L’infidélité et la jalousie dans une perspective évolutive

Lorsque vous avez l’impression que quelqu’un représente une menace pour votre relation (que ce soit le cas ou non), la jalousie est susceptible de s’installer. Les chercheurs notent que la jalousie se caractérise par la peur de perdre, la méfiance ou la colère, car on craint de perdre une relation à cause d’un rival.1 Essentiellement, la jalousie sert de mécanisme par lequel la personne reste hypervigilante pour protéger sa relation d’intrus potentiels. Un scénario courant qui peut susciter la jalousie est celui où le partenaire est en présence d’autres personnes disponibles et fréquentables, ce qui donne l’impression que le partenaire est peut-être infidèle.

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Infidélité

Dans un article précédent, j’ai abordé les théories de l’infidélité, en me concentrant sur les différentes perspectives offertes par les psychologues évolutionnistes et les théoriciens des rôles sociaux. Le différend entre ces deux perspectives porte sur la différence de mesure de la détresse. L’une des approches consiste à utiliser des alternatives à « choix forcé », qui comprennent des choix de réponses dans lesquels le participant doit choisir ce qui est le plus bouleversant parmi deux réponses présélectionnées : votre partenaire formant un attachement émotionnel avec une autre personne (infidélité émotionnelle) ou votre partenaire ayant des relations sexuelles avec cette autre personne (infidélité sexuelle). Les psychologues évolutionnistes ont utilisé ce paradigme de choix forcé pour montrer que les hommes sont plus bouleversés par l’infidélité sexuelle, tandis que les femmes le sont davantage par l’infidélité émotionnelle. 2

D’un point de vue psychologique évolutionniste, les différences entre les sexes en ce qui concerne les conséquences d’un partenaire infidèle conduisent à des réactions différentes face à l’infidélité.1 Les femmes craignent que lorsqu’un homme s’engage émotionnellement avec une autre, elles (les femmes qui ont été trompées) puissent perdre certaines des ressources qu’elles ont obtenues de leurs partenaires masculins. Les hommes, quant à eux, craignent que si leurs partenaires féminines ont des relations sexuelles en dehors de la relation, les hommes dépensent leurs ressources pour des enfants qui ne sont peut-être pas les leurs. Fondamentalement, les deux sont las d’une situation dans laquelle leur progéniture génétique ne reçoit pas les ressources dont elle a besoin.

Tous ne sont pas d’accord avec la perspective évolutionniste et estiment au contraire que les différences entre les sexes résultent simplement de la manière dont les scénarios de tromperie sont présentés. Les chercheurs qui s’opposent à la perspective évolutionniste notent que les différences entre les sexes disparaissent lorsque les participants peuvent évaluer leur point de vue sur une échelle continue. 3 Lorsqu’ils sont obligés de choisir une réponse, les gens choisissent le type (sexuel ou émotionnel) qui coïncide avec l’autre.3 En faisant le lien avec le choix des femmes (l’infidélité émotionnelle est plus pénible), on pense qu’une femme supposera que si son mari est tombé amoureux, il a déjà eu des relations sexuelles avec l’autre femme. Par conséquent, la sélection englobe les deux types d’infidélité.

Infidélité et jalousie

Si l’on pousse plus loin la perspective évolutionniste, la jalousie pourrait avoir évolué en raison des problèmes de reproduction (c’est-à-dire le manque de ressources pour subvenir aux besoins de l’enfant) auxquels nos ancêtres étaient confrontés et des problèmes qui se posaient si un partenaire était infidèle.4 Les hommes, en particulier, sont confrontés à la certitude de la paternité, c’est-à-dire au fait qu’ils ne peuvent pas être totalement sûrs que l’enfant qu’une femme enceinte porte est le sien ou celui d’un autre homme. Les hommes devraient réagir par la jalousie s’ils soupçonnent que leur compagne est sur le point de s’éloigner, car cela réduirait la probabilité que la femme ait des relations sexuelles avec un autre homme.

Les femmes, quant à elles, réagissent par la jalousie lorsqu’elles soupçonnent que les ressources fournies par leurs partenaires masculins et réservées à leur progéniture sont détournées. C’est pourquoi elles s’inquiètent le plus lorsque leurs partenaires développent des liens affectifs avec d’autres personnes, car cela signale la possibilité de réattribuer les ressources à de nouvelles femmes.

