Vous êtes-vous déjà demandé quel était le contraire de la solitude ? À l’approche de la Saint-Valentin et alors que la pandémie de COVID-19 semble ne jamais vouloir s’arrêter, cette question peut sembler étrange à poser. Mais si vous faites partie des millions de personnes dans le monde dont le domicile privé est devenu un espace public – à la fois un bureau à domicile et une salle de classe à distance… ou peut-être un centre de chômage -, alors vous pourriez vous retrouver dans la catégorie des personnes seules.

Le contraire de la solitude
La solitude a fait l’objet de nombreuses recherches en sciences sociales, compte tenu de ses effets négatifs sur la santé mentale et physique. Elle est généralement définie comme le sentiment subjectif d’insatisfaction à l’égard de ses relations interpersonnelles et sociales. Mais l’image miroir existe-t-elle ? Peut-on jamais ressentir une insatisfaction due au sentiment de ne pas avoir passé assez de temps seul ?
Nombre d’entre nous qui aimons la solitude vivons avec cette question depuis des années et connaissons déjà la réponse. Mais la question n’a fait l’objet d’aucune étude scientifique jusqu’à très récemment, lorsque le psychologue Rob Coplan et ses collègues ont mené une série d’études visant à mieux comprendre les implications du sentiment de privation de solitude.
Comment savoir si vous êtes « seul » ?
De nombreuses recherches ont montré que la recherche de la solitude peut être bénéfique si certains critères sont remplis : elle est recherchée par choix, elle est appréciée de façon modérée et elle est équilibrée avec le temps passé avec d’autres personnes.

Nous savons également que certaines personnes aspirent intrinsèquement à plus de solitude que d’autres, et lorsque ce n’est pas lié à la timidité ou à l’anxiété sociale, le fait de chercher à passer du temps seul est une chose parfaitement équilibrée. Cependant, lorsque ce désir n’est pas comblé, il en résulte un sentiment de solitude (le préfixe a indiquant pas, comme dans asymétrique).
Les chercheurs ont mis au point l’échelle de solitude, un questionnaire d’auto-évaluation qui demandait aux participants d’indiquer dans quelle mesure ils étaient d’accord avec des affirmations telles que « Ce serait bien si je pouvais passer plus de temps seul chaque jour » et « J’aimerais pouvoir être seul plus souvent ». Si vous avez répondu à ce questionnaire et obtenu un score élevé, les chercheurs vous considèrent comme « solitaire ».
Les mauvaises nouvelles
Si vous avez besoin de beaucoup de temps seul pour vous sentir équilibré ou lucide, votre bien-être peut être menacé lorsque vous êtes en situation de carence (c’est-à-dire lorsque vous êtes « seul »). Vous risquez de vous sentir irritable, débordé ou épuisé.
En effet, Coplan et ses collègues ont constaté que des scores élevés de solitude étaient positivement corrélés au stress et à une insatisfaction générale de la vie.

La bonne nouvelle
À l’inverse, les chercheurs ont également constaté que, pour les personnes qui s’identifient comme très solitaires, plus elles passent de temps dans la solitude, moins elles se sentent déprimées. En d’autres termes, le remède au sentiment de solitude est de passer plus de temps seul. Cette constatation peut sembler évidente, mais dans la pratique, elle peut être assez difficile à mettre en œuvre dans la vie quotidienne.
Que faire si vous êtes seul(e) ?
Les chercheurs ont recommandé de planifier délibérément le temps passé seul afin d’éviter ce qu’ils appellent un « cycle dégénératif négatif ». Ils ont expliqué que lorsque votre besoin de solitude est continuellement contrarié par le stress des demandes concurrentes de temps (ou d’espace), il en résulte une augmentation du sentiment de solitude, qui accroît alors le stress et l’insatisfaction dans la vie. Ce cycle négatif peut exacerber les symptômes d’intériorisation (par exemple la dépression).
Les chercheurs ont également reconnu qu’il n’est peut-être pas possible de planifier délibérément le temps passé seul, et qu’il faut donc réajuster ses attentes. À mon avis, cela reflète exactement ce que beaucoup d’entre nous vivent pendant la pandémie, où le temps et l’espace pour la solitude sont rares.
Peut-être est-ce donc la qualité plutôt que la quantité du temps passé seul qui importe. Même de brefs moments de solitude, s’ils sont consacrés à des activités vraiment agréables et significatives, peuvent suffire à atténuer le sentiment de solitude.

La recherche soutient cette idée. Dans une étude publiée le mois dernier, l’équipe de recherche a constaté que les adolescents qui consacraient leur solitude à des activités intrinsèquement motivées, comme la lecture pour le plaisir ou les activités de plein air, étaient moins susceptibles de se sentir seuls que les adolescents qui passaient leur temps à ne rien faire ou à faire défiler des sites de médias sociaux.
Si vous vous sentez coupable d’avoir envie de vous éloigner et d’être seul, abandonnez ce sentiment. Plutôt que de considérer la solitude comme un luxe ou un plaisir égoïste, écoutez les études : elle est importante pour votre bien-être.
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Références
Coplan, R.J., Hipson, W.E., Archbell, K.A., Ooi, L.L., Baldwin, D. et Bowker, J.C. (2019). Chercher plus de solitude : Conceptualisation, évaluation et implications de la solitude. Personality and Individual Differences, 148, 17-26.
Coplan, R.J., Hipson, W.E. et Bowker, J.C. (2021). Social Withdrawal and Aloneliness in Adolescence : Examining the Implications of Too Much and Not Enough Solitude. Journal of Youth and Adolescence, publication anticipée en ligne. https://doi.org/10.1007/s10964-020-01365-0
Hawkley, L. C. et Cacioppo, J. T. (2010). Loneliness matters : A theoretical and empirical review of consequences and mechanisms. Annals of Behavioral Medicine, 40(2), 218-227.
Thomas, V. et Azmitia, M. (2019). La motivation est importante : Développement et validation de la Motivation for Solitude Scale-Short Form (MSS-SF). Journal of Adolescence, 70(1), 33-42.

