
(Reposted from The Psychology of Human Sexuality)
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En 1972, un article publié dans le Journal of Personality and Social Psychology a apporté un soutien scientifique à ce que l’on appelle « l’effet Roméo et Juliette ». L’idée de base était que plus les parents tentent d’interférer dans la relation d’un couple, plus cette relation devient forte, comme dans l’histoire classique de Shakespeare. Compte tenu du nom sexy et de l’attrait intuitif de cette idée, il n’est peut-être pas surprenant d’apprendre que cet effet a été cité des centaines de fois dans des revues universitaires et des manuels. Ces dernières années, cependant, plusieurs scientifiques (dont moi-même) sont devenus sceptiques à l’égard de cette idée, car elle ne semble tout simplement pas correspondre à ce que rapporte la littérature générale sur l’approbation sociale et les relations.
Par exemple, j’ai publié une série de trois études au cours de la dernière décennie montrant que lorsque la famille et les amis n’acceptent pas ou n’approuvent pas une relation, la santé des partenaires et la qualité de la relation ont tendance à en souffrir. Plus précisément, lorsque les gens perçoivent que leur relation amoureuse est marginalisée, non seulement ils font état d’une moins bonne santé physique et psychologique [1] et d’un engagement moindre dans leur relation [2], mais ils sont également plus susceptibles de rompre au cours de l’année suivante [3](voir ici pour un résumé plus détaillé d’une partie de ces recherches). À la lumière de ces résultats, on pourrait raisonnablement prédire l’inverse de l’effet Roméo et Juliette : lorsque les parents n’approuvent pas une relation et tentent de s’en mêler, cette relation a plus de chances de se détériorer que de s’épanouir.
Mais dans ce cas, comment expliquer les résultats de l’étude de 1972 ? S’agissait-il simplement d’un coup de chance ? Une nouvelle étude, qui vient d’être publiée dans la revue Social Psychology, a tenté de reproduire directement l’étude originale afin de voir si les résultats se confirment(Sinclair, Hood & Wright, 2014). Il s’avère que depuis que l’effet Roméo et Juliette a été signalé pour la première fois, personne n’a étudié cette idée en utilisant exactement le même ensemble de mesures que les chercheurs originaux. Dans cette tentative de réplication, un échantillon de 396 adultes actuellement engagés dans une relation amoureuse (moitié mariés, moitié en couple) a répondu à deux enquêtes à environ 4 mois d’intervalle. Au temps 1, les participants ont indiqué dans quelle mesure leurs parents approuvaient leur relation et intervenaient dans celle-ci (note : l’approbation parentale n’était pas incluse dans l’étude originale, mais elle a été ajoutée ici pour déterminer si elle fonctionne de la même manière que l’interférence parentale). Au temps 2, les participants ont été interrogés sur la qualité de leur relation (c’est-à-dire sur le degré d’amour et d’engagement qu’ils ressentaient).
Qu’ont trouvé les réplicateurs ? Plus l’approbation parentale était importante au temps 1, plus l’amour et l’engagement étaient importants au temps 2. Cette constatation s’applique aussi bien aux couples qui sortent ensemble qu’aux couples mariés. En outre, plus l’interférence parentale était importante au moment 1, moins l’amour et l’engagement étaient importants au moment 2. Cependant, cet effet n’est valable que pour les couples mariés – pour les couples qui sortent ensemble, l’interférence parentale n’est pas liée à la qualité future de la relation.
Comme vous pouvez le constater, l’effet dit « Roméo et Juliette » n’a pas résisté à une tentative de réplication directe. En fait, les chercheurs ont trouvé exactement le contraire de ce que cet effet aurait pu prédire ! À la lumière de ces résultats et d’un nombre croissant d’études montrant que la désapprobation parentale est liée à la rupture et à d’autres problèmes relationnels, il semble de plus en plus probable que le rapport initial sur l’effet Roméo et Juliette ait été un coup de chance statistique.
Il s’agit là d’un excellent rappel du fait que la reproduction est l’une des caractéristiques d’une bonne science et qu’il est sage de ne pas s’enthousiasmer pour une seule découverte (quel que soit son nom accrocheur ou son caractère intuitif) tant qu’elle n’a pas été vérifiée. Pour en savoir plus sur ce qu’ont révélé d’autres tentatives récentes de reproduction de résultats psychologiques classiques, consultez le dernier numéro de Social Psychology ici.
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[1] Lehmiller, J. J. (2012). Perceived marginalization and its association with physical and psychological health « , Journal of Social and Personal Relationships, 29, 451-469.
[2] Lehmiller, J. J. et Agnew, C. R. (2006) Marginalized relationships : The impact of social disapproval on romantic relationship commitment. Personality and Social Psychology Bulletin, 32,40-51.
[3] Lehmiller, J. J. et Agnew, C. R. (2007). Perceived marginalization and the prediction of romantic relationship stability », Journal of Marriage and Family, 69, 1036-1049.

Justin Lehmiller – Articles surla science des relations | Site web/CV
Le programme de recherche du Dr Lehmiller se concentre sur l’impact du secret et de la stigmatisation sur la qualité des relations et sur la santé physique et psychologique. Il mène également des recherches sur l’engagement, la sexualité et les pratiques sexuelles sûres.