Points clés
- L’expression « pleurer laidement » est inutile, dépassée et étonnamment misogyne.
- La honte ne nous aide pas à réguler nos émotions ; au contraire, elle aggrave la situation.
- Juger les émotions peut saper les raisons importantes pour lesquelles vous vous sentez comme vous le faites, ce qui rend l’action plus difficile.
- De manière contre-intuitive, le fait d’accepter ses sentiments et ses larmes les rend moins accablants.

Une amie qui traverse une période difficile a récemment admis qu’elle avait des crises de larmes nocturnes, dont une particulièrement intense la veille du jour où nous avons pris un café. « Ce n’était pas bon. Des pleurs horribles ». Elle m’a jeté un regard. « Tu vois ce que je veux dire. »
Oui, je sais ce qu’elle veut dire. Le genre de pleurs où l’on avale sa respiration, où l’on fait couler la morve et où l’on enflamme les yeux. Le genre de pleurs qui dure moins d’une demi-heure mais qui ressemble à un marathon de trois heures, qui contorsionne et pince le visage, qui éreinte le corps et qui laisse dans son sillage des yeux gonflés, enflés et rouges comme des flammes. Je connais les pleurs horribles.
Mais le « cri moche » est loin d’être un terme utile. Il peut sembler bien nommé, mais le « cri moche » est dépassé – une relique linguistique démodée d’une époque moins éclairée, un terme qui conserve des sous-entendus misogynes.
Les larmes des célébrités « pleureuses laides » ont été étalées sur l’internet hors contexte, partagées sous forme de vidéos de compilation et de mèmes pour le divertissement de masse. Le message sous-jacent de cette expression est le suivant : les femmes sont censées être belles lorsqu’elles pleurent : Les femmes sont censées être belles lorsqu’elles pleurent. Ou plutôt, elles sont censées être belles en permanence, et les pleurs ne font pas exception. (Si l’on souhaite promouvoir l’expression émotionnelle et la prise de conscience des identités de genre (ou si l’on s’intéresse aux femmes et à leurs expériences au-delà de leur apparence physique), l’expression « pleurer moche » n’est pas très utile.

Deuxièmement, l’expression « pleurs horribles » est une description honteuse d’une expérience humaine courante. La plupart des gens que je connais ont déjà pleuré dans leur vie, ce qui est logique : les êtres humains ont de grands sentiments. L’un des moyens utilisés par l’évolution pour nous maintenir en vie a été de donner à chacun d’entre nous des raccourcis mentaux pour attirer notre attention sur les émotions désagréables. Notre parti pris pour la négativité est essentiel à notre survie et tout à fait normal.
Mais lorsque nous nous concentrons sur la honte d’être un « vilain pleurnichard », il se passe des choses peu utiles, comme le fait de passer à côté de ce que nos émotions essaient de nous dire. Nos émotions nous donnent des informations utiles sur notre environnement et nos relations avec les autres. Les émotions inconfortables nous informent sur les dangers – réels, potentiels ou imaginaires – de notre environnement. En fait, vos larmes essaient de vous parler. Aussi bizarre que cela puisse paraître, il est préférable d’écouter la sagesse de vos larmes plutôt que de vous juger pour les avoir versées.
Il est également plus difficile de réguler les émotions lorsque nous les étiquetons et nous jugeons sévèrement. Pour être clair, la régulation émotionnelle est différente de la police émotionnelle : La véritable régulation émotionnelle se produit lorsque nous acceptons pleinement nos émotions (qu’elles soient difficiles ou inconfortables) et que nous nous laissons ressentir ce que nous ressentons sans porter de jugement sur cette expérience. L’auto-jugement amplifie une expérience émotionnelle difficile, ce qui tend à la rendre plus importante, plus collante et plus durable. Le fait de qualifier les larmes de laides les rend, en fait, plus laides. Les émotions deviennent moins fortes et moins bruyantes lorsque nous les écoutons.
L’expression « pleurer fort » est bien meilleure que « pleurer moche ». Lorsqu’un ami révèle qu’il a bien pleuré, nous ne lui demandons pas de quoi il avait l’air. Nous lui demandons : « Tu t’es senti mieux après ? ». En général, la réponse est oui. Qu’y a-t-il de plus puissant que cela ?
Références
Rozin, P. et Royzman, E. B. (2001). Negativity Bias, Negativity Dominance, and Contagion. Personality and Social Psychology Review, 5(4), 296-320. https://doi.org/10.1207/S15327957PSPR0504_2