Que dit la recherche ?

Dans cette étude, le chercheur a manipulé le scénario (imaginer son partenaire avoir des relations sexuelles ou imaginer son partenaire tomber amoureux de quelqu’un d’autre) et la race des individus (quelqu’un de la même race ou d’une race différente). Si la jalousie découle réellement du besoin de l’homme d’être certain de sa paternité, l’infidélité sexuelle devrait être plus menaçante. De même, dans la même perspective, les femmes devraient trouver l’infidélité émotionnelle plus déplaisante, car elle signale la réallocation des ressources nécessaires. La race de la personne avec laquelle l’infidélité est commise ne devrait pas influencer les réponses des participants. Toutefois, si la jalousie est une réaction émotionnelle générale à une menace potentielle pour une relation, la race de la personne avec laquelle le partenaire est infidèle peut jouer un rôle. Les chercheurs ont choisi la race comme variable à manipuler, car elle n’est liée à aucune menace d’infidélité spécifique au sexe.

Pour cette étude, 286 étudiants, 214 femmes et 72 hommes, de l’Université de Louisiane du Sud ont été confrontés à des scénarios concernant l’infidélité de leur partenaire imaginaire. Chaque participant s’est vu présenter quatre scénarios dans lesquels son partenaire était infidèle, en fonction des manipulations portant sur le type d’infidélité et la race. Les participants ont également évalué, sur six échelles de 7 points, leur degré de colère, de jalousie, de calme, de menace, de soulagement et de blessure en réponse à chaque scénario. Les résultats ont montré que l’influence de la race du partenaire avec lequel l’infidélité s’est produite n’avait que peu d’effet sur les réactions à l’infidélité imaginée. Les résultats soutiennent en partie la perspective selon laquelle la jalousie a évolué pour conserver le partenaire, car les hommes étaient plus en colère et blessés que les femmes en réponse à une infidélité sexuelle plutôt qu’à une infidélité émotionnelle. Toutefois, les résultats ne vont pas dans ce sens, car ils ne montrent pas que les femmes sont plus bouleversées et blessées par l’infidélité émotionnelle que les hommes. Dans l’ensemble, « les femmes ont fait état d’une plus grande colère face à l’infidélité sexuelle que face à l’infidélité émotionnelle et ont été blessées de la même manière par l’infidélité sexuelle et l’infidélité émotionnelle ».3 Par conséquent , l’idée que la jalousie a évolué spécifiquement pour la rétention du partenaire est convaincante, mais elle n’explique pas toutes les données.

L’infidélité ébranle le terrain sur lequel la relation est construite, car elle crée une violation de la confiance et rompt l’engagement que chaque partenaire avait pris l’un envers l’autre. Si ce constat est clair, la théorie la mieux à même d’expliquer nos réactions face à l’infidélité ne l’est pas.

1Parrot, W.G. & Smith, R.H. (1993) Distinguishing the experiences of envy and jealousy, Journal of Personality and Social Psychology, 64, 906-920.

2Buss, D.M. (2000). La passion dangereuse : Pourquoi la jalousie est aussi nécessaire que l’amour et le sexe. New York : Free Press.

3DeSteno, D. & Salovey, P. (1996). Evolutionary origins of sex differences in jealousy : Questioning the « fitness » of the model. Psychological Science, 7, 367-372.

4Bassett, J. F. (2005). Sex differences in jealousy in response to a partner’s imagined sexual or emotional infidelity with a same or different race other. North American Journal of Psychology, 7(1), 71-84.

Dr. Marisa Cohen

Francis College, a fondé le Self-Awareness and Bonding Lab (SABL) à l’automne 2014. Ses recherches ont porté sur le développement des relations tout au long de la vie, notamment sur les facteurs qui influencent le choix d’un partenaire et sur la perception qu’ont les gens de ce qui permet aux relations de survivre et de s’épanouir. Elle s’intéresse plus particulièrement à la manière dont les différentes configurations relationnelles influencent la satisfaction qui en découle.