Pourquoi est-ce que je m’en prends à moi-même ?

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THE BASICS

Points clés

  • Une voix critique intérieure punitive et constante peut causer des dommages psychologiques.
  • Accorder un crédit psychologique à une voix intérieure critique peut avoir pour conséquence qu’elle grandisse et prenne le dessus sur notre psychisme.
  • L’autocritique de nos fautes ou de nos limites n’est pas nuisible si elle est tempérée et sans auto-condamnation.
  • L’acceptation de soi et la gentillesse favorisent le bien-être et l’estime de soi et réduisent les inquiétudes et l’insécurité.

Le concept de Sigmund Freud(1959) du trio de représentations intérieures, à savoir le ça, le moi et le surmoi, est un modèle qui permet de comprendre pourquoi l’autocritique peut devenir incontrôlable. Le surmoi – cette voix intérieure critique et réprimandante qui sert à neutraliser les pulsions impulsives et immatures du ça et à maintenir le médiateur, le moi, sous l’emprise de la culpabilité ou de la honte – pourrait êtreau cœur de la façon dont nous en venons à nous infliger des coups de bâton. Un introject négatif est une voix critique précoce qui reflète l’incorporation dans le psychisme d’une personne importante qui fait des reproches. Malheureusement, pour certains, la portée et le degré de leur autocritique ne sont pas toujours bénins et entraînent des dommages importants. Les psychanalystes suggèrent que ce surmoi reflète l’intériorisation précoce des personnes qui s’occupent de nous. Si la personne qui s’occupe de nous est sévère, un surmoi punitif peut se développer.

Quelques effets de l’autocritique

Blatt et Zuroff (1992) décrivent une forme psychologiquement grave d’autocritique comme une évaluation sévère et constante de soi conduisant à un sentiment d’indignité, de honte et de culpabilité. Il ne s’agit pas d’émotions ou de réactions passagères et elles peuvent ouvrir la voie à des conséquences néfastes pour soi-même. À l’extrémité maligne, le surmoi punitif peut conduire à une autodérogation sévère : un sentiment chronique d’être « moins que » et sans valeur.

Une voix critique intérieure punitive et constante peut causer des dommages psychologiques. Plus le niveau d’autocritique est élevé, plus la probabilité d’avoir ou de développer un trouble psychologique est grande. Parmi les troubles possibles figurent la dépression, les troubles alimentaires, le trouble bipolaire et le trouble de la personnalité limite. En outre, il a été proposé que les personnes perfectionnistes soient plus enclines à l’autocritique ; par conséquent, plus le perfectionnisme est élevé, plus la réaction psychologique aux erreurs est importante (par exemple, une humeur négative plus marquée, une moindre confiance en soi). Cette préoccupation perfectionniste peut conduire à une rumination et à un cycle d’effets négatifs, tels que des problèmes d’estime de soi, des jugements de soi plus critiques et la dépression (Manfredi et al., 2016). Malheureusement, un autre risque potentiel résultant de l’autocritique, du perfectionnisme, de la dépression et de la rumination est l’idéation suicidaire (Dunn, 2022).

Autocompassion et acceptation de soi : Mettre en sourdine la voix critique

Berman (2019) considère l’introject négatif comme un objet étranger ou un implant qui s’enracine dans la psyché de telle sorte que la personne devient une victime de ses diktats. Berman a observé que l’introject négatif peut devenir incontrôlable et nécessite d’être « apprivoisé ». Il s’agit là d’un concept intéressant : nous pouvons, avec le temps, accorder une crédibilité psychologique à la voix critique intérieure et la laisser, telle une mauvaise herbe, s’emparer du jardin de notre psyché.

L’antidote peut consister à reconnaître le moment où cette voix intérieure devient dure et critique et à s’engager dans la compartimentation. En d’autres termes, il faut comprendre qu’il ne s’agit que d’un aspect de notre psyché que nous avons peut-être nourri par inadvertance en lui accordant de l’attention et de l’importance. Si elle a pris de l’ampleur (par exemple, si nous nous rendons compte que nous nous « battons » plus que nous ne nous félicitons), il est temps de fixer des limites à cette voix critique.

Pour nous épanouir, nous devons laisser de la place aux autres aspects de notre psyché, c’est-à-dire aux états dans lesquels nous ressentons un sentiment psychologique intérieur de maîtrise de soi et de compétence. Les chercheurs ont suggéré que pour faire face à l’autocritique ou l’éviter, il faut s’efforcer de faire preuve d’autocompassion et d’acceptation de soi (Neff, 2003). L’autocompassion consiste à « être bienveillant et compréhensif envers soi-même dans les cas de douleur ou d’échec plutôt que de s’autocritiquer sévèrement ». (Ness, 2003, p. 85).

