Points clés
- Partager des expériences de vie difficiles avec un ami peut être mutuellement bénéfique, à condition que ce soit consensuel.
- Le partage excessif peut entraîner le retrait des amis et donner à la personne le sentiment d’être abandonnée.
- L’abandon du traumatisme peut être une stratégie d’adaptation inadaptée qui peut conduire à l’isolement et à une faible estime de soi.
S’épancher sur sa vie auprès de ses amis peut être cathartique, favoriser la prise de conscience et donner l’occasion d’envisager les événements sous un angle nouveau. Partager des émotions difficiles peut favoriser les liens et atténuer la solitude. Raconter comment vos beaux-parents vous ont mis au pied du mur peut vous aider à évacuer votre frustration tout en renforçant votre lien avec votre ami, qui a lui aussi vécu des expériences similaires avec sa belle-famille.
Cependant, la frontière entre une vulnérabilité saine et le rejet des traumatismes est ténue.
Lorsque vous partagez des émotions ou des expériences de vie difficiles, il est important de vous assurer que votre interlocuteur est disposé à vous écouter et que ces conversations sont consensuelles. Il est également important que les informations personnelles que vous divulguez correspondent à la proximité et au niveau de confiance de la relation. Par exemple, si vous faites part à un collègue de votre insatisfaction quant à votre vie sexuelle lors d’un déjeuner de travail décontracté, il peut se sentir mal à l’aise et considérer que la conversation lui est imposée. En fonction de la hiérarchie de la relation, il peut avoir des difficultés à fixer des limites et, par conséquent, se sentir bloqué, voire harcelé.

Se soutenir mutuellement dans les moments difficiles est très bénéfique pour notre psychisme, mais il est important de trouver un équilibre. L’objectif du partage est de nous libérer des émotions difficiles, mais nous devons veiller à ne pas surcharger nos proches. Il peut y avoir des périodes où une personne a plus de temps d’antenne. Par exemple, si votre ami est en train de divorcer, il serait logique que les conversations tournent autour de lui pendant un certain temps.
Dans les relations amicales, la réciprocité du soutien, de la compassion et du respect, indépendamment de ce qui se passe dans la vie, est essentielle. Si vous dépassez les limites en partageant trop d’informations ou en prenant trop de place, vous risquez de mettre à mal vos relations et d’inciter vos amis à limiter leurs interactions avec vous.
Comment savoir si je fais du dumping traumatique ?
Demandez-vous si votre ami a également eu l’occasion de partager ses propres sentiments ou expériences.
Vos amis semblent-ils accablés, anxieux ou déprimés lors de ces conversations avec vous ? Ou sont-ils capables d’offrir une compassion et un soutien sincères ?
Avez-vous passé tout votre temps à parler de votre patron ? Ou bien votre ami a-t-il eu l’occasion de parler de sa vie ?
Étiez-vous ouvert à l’idée d’entendre leur point de vue et de suivre leurs conseils ? Ou bien vous êtes-vous plaint sans cesse de la même chose sans envisager la moindre option susceptible de déboucher sur une solution ?
Parlez-vous beaucoup plus que votre ami ? Ces conversations vous soulagent-elles ? Avez-vous demandé la permission de parler de quelque chose d’aussi personnel ?
Si votre ami semble mal à l’aise ou tendu pendant ces conversations, il se peut que vous en fassiez trop. Si votre ami vous sollicite moins ou trouve des excuses pour écourter les conversations, il se peut que vous dépassiez ses limites. S’il ne vous parle pas des événements de sa propre vie, il se peut que vous ne lui laissiez pas l’espace nécessaire pour le faire.
Une raison inconsciente de déverser ses émotions refoulées sur quelqu’un d’autre peut être due à un traumatisme non traité. Cette situation est non seulement épuisante pour nos proches, mais elle peut aussi vous être préjudiciable.
