Points clés
- La maîtrise de soi nous aide à atteindre nos objectifs et à réguler nos comportements, mais elle comporte parfois des pièges.
- Au fil du temps, l’exercice de la maîtrise de soi peut entraîner une lassitude à l’égard des décisions, ce qui peut conduire à des décisions erronées.
- La recherche suggère que le renforcement de la maîtrise de soi n’est pas une méthode viable pour réduire les comportements agressifs.

Nous disposons de nombreux moyens pour nous distraire de nos objectifs. Qu’il s’agisse des médias sociaux, des derniers potins des célébrités ou des téléphones que nous avons dans nos poches, la société moderne a mis en place des systèmes de divertissement qui peuvent nous empêcher de nous concentrer et d’être conscients et cohérents dans nos efforts. C’est pourquoi la maîtrise de soi, qui est la capacité à réguler nos comportements pour atteindre nos objectifs, est de plus en plus importante.
Dans un monde où les gens sont de plus en plus sujets à de telles distractions, nous avons tendance à mettre la maîtrise de soi sur un piédestal, en louant ceux qui l’ont et en critiquant ceux qui ne l’ont pas. Si ce trait de caractère peut s’avérer utile pour faire face aux distractions, certaines conséquences négatives peuvent affecter les personnes qui ne se laissent pas aller à l’impulsivité et à l’insouciance de temps à autre.
Voici deux pièges potentiels à ne jamais céder à vos pensées spontanées.
1. La maîtrise de soi peut être une cause d’agressivité
En général, les gens s’inscrivent à des programmes qui améliorent la maîtrise de soi lorsqu’ils pensent qu’ils pourraient avoir une propension à la violence. Toutefois, ces programmes donnent rarement les résultats escomptés, comme le révèle un article récent publié dans Social and Personality Psychology Compass.
La méta-analyse, menée par David Chester, psychologue social à l’université Virginia Commonwealth, a examiné plusieurs documents et études portant sur la maîtrise de soi, la violence et l’agression. Elle a révélé que, malgré ce que nous pensions dans le passé, le renforcement de la maîtrise de soi n’est pas une méthode viable pour réduire les comportements agressifs. Au contraire, l’agression peut être le produit d’une maîtrise de soi réussie.
En termes d’activité cérébrale, Chester a constaté que l’agression illuminait le cortex préfrontal, qui est le siège principal de la maîtrise de soi. Le cortex préfrontal est le siège de la pensée supérieure – planification, prise de décision et résolution de problèmes. De plus, les personnes vengeresses planifient souvent leur attaque de manière méticuleuse afin de maximiser et de synchroniser parfaitement la violence ou l’agression à l’égard des personnes qui leur ont fait du tort. Cela demande beaucoup de maîtrise de soi.
Si l’on considère les types de personnes qui se livrent fréquemment à des actes violents, la grande majorité d’entre elles ont des tendances psychopathiques. Malgré leur psychopathie, ces personnes sont connues pour développer leur capacité à réguler leurs comportements et leurs actions au cours de leur adolescence.
Ainsi, l’idée selon laquelle un manque de maîtrise de soi explique une tendance à la violence n’est pas tout à fait exacte. La maîtrise de soi doit plutôt être considérée comme un outil permettant de faire face à certaines situations (comme le fait d’être entouré de distractions numériques) qui nécessitent une régulation des impulsions. À d’autres moments, comme lorsque nous nous sentons vindicatifs à l’égard des autres, il est bon de se laisser aller à son instinct, qui peut en fait nous dissuader de nous livrer à des actes de vengeance.
2. La maîtrise de soi peut conduire à une prise de décision sous-optimale
La maîtrise de soi est essentiellement une série de décisions. Chaque fois que vous faites preuve de maîtrise de soi, vous prenez la décision de préférer la satisfaction à long terme aux gains à court terme et vous utilisez une partie de votre énergie mentale dans ce processus.
Avec le temps, cela peut conduire à un état connu sous le nom de fatigue décisionnelle, qui peut entraîner des décisions erronées susceptibles de nous causer du tort.
Une étude classique menée par le psychologue social Roy Baumeister et publiée dans le Journal of Personality and Social Psychology a démontré expérimentalement que les personnes qui exerçaient leur maîtrise de soi pour éviter d’être tentées par des chocolats étaient plus promptes à abandonner la tâche analytique qui suivait que celles à qui l’on ne demandait pas d’exercer leur maîtrise de soi face aux chocolats.
La décision d’abandonner une tâche difficile pourrait-elle être due au fait que les individus qui ont fait preuve de volonté pour résister aux chocolats ont épuisé leur « jus de cerveau », ne disposant plus de l’énergie mentale nécessaire pour persévérer dans leur tâche ?
Ce phénomène a été illustré, dans le monde réel, par une étude menée par Jonathan Levav de Stanford et Shai Danziger de l’université Ben-Gurion. Les chercheurs ont constaté que les juges étaient plus enclins à accorder la libération conditionnelle en début de journée, probablement parce qu’ils avaient plus d’énergie pour prendre des décisions. Au fur et à mesure que la journée avançait et que les juges s’épuisaient mentalement à force de prendre décision sur décision, le taux d’octroi de la libération conditionnelle diminuait.
Cela montre que même avec les meilleures intentions du monde, un effort constant de maîtrise de soi peut entraîner une fatigue décisionnelle, réduisant notre capacité à prendre de bonnes décisions et nous conduisant potentiellement à agir d’une manière que nous éviterions normalement.
Conclusion
La maîtrise de soi, en tant qu’outil mental, a sa place dans notre vie. C’est un trait vital qui nous aide à atteindre nos objectifs et à réguler nos comportements, mais n’oubliez pas que, comme pour toute chose, l’équilibre est essentiel. Il est essentiel de savoir quand céder à nos désirs spontanés et quand faire preuve de maîtrise de soi. En parvenant à cet équilibre, nous pouvons exploiter pleinement le pouvoir de la maîtrise de soi sans tomber dans ses pièges potentiels. Il ne s’agit pas de renoncer à la maîtrise de soi, mais de l’utiliser à bon escient et de reconnaître que, si la situation l’exige, l’insouciance et la spontanéité peuvent être tout aussi précieuses.

