Points clés
- Nombre de nos traditions font appel à la pensée magique.
- Les superstitions peuvent présenter un avantage évolutif, mais elles peuvent aussi faire partie d’un trouble mental.
- L’essentiel est de savoir quand les rituels et les croyances magiques deviennent intrusifs et problématiques et d’obtenir l’aide nécessaire.

Avez-vous déjà craint qu’en pensant à un malheur possible, vous ne le fassiez arriver ? Croyez-vous, ou à moitié, que le respect d’un certain rituel vous permettra d’éviter que cette chose horrible ne se produise ? Attachez-vous des propriétés magiques particulières à certains objets, tels qu’un porte-bonheur, un cristal ou même un comprimé de vitamines ?
La superstition, une adaptation naturelle
Ma grand-tante, très sensible, avait l’habitude de croire que certains numéros avaient plus de chances de gagner à la loterie nationale espagnole simplement parce qu’ils sonnaient « bien » (cette loterie comprenait des numéros entre 00000 et 99999, mais certains étaient beaucoup plus beaux que d’autres, d’après ma grand-tante). Un de mes amis ne regarde l’Angleterre jouer au football à la télévision que s’il porte son caleçon porte-bonheur, dont les propriétés magiques n’ont malheureusement pas aidé l’équipe nationale à remporter la rencontre contre la France lors de la Coupe du monde.
Certains pensent que la pensée magique peut être une adaptation évolutive, un trait qui favorise la survie. Le raisonnement est le suivant : Il est manifestement essentiel pour notre survie de procéder à des évaluations cognitives précises et de trouver des modèles et des associations causales susceptibles d’avoir un impact important sur nous. Il a été avancé qu’il est, en fait, plus avantageux, en termes d’évolution , de croire en de nombreuses associations erronées (telles que les sous-vêtements magiques favorisant les chances de victoire de l’Angleterre) que de manquer l’occasionnelle véritable association importante qui pourrait nous tuer ou nous apporter une grande fortune. Il en résulte que nous sur-reconnaissons les associations causales (telles que les numéros de loterie à « belle consonance » qui ont plus de chances de remporter le prix) de la même manière que nous sur-reconnaissons les lapins et les éléphants dans les motifs des nuages.
Du normal au pathologique
Une fois de plus, je pense qu’il est utile d’aborder cette question d’un point de vue dimensionnel. Les professionnels de la santé ont tendance à penser en termes catégoriques, c’est-à-dire qu’il y a une maladie ou qu’il n’y en a pas. Ce modèle fonctionne généralement bien parce qu’il détermine si une personne doit être traitée ou non, ce qui est évidemment une considération très importante. Mais de nombreuses questions psychologiques gagnent à être abordées d’un point de vue dimensionnel (et non catégorique), et la pensée magique est, à mon avis, l’une d’entre elles.
Une certaine dose de pensée magique, qu’il s’agisse de superstitions, de croyances particulières bénignes et autonomes ou de rituels magiques qui ne vous font pas souffrir et ne perturbent pas votre vie, est tout à fait normale et fait probablement partie de notre tissu humain, en particulier dans l’enfance. Comme nous l’avons vu plus haut, les superstitions peuvent même présenter un avantage évolutif. Cependant, si les rituels et les croyances magiques deviennent à un moment donné envahissants et problématiques, ils peuvent être le symptôme d’une névrose obsessionnelle, voire d’une psychose, qui nécessitera l’intervention d’un professionnel.
Quoi qu’il en soit, il est important de garder à l’esprit que les traditions et les croyances culturelles ont tendance à contenir des quantités généreuses de pensée magique et qu’un monde dépourvu de magie serait un endroit austère et désolé. Un peu de poussière magique rend notre existence plus intéressante.
Références
Shermer M. W. H. Freeman & Co ; New York, NY : 1998. Why people believe weird things : pseudoscience, superstition, and other confusions of our time (paperback)