Points clés
- Les troubles de l’alimentation, y compris l’orthorexie, sont liés à de faibles niveaux d’autocompassion.
- L’autocompassion consiste à apprendre à être bienveillant envers soi-même et à s’éloigner de l’autocritique.
- L’autocompassion peut être cultivée en nous-mêmes pour nous aider à nous libérer de la restriction alimentaire.
En tant qu’être humain, nous faisons tous l’expérience du jugement de soi, de l’autocritique et de l’autocomparaison. Il est probable que nous nous sentions tous « pas assez bien » ou « pas assez […] » à certains moments de notre vie. Certains, plus que d’autres, peuvent éprouver ce type de pensées plusieurs fois par jour.
En fin de compte, le fait de ne pas se sentir « assez » est enraciné dans des croyances sur la façon dont nous devrions être (ou ne pas être) : les croyances fondamentales. Ces croyances découlent souvent d’expériences vécues dans l’enfance et s’enracinent au fil du temps. Elles agissent comme une lentille à travers laquelle nous voyons nos expériences. Même si certains d’entre nous savent logiquement que ces croyances ne sont pas vraies, elles ne sont souvent pas reconnues. Les recadrer signifie que nous devons d’abord les identifier, puis travailler activement à les changer. Nous pouvons y parvenir en apprenant à faire preuve de compassion envers nous-mêmes.
L’autocompassion consiste à reconnaître que la souffrance, l’inadéquation et l’échec font partie de l’expérience humaine. Elle part du principe que toutes les personnes, y compris nous-mêmes, sont dignes de compassion.
L’autocompassion se compose de trois éléments : la bienveillance, l’humanité commune et la pleine conscience. La bienveillance implique d’être gentil avec soi-même, plutôt que de s’engager dans l’autocritique et l’auto-jugement.
L’humanité commune consiste à choisir de considérer nos expériences comme étant partagées par tous les individus, au lieu d’être isolées et séparées.
La pleine conscience consiste à accueillir nos pensées et nos sentiments dans notre conscience présente, sans s’y identifier de manière excessive.
L’autocompassion a toujours été associée à des effets positifs sur la santé mentale et à un bien-être accru. Elle est également une source de résilience dans les moments d’adversité. Il est prouvé que l’autocompassion nous aide à lutter contre les problèmes de santé mentale, tels que la dépression, l’anxiété et les troubles de l’alimentation. Il est important de noter que certaines données suggèrent que la capacité à faire preuve d’autocompassion est un facteur de protection contre les troubles de l’alimentation. Plus précisément, les chercheurs ont suggéré que l’autocompassion diminue directement les facteurs de risque et les résultats négatifs associés aux troubles de l’alimentation, y compris l’alimentation restrictive.
La recherche a récemment commencé à explorer le rôle de l’auto-compassion dans l’orthorexie, une obsession pathologique pour une alimentation saine. L’orthorexie se caractérise par des croyances et des pratiques alimentaires rigides et inflexibles, strictement contrôlées par l’individu. L’orthorexie est liée à une altération du fonctionnement dans les domaines social, scolaire et professionnel. Elle peut évoluer de la recherche de pratiques alimentaires « saines » et irréprochables à une pathologie alimentaire clinique. Les spécialistes du traitement et les chercheurs sont parvenus à un consensus sur le fait que l’orthorexie est mieux reconnue comme un trouble de l’alimentation qui entre dans la catégorie diagnostique des « troubles de la prise alimentaire évitante et restrictive ». Ce consensus peut nous aider à commencer à explorer des protocoles de traitement fondés sur des données probantes pour ce trouble.
Cultiver la compassion peut être un point de départ pour les options de traitement. Certaines données suggèrent que la compassion envers soi-même est négativement liée à l’orthorexie. Cela signifie que les personnes souffrant d’orthorexie sont susceptibles de ne pas être très compatissantes envers elles-mêmes. Certains travaux ont montré que l’autocompassion explique en fait comment les comportements alimentaires restreints et restrictifs sont liés à l’orthorexie. D’autres travaux ont montré que l’autocompassion peut également améliorer les aspects de la qualité de vie associés à l’orthorexie. Bien que limités, ces résultats suggèrent que l’autocompassion peut agir comme un tampon et nous protéger contre l’apparition de l’orthorexie.
Dans les populations cliniques et non cliniques souffrant de troubles alimentaires, l’autocompassion est un mécanisme sous-jacent important de divers processus de traitement thérapeutique. Les techniques d’autocompassion peuvent être appliquées sous la forme d’interventions individuelles, de travaux de groupe et d’exercices personnels. Nous pouvons utiliser des stratégies telles que le développement d’images de compassion pour commencer à cultiver la compassion en nous-mêmes. Ces exercices peuvent être utilisés parallèlement à des stratégies de pleine conscience, comme la méditation. En portant notre attention sur le moment présent, nous pouvons prendre conscience des comportements alimentaires compensatoires que nous pouvons utiliser pour avoir un sentiment de contrôle et de « suffisance ».
Bien qu’il soit sain d’avoir des objectifs et de faire des efforts, nous devons accepter que nous avons tous des limites et que la « santé » parfaite est inaccessible. En tant qu’êtres humains, nous sommes indubitablement imparfaits. Favoriser la bienveillance à l’égard de soi peut nous aider à abandonner les croyances inflexibles selon lesquelles nous devrions manger, faire de l’exercice et avoir une certaine apparence pour nous « sentir » suffisamment bien.
Nous pouvons réduire le jugement de soi et l’autocomparaison en normalisant l’équilibre de la santé. Contrôler ce que nous mangeons et comment nous mangeons peut sembler être une solution rapide pour nous sentir mieux dans notre peau, mais faire le pas pour nous éloigner de nos vieilles croyances peut être une meilleure alternative. En tant que personne unique, nous sommes tous inconditionnellement « suffisants ».
6 conseils et techniques pour devenir plus autocompassionné
- Traitez-vous comme un ami ;
- Traitez-vous comme vous traiteriez les autres ;
- Essayez l’acceptation de soi ;
- Pratiquer la pleine conscience ;
- Réduire le jugement de soi ;
- Pratiquer l’auto-validation.
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