La « peur de Momo » redevient virale

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Un personnage de dessin animé japonais à l’aspect effrayant surgit soudain au milieu d’une vidéo Youtube destinée aux enfants, les incitant à se suicider ou à tuer leurs parents. Des messages similaires apparaissent sur leur téléphone et, s’ils refusent, la créature leur dit qu’elle s’en prendra à eux. Des informations sur le « Momo » circulent sur l’internet depuis au moins un an. La poussée la plus récente s’est produite à la fin du mois de février 2019 et est rapidement devenue virale.

En réalité, il s’agit de vidéos canulars. Momo est un canular alimenté par la peur des parents et propagé par les écoles, les groupes de surveillance de l’éducation, les médias et, dans certains cas, même les services de police. Comme beaucoup de paniques sociales passées, il est alimenté par des informations erronées et une part de vérité. Il est arrivé, à de rares occasions, que des contenus inappropriés apparaissent dans des vidéos d’enfants ou dans des messages sur les réseaux sociaux. Les informations concernant Momo sont donc plausibles et préoccupantes pour les parents

La peur de Momo n’est que la dernière d’une longue liste de paniques sociales sur les dangers qui se cachent sur l’Internet et les médias sociaux. C’est un baromètre de l’état actuel de la société, qui reflète les craintes des parents et leurs inquiétudes quant aux dangers que représentent les médias sociaux pour leurs enfants. Depuis l’avènement d’Internet, les parents s’inquiètent de voir leurs enfants exposés à des contenus inappropriés. Momo exploite cette crainte. À l’instar de ce qui s’est passé dans le passé, la menace est réelle mais exagérée. La raison pour laquelle de nombreux parents ont peur des médias sociaux et de l’internet est qu’ils échappent à leur contrôle et qu’ils sont entre les mains de leurs enfants les plus avertis en matière de technologie, qui sont nés à l’ère de l’internet.

Au cours des années 1980 et au début des années 1990, la crainte que des sectaires sataniques aient infiltré les crèches et agressé des enfants s’est répandue. Cette crainte a conduit à l’arrestation de nombreux travailleurs de la petite enfance qui ont été accusés à tort. Plus récemment, on a prétendu que de jeunes enfants s’étouffaient après avoir sniffé des préservatifs, bien qu’aucun décès n’ait été confirmé. Puis il y a eu « Slender Man » il y a quelques années, créé sur un forum dans le cadre d’un concours sur la création de la créature la plus effrayante.

Un autre était le « Blue Whale Challenge » : un « jeu desuicide  » en ligne destiné aux adolescents, qui proposait 50 tâches à accomplir en 50 jours, le dernier défi étant de se suicider. Selon certains rapports, des centaines de jeunes se seraient suicidés. Le « Blue Whale Challenge » semble avoir débuté en Russie et s’être répandu dans le monde entier. Les preuves que des enfants sont morts à la suite de ce défi sont entre rares et inexistantes. Lorsque la folkloriste russe Alexandra Arkhipova a tenté d’étudier les allégations, les choses n’étaient pas ce qu’elles semblaient être. Après avoir communiqué avec des groupes en ligne prétendant avoir participé au défi, elle a découvert que les soi-disant conservateurs n’étaient pas des adultes aux motivations sinistres, mais des enfants. Les enfants semblent s’être rencontrés en ligne dans un esprit d’imitation. Ce n’est peut-être pas une coïncidence si le Blue Whale Challenge a été lancé en Russie, un pays où le taux de suicide chez les adolescents est élevé, ce qui reflète les craintes des parents russes. Je n’ai pas réussi à trouver la moindre preuve crédible que quelqu’un se soit suicidé en jouant à ces « jeux ».

La peur de Momo est similaire aux récentes paniques sociales qui ont ciblé les enfants, comme les paniques liées aux sextos et aux clowns effrayants. Il est tout à fait naturel que les parents se préoccupent de la sécurité de leurs enfants. De telles préoccupations apparaissent tout au long de l’histoire. Le Momo Challenge doit être considéré pour ce qu’il est : la dernière incarnation d’une peur qui remonte à l’époque où les jeunes enfants sont sortis de leur grotte pour entrer dans un monde plein de dangers réels. Le défi Momo est un cas de vieux vin dans une nouvelle peau.

Il existe aujourd’hui de nombreux dangers en ligne. Momo n’en fait pas partie.

Références

Bartholomew, Robert E., Hassall, Peter (2015). Une histoire colorée des illusions populaires. Amherst, New York : Prometheus.