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Points clés
- Le fait de trop réfléchir à des décisions simples peut entraîner une paralysie de l’analyse et nous empêcher de faire un choix.
- Dans le domaine du sport, l’excès de réflexion peut entraîner une perte soudaine d’habileté chez les athlètes.
- Le yips est un phénomène psychologique qui est étonnamment difficile à surmonter et qui peut coûter des carrières.
Vous avez déjà entendu parler du cul de Buridan ? Non, pas ce genre de cul !
Je veux parler de l’animal qui ressemble à un cheval et que l’on appelle aussi l’âne. Plus précisément, l’âne est célèbre pour avoir été confronté à un dilemme de choix décrit par le philosophe français Jean Buridan. L’âne en question est confronté à un choix délicat. Il se trouve au milieu de deux bottes de foin identiques. Les deux bottes étant égales en distance, en taille et en qualité de foin, l’âne n’a aucune préférence pour l’une ou l’autre. Profondément troublée, elle regarde d’une botte de foin à l’autre. Laquelle doit-elle choisir ? Elle suppose qu’elle pourrait engloutir les deux, mais encore une fois : Lequel choisir en premier ? L’âne désespéré se retrouve pris au piège d’une énigme impossible. Les heures et les jours passent, jusqu’à ce qu’elle subisse les conséquences tragiques de son indécision et finisse par mourir de faim.
Que pensez-vous de cette petite histoire ? Il est difficile de s’apitoyer sur le sort d’un âne qui meurt de faim alors qu’il a de la nourriture en abondance sous les yeux. En fait, l’histoire entière semble quelque peu tirée par les cheveux. Après tout, quand nous arrive-t-il de nous retrouver face à des choix totalement identiques ? Et n’est-il pas évident qu’un choix aléatoire est toujours préférable à la famine ? De plus, si le dilemme est trop difficile à résoudre, l’âne ne pourrait-il pas simplement s’en aller et se trouver une troisième botte de foin à grignoter ?
Paralysie analytique
Il est facile de considérer le cul de Buridan comme une énième expérience de pensée philosophique sans grand intérêt pour la vie réelle. Mais retenez vos chevaux (ou vos ânes) et attendez de l’écarter complètement ! L’âne affamé offre une leçon importante pour la prise de décision humaine qui est souvent négligée : Trop réfléchir à ses choix peut avoir des conséquences dangereuses.
En évaluant de manière obsessionnelle des options similaires ou quasi identiques, nous n’avons pas grand-chose à gagner. Après tout, les résultats risquent d’être pratiquement les mêmes. Cependant, la longueur du processus de décision peut entraîner des retards inutiles, voire nous empêcher de faire un choix, souvent au détriment de notre personne. En hésitant sur la tenue à acheter, vous risquez de porter toujours les mêmes vêtements. Ne pas pouvoir choisir entre deux soirées peut vous amener à passer la soirée seul à la maison. La difficulté à s’engager avec l’un des deux amants peut vous conduire à les perdre tous les deux.
Ce phénomène d’indécision, souvent appelé paralysie de l’analyse, peut être lié à des attitudes perfectionnistes et au désir d’identifier la meilleure option, dont j’ai parlé dans un récent article sur la satisfaction. En outre, il peut être aggravé par l’existence d’un trop grand nombre d’options, ce qui entraîne une surcharge de choix qui vous donne l’impression d’être dépassé.
La surréflexion dans le sport
Il est intéressant de noter que la tendance à trop réfléchir aux choix et aux actions peut même interférer avec l’intuition et l’expérience acquises. Un exemple frappant nous vient du contexte des sports de compétition tels que le golf, le tennis ou le cricket, où les athlètes qualifiés signalent parfois la perte soudaine des compétences acquises au cours d’années d’entraînement. Ce phénomène est communément appelé « yips », « choking » ou « twisties » selon le contexte, et la recherche suggère qu’il peut être lié à des niveaux accrus d’anxiété, de réflexion excessive sur soi et de perfectionnisme. En essayant de maîtriser consciemment certains mouvements ou actions, les athlètes affectés par le yips peuvent finir par court-circuiter leur mémoire musculaire et ne pas atteindre le niveau de performance auquel ils sont habitués.
Les chercheurs ont tenté de comprendre ce phénomène étrange par le biais d’études qualitatives. L’un de ces projets consistait à interroger des joueurs de cricket de compétition qui avaient souffert du yips et à identifier les thèmes communs associés à leurs symptômes. Une anxiété et une panique extrêmes ont été fréquemment signalées, comme l’explique l’une des personnes interrogées : « Je me sentais très nerveux et hors de contrôle – je sais que cela peut paraître stupide, mais c’était comme si j’avais été pris en charge, je ne pouvais tout simplement pas le faire. Pour tenter de compenser leur nervosité, il semble que les joueurs de cricket concernés aient essayé de trop réfléchir et de contrôler leurs mouvements ultérieurs. Cette stratégie a rarement été couronnée de succès, comme l’illustre le commentaire suivant : « Je me disais quand la lâcher [la balle] parce que je me rendais compte que je ne la lâchais pas au bon moment, alors je me disais « lâche-la » et, bien sûr, vous ne pouvez pas le dire parce qu’au moment où vous le dites, votre bras est déjà au sol.
Soudain, cruel et souvent difficile à surmonter, le yips a ruiné des carrières entières, obligeant par exemple la gymnaste Simone Biles à se retirer des Jeux olympiques et Stephen Hendry à abandonner sa carrière de snooker, qui était jusque-là en plein essor.
Les chercheurs, les psychologues du sport et les athlètes s’accordent à dire qu’il est difficile de comprendre les « yips » si l’on n’en a pas fait l’expérience soi-même. Si vous avez du mal à comprendre le concept d’overthinking, je vous laisse réfléchir au petit poème suivant :
Le dilemme du mille-pattes
Katherine Craster
Un mille-pattes était heureux – tout à fait !
Jusqu’à ce qu’un crapaud s’amuse
lui dit : « Priez, quelle patte bouge après quelle autre ? »
Ce qui fit monter ses doutes à un tel point qu’elle tomba épuisée dans le fossé,
Elle tomba épuisée dans le fossé
Ne sachant plus comment courir.
Références
Bawden, M. et Maynard, I. (2001). Towards an understanding of the personal experience of the ‘yips’ in cricketers. Journal of Sports Sciences, 19(12), 937-953.