Bien que les partenaires d’une relation satisfaisante aient tendance à se ressembler, ils sont rarement d’accord sur tout. Bien sûr, tous les couples ne se disputent pas violemment, mais tout le monde connaît au moins de petits conflits de temps en temps. Imaginez le scénario suivant : c’est un mardi soir banal, vous et votre partenaire venez de réchauffer des restes de pizza et vous vous installez tous les deux sur le canapé pour regarder une télévision sans intérêt. (Vous avez eu une longue journée au bureau, mais votre émission préférée est sur le point d’être diffusée. C’est alors que votre partenaire vous dit qu’il veut regarder une autre émission qui passe au même moment. Une solution consiste à lui dire d’aller dans l’autre pièce pour regarder son émission stupide, mais cela signifierait que vous ne passeriez pas de temps avec lui. Une autre option consiste à faire des sacrifices, c’est-à-dire à renoncer à votre émission préférée au profit de celle de votre partenaire. La question de savoir si vous êtes prêt ou non à faire des sacrifices peut dépendre de la maîtrise de soi dont vous disposez. En d’autres termes, avez-vous assez de volonté pour faire ce sacrifice ?
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La maîtrise de soi est une ressourcelimitée1, ce qui signifie que lorsque nous contrôlons nos impulsions sur une tâche, nous sommes moins capables de faire preuve de maîtrise de soi sur les tâches suivantes. Si vous vous forcez à vous lever tôt pour aller courir le matin (contrôlant ainsi l’envie de faire la grasse matinée), vous serez peut-être plus enclin à céder à la tentation culinaire plus tard dans la journée (des Oreos frits ? Oui, s’il vous plaît !). Lorsque vous vous sacrifiez pour votre partenaire, vous renoncez intentionnellement (et par définition) à quelque chose que vous désirez, ce qui devrait nécessiter une certaine maîtrise de soi.
Des chercheurs ont récemment testé l’idée que le sacrifice exige de la maîtrise de soi.2 Ils ont prédit que les personnes ayant une faible maîtrise de soi se sacrifieraient moins souvent pour leur partenaire. Dans le cadre d’une étude, des étudiants ont répondu à un bref questionnaire visant à évaluer leur degré de maîtrise de soi (par exemple, « je résiste bien aux tentations », « j’aimerais avoir plus d’autodiscipline »). Les étudiants ont ensuite lu 12 scénarios hypothétiques décrivant des conflits potentiels dans leurs relations (par exemple, « Imaginez que votre partenaire vous demande de l’emmener à l’aéroport à un moment inopportun ») et ont indiqué dans quelle mesure ils seraient prêts à faire des sacrifices dans chaque situation. Comme prévu, les étudiants qui ont déclaré avoir une plus grande maîtrise de soi étaient également plus disposés à faire les différents sacrifices.
Bien entendu, la corrélation n’équivaut pas à la causalité: de même qu’il est possible que la maîtrise de soi incite les individus à se sacrifier davantage, il est tout aussi plausible que le fait de se sacrifier donne aux individus un sentiment d’accomplissement qui, en fin de compte, leur confère une plus grande maîtrise de soi à terme. Pour tester ces interprétations concurrentes, les chercheurs ont mené une étude complémentaire qui a manipulé expérimentalement le niveau de maîtrise de soi des participants. Cinquante-neuf étudiants ont d’abord énuméré toutes les pensées qui leur venaient à l’esprit. La moitié des participants a effectué la tâche sans autre instruction (groupe de contrôle), mais l’autre moitié des participants (groupe expérimental) a reçu l’instruction de ne pas penser à un ours blanc pendant la tâche. Pourquoi avoir donné ces instructions au groupe expérimental ? Que se passe-t-il lorsque je vous dis de ne pas penser à un ours blanc ? Exactement : vous pensez à un ours blanc ! Le groupe expérimental doit alors dépenser de l’énergie pour ignorer l’ours blanc qui lui revient sans cesse à l’esprit, et la réorientation de l’attention exige de la maîtrise de soi. Après cette tâche, tous les participants ont lu les mêmes scénarios hypothétiques que dans l’étude précédente et se sont déclarés prêts à faire des sacrifices. Une fois de plus, comme prévu, les participants qui venaient d’exercer leur maîtrise de soi pour détourner leur attention de l’ours blanc (et qui avaient donc moins de maîtrise de soi à utiliser pour les tâches suivantes) étaient moins disposés à se sacrifier que les participants qui avaient été autorisés à effectuer la tâche de listage des pensées normalement.
Ces études mettent en lumière un processus important. Bien que nous aimions probablement nos partenaires et que nous souhaitions leur bonheur, il n’est pas toujours facile de faire passer leurs préoccupations avant les nôtres. Les sacrifices exigent que nous renoncions volontairement à nos propres désirs, et si nous avons simplement contrôlé nos impulsions ailleurs, nous sommes moins susceptibles de faire passer les désirs de notre partenaire en premier. Il est toutefois encourageant de constater que notre capacité à nous maîtriser fonctionne comme un muscle, c’est-à-dire que plus nous l’utilisons souvent, plus il devient fort. Il ne s’agit donc pas d’éviter complètement de faire des sacrifices, mais plutôt d’envisager d’en faire plus souvent (peut-être pour les petits conflits) afin d’être mieux à même et disposé à faire des sacrifices lorsque c’est vraiment important.
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1Baumeister, R. F., Bratslavsky, E., Muraven, M. et Tice, D. M. (1998). Ego depletion : Is the active self a limited resource ? Journal of Personality and Social Psychology, 74, 1252-1265 .
2Findley, M. B., Carvallo, M. et Bartak, C. (sous presse). The effect of self-control on willingness to sacrifice in close relationships. Self and Identity.

Brent Mattingly – Articles surla science des relations – Site web/CV
Les recherches du Dr Mattingly, au sens large, se concentrent sur l’intersection entre les relations amoureuses et le soi. Ses lignes de recherche spécifiques examinent toutes la manière dont les constructions individuelles (par exemple, la motivation, l’attachement, l’autorégulation) sont associées à divers processus relationnels.