de préserver la stabilité précaire de sa vie actuelle. Elle adopte ensuite des tactiques d’autoprotection lâches alors que son identité est de plus en plus menacée. Jean n’est pas une héroïne, mais plutôt un personnage qui tente désespérément de préserver sa vie tout en étant rongé par la culpabilité à mesure que les victimes involontaires s’accumulent.
Les films peuvent être abordés d’un point de vue thérapeutique au sens propre et au sens figuré. Blue Jean peut sans aucun doute être utilisé à un niveau littéral dans le cadre d’une thérapie par le cinéma, en particulier dans le climat politique actuel des États-Unis, où certaines lois d’État limitent la capacité des enseignants à discuter de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre. Une récente interview de la vice-présidente des États-Unis, Kamala Harris, résume cette situation difficile : Les enseignants de ce pays sont désormais contraints de préférer le placard à la sécurité de l’emploi… Et l’enseignant qui vit une relation amoureuse ou un mariage a peur d’afficher une photo de sa famille de crainte que si l’élève de sa classe demande « Qui est-ce ? », cela ne suscite une conversation sur une relation homosexuelle et qu’il ne perde son emploi » (pp. 35-36). Les films anciens et naïfs dépeignaient l’homosexualité comme un trouble psychologique à guérir ; les films modernes comme Blue Jean montrent au contraire que vivre avec de multiples oppressions systémiques peut conduire à des problèmes de santé mentale.
Blue Jean est utilisé par les personnes LGBT pour explorer les questions suivantes :
- Le processus de coming-out.
- Conflit relationnel dû au fait que les partenaires se trouvent à des stades différents du processus de coming-out.
- L’oppression systémique.
- Les avantages, les inconvénients, les risques et les bénéfices d’un mode de vie qui nécessite de cacher ou de déguiser sa sexualité.
Qu’en est-il de l’utilisation de Blue Jean au niveau métaphorique ? De nombreux auteurs affirment que les métaphores sont beaucoup moins susceptibles de susciter la résistance et les mécanismes de défense des patients que les représentations littérales. À titre d’exemple, dans leur article sur la thérapie par le cinéma paru en 2002 dans Counselling Psychology Quarterly, Sharp, Smith et Cole suggèrent que les personnes cherchant de l’aide pour un problème de toxicomanie tireraient davantage profit du film Interview with The Vampire (1994) que de 28 Days (2000). Pourquoi ce choix apparemment étrange ? Ce dernier film est après tout une étude de caractère d’une femme en voie de guérison de la toxicomanie. Les auteurs expliquent que « [l]e sang est métaphoriquement la substance et le film explore l’effet dévastateur de la substance à la fois sur le protagoniste et sur ses victimes » (p. 272).
Au niveau métaphorique, Blue Jean est un film destiné aux personnes ayant une vie cachée qui, si elle devenait publique, pourrait avoir des conséquences. Du point de vue métaphorique, le film dépeint avec précision le mensonge, la perte d’intégrité, l’épuisement émotionnel résultant d’une hyper-vigilance chronique et les victimes collatérales involontaires qui s’accumulent dans ces circonstances.
Blue Jean n’offre pas de solution, mais ce n’est pas le rôle de la thérapie par le cinéma. L’objectif est l’auto-exploration, soit seul, soit accompagné par un professionnel dans le processus de thérapie. L’une des lignes directrices reconnues de la thérapie par le cinéma est que les spectateurs doivent réfléchir à leurs réactions face à un film, en particulier au(x) personnage(s) central(aux) qui traverse(nt) une crise, puis se concentrer sur les similitudes avec leurs propres problèmes.
Blue Jean fonctionne à plusieurs niveaux. Tout d’abord, il s’agit d’un film intelligent destiné à un public averti. Ensuite, c’est une option de thérapie cinématographique pour les personnes LGBT qui luttent contre l’oppression sociétale. Enfin, il s’agit d’une option de thérapie cinématographique qui, à un niveau métaphorique, aborde l’impact psychologique des secrets et des mensonges.
Références
Ballard, M. B. (2012). Le cycle de vie de la famille et les transitions critiques : Utilizing cinematherapy to facilitate understanding and increase communication. Journal of Creativity in Mental Health, 7(2), 141-152.
Heston, M. L. et Kottman, T. (1997). Movies as metaphors : A counseling intervention. The Journal of Humanistic Education and Development, 36(2), 92-99.
Sharp, C., Smith, J. V. et Cole, A. (2002). Cinematherapy : Metaphorically promoting therapeutic change. Counselling Psychology Quarterly, 15(3), 269-276.
Wiggins, C. (2023, juillet/août). One on one with Vice President Kamala Harris. The Advocate, 1128, 30-42.