Les coïncidences résultent-elles de la cognition rationnelle ?

🔥 Produits recommandés : Canon EOS R6 IIDJI Mini 4 ProMacBook Pro M4

Points clés

  • Les preuves suggèrent que les gens appliquent la rationalité de la vie quotidienne pour évaluer les coïncidences.
  • Il semble que les gens soient capables de juger de manière raisonnablement précise la probabilité des coïncidences.
  • L’utilité des coïncidences est l’une de leurs principales sources de signification.

De nombreuses personnes ont tendance à considérer l’expérience des coïncidences comme une preuve de l’existence d’une variété de mécanismes causaux mystérieux. D’un autre côté, les sceptiques ont tendance à rejeter l’expérience psychologique des coïncidences comme une démonstration de l’irrationalité des gens. Selon eux, l’irrationalité est synonyme de cognition biaisée impliquant un raisonnement probabiliste faible et des croyances paranormales. Dans le Journal New Ideas in Psychology, Johansen et Osman décrivent une recherche qui offre une troisième voie : la perspective rationaliste sur la psychologie des coïncidences (2015). Plutôt que d’être de simples exemples d’irrationalité, ils soutiennent que l’expérience des coïncidences résulte des mécanismes rationnels d’apprentissage causal utilisés dans la vie quotidienne.

L’expérience des probabilités

Ils ont conçu une expérience pour tester l’hypothèse selon laquelle les personnes non initiées à la théorie des probabilités ne pouvaient pas juger de la probabilité d’une coïncidence. De manière surprenante, ils ont constaté que les « gens ordinaires » pouvaient juger assez bien des probabilités de coïncidence.

Magda Osman, maître de conférences en psychologie expérimentale à l’université Queen Mary, et Mark Johansen, de l’école de psychologie de l’université de Cardiff, ont demandé aux participants de noter leurs coïncidences pendant cinq semaines. L’étude n’a pas défini les coïncidences, mais a laissé aux participants le soin de décider ce qu’ils considéraient comme des coïncidences. L’idée était d’observer les coïncidences dans la nature plutôt que de créer des coïncidences fictives, comme le problème de l’anniversaire.

Les chercheurs ont ensuite compilé les coïncidences du monde réel et ont demandé à un autre groupe de participants d’évaluer la probabilité que ces coïncidences se produisent et la probabilité qu’elles soient le fruit du hasard. Les participants ont été remarquablement cohérents dans leurs évaluations. Pour chaque type de jugement, indépendamment des différences d’âge, de sexe ou de niveau d’éducation, les participants ont émis des jugements similaires sur le degré de coïncidence de l’ensemble des différentes coïncidences. Ils ont également émis des jugements similaires sur la probabilité que les coïncidences se produisent, ainsi que sur leur évaluation de la causalité possible.

Cette étude montre que les gens sont fondamentalement aptes à juger de la probabilité de divers modèles d’événements récurrents de manière similaire. Cela remet en question la sagesse académique conventionnelle selon laquelle un mauvais raisonnement probabiliste conduit les gens à mal évaluer la probabilité des coïncidences. Les résultats suggèrent que les gens ont tendance à se mettre d’accord sur ce qui rend une coïncidence hautement improbable ou non. Pour cela, il faut avoir une certaine idée des probabilités dans le monde.

La rationalité quotidienne s’applique aux coïncidences

Une étude ultérieure suggère fortement que les phénomènes psychologiques sont particulièrement pertinents lorsqu’il s’agit d’événements coïncidents (Johansen et Osman, 2020). (Johansen et Osman, 2020) Ces données suggèrent que l’expérience des coïncidences est une conséquence nécessaire des mécanismes rationnels d’apprentissage causal, et qu’il ne s’agit pas simplement d’exemples d’irrationalité.

