La dépendance peut être définie comme une consommation compulsive de drogues malgré la volonté d’arrêter. Le toxicomane involontaire veut la drogue mais veut aussi ne pas la vouloir.
De l’extérieur, la consommation de drogues semble être un choix, mais ce n’est pas le cas. La dépendance sape la capacité de décision et de contrôle de soi, rendant l’individu impuissant à résister aux impulsions addictives.
Les paragraphes suivants décrivent les motivations aux différents stades de la dépendance. Au début, les choix sont souvent naïfs – l’utilisateur n’est pas conscient du risque pour la santé. Aux stades ultérieurs, l’utilisateur est vulnérable aux forces irrationnelles.
- Devenir accro. La dépendance commence par la découverte d’une source de plaisir et de récompense. Au fur et à mesure que la personne s’adonne au comportement et jouit du plaisir qui en résulte, le désir de s’adonner à ce comportement s’accroît. Un désir de quelque chose suivi d’une satisfaction intense est susceptible de créer une habitude puissante. Ce schéma est connu sous le nom de « get begets wanting » (Baumeister & Nadal, 2017). Par exemple, certaines personnes, qui n’ont peut-être pas accès à des services de santé mentale, et qui souffrent de dépression, d’anxiété ou d’un syndrome de stress post-traumatique dû à des abus subis dans leur enfance, s’automédicamentent pour apaiser leur douleur psychique. Pour ces personnes en difficulté, la drogue est l’ultime échappatoire.
- Tolérance. En cas de consommation régulière de la même dose, l’organisme s’adapte de sorte que l’effet de la drogue diminue progressivement. Par exemple, l’alcool est bien connu pour être associé à une tolérance croissante, de sorte qu’une dose donnée d’alcool produira moins d’intoxication chez les consommateurs réguliers que chez les buveurs légers. La tolérance peut également expliquer le phénomène de surdose lors d’une rechute. Une overdose se produit lorsqu’une quantité toxique de drogue submerge l’organisme, ce qui peut entraîner le coma, des convulsions et la mort. Cela peut expliquer pourquoi les toxicomanes qui sortent de prison sont susceptibles de mourir d’une overdose en raison d’une tolérance réduite.
- Le passage d’un usage occasionnel à un usage problématique. L’activité, qui n’était au départ qu’un moyen d’atteindre un objectif, devient une fin en soi. Par exemple, un buveur qui a commencé à boire pour faire face à l’anxiété sociale peut continuer à boire même en dehors des contextes de socialisation parce que la boisson a pris de la valeur. On peut parfois penser que les avares (qui accumulent de l’argent pour le plaisir d’en avoir) sont victimes de cette tromperie.
- Phase d’entretien. Au cours de cette phase, les plaisirs de la gourmandise sont associés à divers indices, qui favorisent la gourmandise. Grâce à l’apprentissage pavlovien, les tentations sont déclenchées par des indices situationnels (par exemple, l’odeur de la bière lors d’un match de football) qui promettent une satisfaction immédiate.
- Essayer d’arrêter. Les difficultés commencent lorsque le toxicomane essaie d’arrêter. Plusieurs facteurs soutiennent un comportement déjà acquis. Tout d’abord, la résistance exige un effort de maîtrise de soi. Et lorsque la maîtrise de soi est faible, les réponses automatiques deviennent de plus en plus fréquentes. Deuxièmement, résister, c’est se priver du plaisir que l’on anticipe. Troisièmement, les indices externes rappellent au toxicomane le plaisir possible.
- Le sevrage. Les symptômes inconfortables du sevrage rendent difficile l’abandon de l’habitude. Le sevrage crée des sentiments désagréables qui pourraient être résolus par la consommation. Chaque syndrome de sevrage s’accompagne d’un besoin intense de la drogue qui a été retirée. Les envies réduisent l’attention de telle sorte que les désirs, les pensées et les envies du moment ont plus d’importance que les objectifs, les ambitions ou les projets futurs.
- Rechute. Le terme « lapsus » fait référence à un seul écart de conduite (bref échec), tandis que le terme « rechute » désigne le retour à une consommation régulière. Par exemple, pour un fumeur de cigarettes qui essaie d’arrêter, il peut y avoir plusieurs échecs avant une rechute complète. Le stress peut jouer un rôle pernicieux dans la rechute. Le stress quotidien peut paralyser le cortex préfrontal, la fonction exécutive du cerveau, comme la concentration, la planification et le jugement. En conséquence, les toxicomanes perdent leur capacité de réflexion (régulation du comportement) et leurs impulsions prennent davantage le dessus sur leur comportement. Ainsi, la rechute dans certaines circonstances est peut-être tragique, mais elle n’est pas surprenante.
Considérer l’addiction comme un échec dans la prise de décision conduit à un certain nombre de solutions pour traiter l’addiction. Un moyen efficace de se débarrasser d’une addiction est de développer d’autres sources de joie et de récompense (Wood et Runger, 2016). Par exemple, lorsque l’individu sait qu’il peut passer du temps avec ses amis et sa famille ou aller à la salle de sport pour évacuer le stress (ou se sentir bien), le risque de consommer des drogues comme stratégie d’adaptation émotionnelle diminue (Kopetz et al., 2013).
Références
Baumeister, R. F. et Nadal, A. C. (2017). Addiction : Motivation, contrôle de l’action et habitudes de plaisir. Motivation Science, 3(3), 179-195.
Wood W et Dennis Runger (2016) Psychology of Habit, Annu. Rev. Psychol. 67:11.1-26.
Köpetz CE, Lejuez CW, Wiers RW, Kruglanski AW. (2013), Motivation et autorégulation dans l’addiction : A Call for Convergence, Perspectives on Psychological Science, vol. 8, 1 : pp. 3-24. ,