Soyez gentil avec vous-même

La gentillesse envers soi-même encourage non seulement une attitude bienveillante en cas de difficultés, mais diminue également l’intolérance, la désapprobation et d’autres émotions intrapersonnelles négatives. Cela peut ne pas venir naturellement, car l’autocritique et l’auto-évaluation négative peuvent être devenues une habitude. Gilbert et Irons (2005) ont mis au point une « formation à la compassion » pour les personnes présentant des niveaux élevés d’autocritique. Les interventions se concentrent sur l’atteinte d’une « préoccupation authentique pour son propre bien-être » (Gilbert & Procter, 2006). Ce faisant, la personne peut mieux se comprendre et s’accepter. Par conséquent, elle est moins susceptible de se livrer à l’autocritique et plus tolérante à la détresse.

La bienveillance à l’égard de soi-même peut conduire à l’acceptation de ses propres faiblesses et de tout ce qui s’y rattache. C’est essentiel pour une santé mentale positive. Contrairement à l’autocritique, l’acceptation de soi et la bienveillance peuvent accroître le bien-être et l’estime de soi et réduire les inquiétudes et l’insécurité. Il est particulièrement important d’être bienveillant envers soi-même lorsque l’on traverse une période difficile. L’autocompassion est donc particulièrement précieuse en période de stress. Il est intéressant de noter que la plupart d’entre nous font preuve de gentillesse et de sollicitude envers les autres lorsqu’ils ont subi une perte ou un échec. De la même manière, nous devrions prendre l’habitude d’être bienveillants envers nous-mêmes lorsque nous commettons une erreur ; en d’autres termes, nous devrions nous accorder une pause. Ce faisant, nous avons l’occasion de stimuler des émotions puissantes et très significatives telles que l’estime de soi et la conviction que nous méritons l’amour, le bonheur et l’affection.

En outre, l’autocompassion peut favoriser l’auto-efficacité, c’est-à-dire lesentiment d’être compétent et de pouvoir surmonter les difficultés. L’autocompassion peut être un agent protecteur contre le développement de sentiments d’impuissance ou de vulnérabilité dans des situations où une personne pense qu’elle peut être efficace. Par exemple, si elle se sent sûre d’elle dans certaines circonstances, elle sera moins sujette à une autocritique néfaste. Cette croyance en ses capacités et en ses compétences contribue grandement à la protection contre la vulnérabilité.

Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas s’engager dans une auto-évaluation. L’autocritique n’est pas nuisible si la reconnaissance de nos fautes ou de nos limites est tempérée et ne s’accompagne pas d’une auto-condamnation. Ce processus augmente la probabilité de procéder à des changements positifs. L’autocritique et les remises en question – les mantras « j’aurais pu » et « j’aurais dû » – ne font qu’aggraver la douleur et approfondir la souffrance. Ce n’est pas une grande révélation de comprendre que le parcours humain est rempli de faux pas, mais au lieu d’utiliser ces échecs pour se matraquer, ils sont des opportunités d’apprentissage et de croissance.

Références

Berman, C. W. (2019). Taming the negative introject : empowering patients to take control of their mental health. Routledge. DOI:10.4324/9780429505928

Blatt, S. J. et Zuroff, D. C. (1992). Interpersonal relatedness and self-definition : Two prototypes for depression. Clinical Psychology Review, 12(5), 527-562. https://doi.org/10.1016/0272-7358(92) 90070-O.

Dunn, N. A. et Luchner, A. F. (2022). L’impact émotionnel de l’autocritique sur l’autoréflexion et la rumination. Psychology and Psychotherapy : Theory, Research and Practice, 95(4), 1126-1139. doi : 10.1111/papt.12422.

Freud, S. (1968). Inhibitions, symptômes et anxiété. Standard Edition, Vol.1.20, Hogarth Press.

Gilbert, P. et Procter, S. (2006). Compassionate mind training for people with high shame and self-criticism : Vue d’ensemble et étude pilote d’une approche de thérapie de groupe. Clinical Psychology & Psychotherapy : An International Journal of Theory & Practice, 13(6), 353-379. https://doi. org/10.1002/cpp.507

Neff, K. (2003). Self-compassion : An alternative conceptualization of a healthy attitude toward oneself. Self and Identity, 2(2), 85-101. https://doi. org/10.1080/15298860309032