Les gens utilisent les mêmes propriétés que celles du raisonnement causal lorsqu’ils détectent et évaluent des événements qui sont finalement considérés comme des coïncidences. Chaque fois qu’un jugement sur une coïncidence est en cours, les gens s’appuient en fait sur des caractéristiques de leur raisonnement causal quotidien. Les coïncidences sont donc une caractéristique inévitable de l’esprit humain à la recherche d’une structure causale dans la réalité. Les coïncidences sont donc profondément liées à la manière dont l’esprit humain perçoit les événements qui se produisent dans son environnement, ainsi qu’à une tendance à mettre en évidence des explications causales possibles. Tout dépend des mécanismes permettant de déduire la causalité de ce qui se passe. Les coïncidences sont des répétitions de modèles qui sont observés comme étant improbables selon les normes ordinaires, mais qui sont néanmoins attribuées au hasard car nos tentatives d’explication causale n’ont rien produit de plus plausible que le simple hasard. En ce sens, l’idée que l’esprit humain recherche une structure causale explique notre besoin de trouver des correspondances dans le sens de ce qui se passe autour de nous.

Les coïncidences peuvent être pratiques

Outre les nombreuses conjectures sur l’explication des coïncidences significatives, une signification principale est dérivée de leur utilité. Dans un article publié dans le British Journal for the Philosophy of Science, Van Andel (1994) a rassemblé les nombreux cas où les lauréats du prix Nobel ont eu recours à la sérendipité pour obtenir leurs résultats acclamés. Il rapporte que la sérendipité bien documentée est étayée par des journaux de laboratoire, des carnets de notes contenant des résultats expérimentaux, des articles scientifiques, des manuels, des études de cas, des conférences d’acceptation des lauréats du prix Nobel, des mémoires, des autobiographies et des entretiens informels. En parlant de la découverte fortuite des rayons X, Rontgen a dit qu’il avait découvert par hasard des rayons qui pénétraient le papier noir. Apparemment, il n’a pas réfléchi, il a expérimenté. Comme l’explique le radiologue Morton Myers, MD, (2011), de nombreuses avancées médicales du vingtième siècle sont le fruit d’un heureux hasard. Il s’agit notamment de la découverte du lithium pour le traitement des troubles bipolaires, des antipsychotiques et des antidépresseurs. Les mécanismes par lesquels la sérendipité se produit restent incertains, si ce n’est qu’elle requiert généralement de la sagacité, c’est-à-dire la capacité de l’observateur à voir la valeur de l’heureux accident.

La valeur de la synchronicité en psychothérapie est étayée par des données récentes (Roessler et Reefschläger, 2022). Là encore, les mécanismes ne sont pas clairs, mais les données suggèrent fortement l’utilité de la synchronicité.

Commentaire

Comme l’affirment clairement les statisticiens, les coïncidences sont très fréquentes dans les grandes populations. (Hand, 2014) Elles jouent un rôle important dans plusieurs aspects de la psychologie. Bien que de nombreuses personnes spéculent sur leurs explications potentielles, l’explication principale est d’ordre psychologique. Avant qu’une série d’événements ne devienne une coïncidence, quelqu’un doit la remarquer. Une fois que la personne a remarqué la coïncidence, elle peut être analysée pour son utilité potentielle en utilisant la même rationalité que celle que nous utilisons pour d’autres événements nécessitant un examen. L’utilisation pratique des coïncidences significatives nécessite une plus grande attention de la part des chercheurs.

Références

Johansen, Mark K. et Magda Osman. « Coincidences : Une conséquence fondamentale de la cognition rationnelle ». New Ideas in Psychology 39, 2015. https://doi.org/10.1016/j.newideapsych.2015.07.001

Johansen, Mark K. et Osman, Magda. « Coincidental Judgement in Causal Reasoning : How Coincidental is This ? » Cognitive Psychology 120, 2020. https://doi.org/10.1016/j.cogpsych.2020.101290

Van Andel, Pek. Anatomie d’une découverte inattendue. La sérendipité : Origine, histoire, domaines, traditions. The British Journal for the Philosophy of Science, Vol. 45, No. 2 (Jun 1994), pp. 631-648.

Roesler, C. et Reefschläger, G. I. (2022). Psychothérapie jungienne, spiritualité et synchronicité : Theory, applications, and evidence base. Psychotherapy, 59(3), 339-350.

Happy Accidents. New York : Arcade Publishing. (Meyers, M. 2011)

Le principe d’improbabilité : pourquoi les coïncidences, les miracles et les événements rares se produisent tout le temps. New York : Farrar Straus Giroux. Hand, D (2014)