Vos yeux révèlent-ils ce que vous pensez ?

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Dans le monde technologique d’aujourd’hui, de nombreux aspects de la vie privée que nous considérions autrefois comme acquis sont pratiquement inexistants. Nos smartphones connaissent notre position précise tout au long de la journée, nos navigateurs web peuvent prédire ce que nous sommes sur le point de rechercher et les publicitaires ont accès à plus d’informations sur nous que nous n’en possédons sur nous-mêmes. Pourtant, au milieu de ces intrusions technologiques, nous aimons à penser qu’au moins nos pensées internes restent privées.

Il s’avère que même le contenu de notre imagination peut se révéler à travers le comportement de nos yeux, et plus précisément de nos pupilles.

La réponse pupillaire

On sait depuis longtemps que nos pupilles réagissent aux changements de lumière : Elles se contractent en réponse à une lumière vive et se dilatent en réponse à l’obscurité. Plus récemment, des recherches ont montré que nos pupilles changent également de taille en réponse à des facteurs internes, tels que notre état émotionnel, notre effort cognitif et la manière dont notre attention spatiale est allouée. Dans une étude menée par Paola Binda, Maria Pereverzeva et Scott O. Murray (2013), les participants se sont vus présenter un écran gris avec un disque lumineux d’un côté, un disque sombre de l’autre et un point de fixation au centre, comme dans l’image ci-dessous :

Nicolas Davidenko
Adapté de Binda et al. (2013)
Source : Nicolas Davidenko

Les participants avaient pour instruction de fixer leur regard directement sur le point central, mais de porter secrètement leur attention soit sur le disque lumineux, soit sur le disque sombre, en fonction de l’instruction donnée avant chaque essai. Dans les essais de contrôle, les participants devaient regarder directement le disque lumineux ou le disque sombre. Binda et ses collègues ont constaté que le simple fait d’être attentif au disque lumineux ou sombre – sans le regarder – suffisait à moduler la taille des pupilles des participants de la même manière que lorsqu’ils regardent un disque : en se contractant lorsqu’ils sont attentifs au disque lumineux et en se dilatant lorsqu’ils sont attentifs au disque sombre. L’ampleur du changement de taille de la pupille induit par l’attention était environ 37 % plus importante que lorsque les participants regardaient directement les disques.

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Changements de pupille induits par l’imagination

Des recherches ultérieures menées par Bruno Laeng et Unni Sulutvedt (2014 ) sont allées plus loin, en se demandant si le simple fait d’imaginer quelque chose de clair ou de sombre suffisait à produire une réponse pupillaire. Lors de chaque essai, les participants ont d’abord observé un écran gris sur lequel apparaissait une forme triangulaire pendant 5 secondes, dans l’une des différentes nuances de gris allant de très sombre à très clair. Ensuite, l’écran est devenu noir pendant 8 secondes pour permettre aux pupilles de revenir à leur niveau de base, puis un écran gris est apparu pendant 5 secondes supplémentaires au cours desquelles les participants ont été invités à imaginer le triangle qu’ils venaient d’observer, dans la même nuance de gris que celle dans laquelle il était apparu.

Les réponses pupillaires des participants aux triangles réels ont suivi le schéma attendu : Les pupilles se resserrent de plus en plus au fur et à mesure que les triangles sont plus lumineux. Curieusement, les réponses pupillaires aux triangles imaginés suivaient presque exactement le même schéma, se rétrécissant de plus en plus au fur et à mesure que le triangle imaginé devenait plus lumineux. À l’instar des résultats obtenus par Binda et ses collègues, la réponse pupillaire aux stimuli imaginés était moins importante que celle aux stimuli réels.

Dans une série d’études complémentaires, Laeng et Sulutvedt ont testé plusieurs explications alternatives à leurs résultats, y compris la possibilité que les participants aient voulu que leurs pupilles se contractent ou se dilatent en prévision de l’hypothèse des expérimentateurs. En fait, dans leur cinquième expérience, les participants n’ont pas montré de capacité à dilater ou à contracter volontairement leurs pupilles, même lorsqu’on leur demandait de le faire.

Contrôle indirect

Ces résultats montrent que, bien que nous ne soyons pas en mesure de dilater ou de contracter directement nos pupilles, nous pouvons obtenir une réponse pupillaire indirectement, en faisant appel à notre imagination. Selon Laeng et Sulutvedt, si nous prenons quelques secondes pour imaginer un ciel ensoleillé, nos pupilles diminueront d’environ 0,55 mm. Si, au contraire, nous imaginons une pièce totalement sombre, nos pupilles augmenteront d’environ 0,61 mm. Ces changements sont suffisamment importants pour être remarqués par d’autres personnes ou par des machines.

Ainsi, notre capacité apparente (indirecte) à moduler la taille de nos pupilles par l’imagination a une implication plus inquiétante pour notre vie privée : Que nous le voulions ou non, certains aspects de notre imagerie mentale interne se révèlent à travers le comportement de nos pupilles.

Références

Binda, P., Pereverzeva, M. et Murray, S. O. (2013). Attention to bright surfaces enhances the pupillary light reflex. Journal of Neuroscience, 33(5), 2199-2204.

Laeng, B. et Sulutvedt, U. (2014). La pupille de l’œil s’ajuste à la lumière imaginaire. Psychological science, 25(1), 188-197.