L’évacuation du traumatisme peut être une façon inadaptée de tenter de résoudre des événements difficiles ou des dynamiques éprouvantes ; cependant, en racontant l’histoire, vous pouvez avoir l’impression de revivre l’expérience. Si la personne avec laquelle vous partagez votre expérience n’est pas en mesure de vous guider, vous risquez d’être à nouveau traumatisé.
Le dumping traumatique peut conduire vos amis à se retirer de vous, ce qui peut vous donner un sentiment d’abandon et diminuer votre estime de soi et votre sentiment de valeur personnelle.
Alors, que dois-je faire ?
1. Rechercher la communauté.
Ne gardez pas votre traumatisme pour vous. Trouvez des personnes de confiance pour parler de ce que vous vivez et assurez-vous que ces conversations sont consensuelles. Vous pouvez prendre contact avec votre interlocuteur en lui demandant : « Est-ce que je peux vous parler des difficultés que je rencontre avec ma fille ? ».
En rejoignant un groupe de soutien composé de personnes confrontées à des défis similaires, vous réduirez votre sentiment d’aliénation et vous ferez l’expérience de recevoir du soutien tout en soutenant les autres.
2. Trouvez des moyens sains d’exprimer vos émotions.
La tenue d’un journal, la méditation et les activités créatives telles que la peinture, la musique ou d’autres formes d’art sont autant de moyens précieux de libérer les émotions.
Les pratiques de pleine conscience et d’autocompassion sont des moyens constructifs de donner un sens à votre traumatisme, d’identifier vos déclencheurs et d’apprendre à réguler vos émotions.
3. Prenez soin de votre corps.
Une alimentation saine, le sommeil et l’exercice physique favorisent le bien-être physique et, à leur tour, ont des effets bénéfiques sur la santé mentale.
Calmer son système nerveux en passant du temps dans la nature, en prenant de longs bains ou en écoutant de la musique sont des stratégies efficaces pour s’auto-apaiser et réguler ses émotions.
4. Chercher une aide professionnelle.
Nous avons tous des parties de nous-mêmes que nous n’aimons pas, des histoires que nous préférons ne pas raconter et des sentiments que nous préférerions ne pas ressentir. Plus nous essayons d’éviter les éléments sombres de notre identité, plus ils ont de pouvoir sur nous. Ils peuvent se manifester par des symptômes psychosomatiques, des problèmes sociaux, de mauvais résultats scolaires ou professionnels, des problèmes juridiques, de la dépression, de l’anxiété, des maladies physiques et une propension aux accidents. La thérapie nous donne l’occasion d’affronter notre part d’ombre dans un espace sûr.
Un thérapeute peut vous aider à surmonter votre crise en vous proposant des ressources et des références pour faire face à des défis spécifiques. Le parcours thérapeutique vous permettra d’exprimer les émotions liées aux événements traumatiques et vous aidera à apprendre de nouvelles façons d’aborder les situations difficiles.
L’exploration de la dynamique familiale et la compréhension de nos premiers styles d’attachement en thérapie nous permettent de reconnaître les cercles vicieux dans lesquels nous nous trouvons constamment et d’examiner les récits répétitifs qui nous empêchent de vivre notre vie au maximum de son potentiel en relation avec les autres.
Contrairement aux amitiés, les relations thérapeutiques sont inconditionnelles. Vous n’êtes pas responsable de la gestion des sentiments de votre thérapeute et vous n’êtes pas tenu de faire de la place pour ses luttes personnelles. La relation thérapeutique est en soi un outil de guérison qui vous permet de bénéficier d’une acceptation, d’une cohérence et d’une compassion authentiques. Le processus thérapeutique vise à favoriser un sentiment de confiance et à cultiver des modes de relation sécurisés avec l’autre, qui, avec le temps, se transmettront en dehors du cadre thérapeutique.
Pour trouver un thérapeute près de chez vous, consultez l’ annuaire des thérapies de Psychology Today.
Références
Balan, D (2023). Re-Write : A Trauma Workbook of Creative Writing and Recovery in Our New Normal. Routledge
Levine, P (2012). In an Unspoken Voice : How the Body Releases Trauma and Restores Goodness. North Atlantic Books.

