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Points clés
- Contrairement aux idées reçues, les gens interviennent et aident lors de conflits qui se déroulent dans des lieux publics.
- De nombreux spectateurs sont prêts à intervenir et à désamorcer des situations hostiles.
- Les chances qu’une victime reçoive de l’aide augmentent de 10 % à chaque fois qu’un spectateur supplémentaire se trouve à proximité.

La récente série d’agressions contre des Américains d’origine asiatique dans plusieurs villes des États-Unis a renforcé la croyance populaire selon laquelle les passants interviennent rarement pour aider des étrangers, en particulier dans les zones urbaines densément peuplées. Mais cette croyance est-elle correcte ?
Les spectateurs ne restent pas sans rien faire
Une étude publiée l’année dernière dans la très réputée revue American Psychologist a révélé que, contrairement aux idées reçues, l’intervention est la norme dans les conflits publics. Le psychologue Richard Philpot, de l’université de Lancaster, et ses collègues ont examiné les images de télévision en circuit fermé de 219 querelles et agressions publiques (Philpot et al., 2020). Les incidents se sont produits dans la rue, dans les quartiers de divertissement et d’affaires de trois villes : Amsterdam (la plus grande ville des Pays-Bas), Le Cap (la plus grande ville d’Afrique du Sud) et Lancaster (une plus petite ville du nord-ouest de l’Angleterre).
Philpot et son équipe ont formé quatre assistants de recherche pour compter le nombre de spectateurs lors de chaque incident et déterminer si un ou plusieurs spectateurs étaient intervenus dans le conflit public. Les conflits allaient de désaccords animés à des attaques brutales ; les interventions allaient de gestes d’apaisement et de séparation des individus à l’éloignement physique d’un agresseur de sa victime. Les assistants ont presque toujours été d’accord entre eux dans leurs jugements.
Dans les images d’un incident, par exemple, on peut voir un homme frapper un autre homme qui est à terre. Quatre personnes se trouvent à proximité lorsque l’attaque commence. Un spectateur, un homme, s’efforce d’éloigner l’agresseur de sa cible. Une autre personne, une femme, s’interpose entre l’agresseur et sa victime, en tendant les bras pour les maintenir à distance l’un de l’autre.
Dans leur analyse, les chercheurs ont déterminé qu’au moins un spectateur était intervenu pour aider dans 91 % des incidents. En fait, plus d’une personne est généralement intervenue ; le nombre moyen d’intervenants par incident était de 3,76.
Plus de spectateurs signifie plus d’interventions
Le nombre de spectateurs présents sur les lieux de l’accident est associé positivement, d’un point de vue statistique, à la probabilité globale que quelqu’un intervienne. Plus précisément, la probabilité qu’une victime reçoive de l’aide augmente de 10 % avec chaque spectateur supplémentaire. (Le vieil adage « l’union fait la force » prend un nouveau sens).
Le schéma des interventions ne diffère pas de manière significative entre les trois villes. Les victimes du Cap étaient aussi susceptibles de recevoir de l’aide que les victimes d’Amsterdam ou de Lancaster. (Il est intéressant de noter que la perception de la sécurité publique est considérablement plus faible au Cap qu’à Amsterdam et à Lancaster, ce qui nous rappelle que notre perception de la réalité ne correspond pas toujours à la réalité elle-même).
Les chercheurs ont noté que leur étude présentait certaines limites. Tout d’abord, les vidéos n’ayant pas de piste audio, les codeurs n’ont pas pu enregistrer les interventions verbales telles que « calmez-vous » ou « j’appelle la police ». Le nombre total d’interventions peut avoir été plus élevé que ce que l’on voit sur les images de vidéosurveillance.
Deuxièmement, les querelles et les agressions se sont produites dans des quartiers urbains comptant de nombreux restaurants, bars et clubs. Certains spectateurs ont pu être éméchés par la consommation d’alcool, ce qui a pu affecter leur évaluation des risques encourus. En d’autres termes, certains spectateurs peuvent avoir aidé parce qu’ils ne pensaient pas clairement aux dangers potentiels associés à l’intervention dans une attaque violente. Si tel était le cas, les taux d’aide pourraient être légèrement inférieurs dans les quartiers commerçants et résidentiels.
Les citoyens sont prêts à « auto-réguler » les conflits publics
Les chercheurs se sont également penchés sur les implications politiques de leurs résultats. Un grand nombre de spectateurs ayant participé à leur étude étaient prêts à intervenir et à tenter de désamorcer une situation hostile avant l’arrivée de la police. Il semble que, dans certaines circonstances au moins, les citoyens soient prêts à « régler eux-mêmes » les conflits publics, une observation qui a des implications intéressantes pour les stratégies de maintien de l’ordre et les budgets consacrés à l’application de la loi.
Selon l’étude de Philpot, l’intervention est la règle, et non l’exception, dans les conflits publics. « Nous avons constaté que dans neuf conflits sur dix, au moins une personne – mais généralement plusieurs – a fait quelque chose pour aider » (Philpot et al., 2020, p. 71). Et ça, mes amis, c’est ce qu’on appelle une bonne nouvelle.
Références
Philpot, R., Liebst, L. S., Levine, M., Bernasco, W. et Lindegaard, M. R. (2020). Serais-je aidé ? Cross-national CCTV footage shows that intervention is the norm in public conflicts. American Psychologist, 75, 66-75.