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Points clés
- Les espèces d’oiseaux plus petites peuvent imiter les espèces d’oiseaux plus grandes et plus dominantes pour éviter les interférences ou les agressions.
- La plupart des oiseaux n’ont pas de perception de la profondeur, ce qui rend possible la tromperie interspécifique.
- Outre les oiseaux, un mimétisme interspécifique similaire peut également exister dans d’autres taxons animaux.

Si l’auto-illusion, également connue sous le nom d’effet Dunning-Kruger en psychologie, est déjà assez pénible, découvrir que l’on s’est mis dans l’embarras sans le savoir peut s’avérer dévastateur. C’est ce que j’ai vécu il y a quelques années lors d’une soirée dans un bar animé du centre-ville de Portland, lorsque j’ai appelé par erreur Susie par Beckie.
Pourtant, le poids de ce faux pas était bien moindre que celui de la prise de conscience que ma cécité partielle du visage jouait un rôle actif dans cette épreuve. Comment mon Dunning-Kruger intérieur avait-il pu me laisser si longtemps dans l’ignorance de mon défaut cognitif ?
Mon introspection s’est approfondie et a mis en évidence non seulement des problèmes de reconnaissance faciale, mais aussi ma difficulté à distinguer des objets qui présentent des ressemblances frappantes. En tant qu’ornithologue passionné, ce déficit cognitif s’est souvent avéré exaspérant, me laissant incapable de différencier des espèces similaires de faucons, de pics, de fauvettes, d’attrape-mouches, de bruants et de moineaux, comme s’ils participaient à une conspiration aviaire visant à me narguer, à se moquer de moi et à me vexer.
Pourtant, une lueur de réconfort est apparue à la suite de récentes révélations dans le monde de la tromperie aviaire. Il semble que de nombreux oiseaux soient en fait des imposteurs, mais pas par malveillance à l’égard de mes limites cognitives. Non, leur mascarade est une ingénieuse stratégie de survie : Le mimétisme.
Cette merveille de tromperie a été observée dès le milieu du XIXe siècle, grâce à l’œil avisé du naturaliste Alfred Russel Wallace, qui a co-découvert l’évolution par sélection naturelle avec Charles Darwin. Mais il a fallu les recherches minutieuses de Richard Prum et de son équipe de l’université de Yale pour mettre en lumière les subtilités scientifiques de cette mascarade aviaire.
C’est là qu’entre en scène le duo enchanteur que forment les pics épeiches et les pics chevelus, qui coexistent harmonieusement sur de vastes étendues de l’Amérique du Nord – du moins, c’est ce que nous pensions. En dépit de leur différence de masse corporelle, le pic mineur représentant moins de la moitié de celle du pic chevelu, ces deux espèces se ressemblent de manière frappante.
Ils sautillent souvent entre les branches des arbres de mon jardin, comme s’ils jouaient à un jeu aviaire de « repérez la différence ». Ce tour de passe-passe aviaire réside dans l’illusion d’optique de la perception de la taille : un pic chevelu placé à 7,5 mètres rétrécit pour atteindre la taille d’un pic épeiche, situé à seulement 5 mètres.
De plus, la plupart des oiseaux, à l’exception des rapaces à l’œil vif, souffrent d’une faible vision binoculaire, ce qui compromet leur perception de la profondeur. C’est pourquoi les oiseaux de compagnie – poules, pigeons, perruches – nous inspectent de près avec des inclinaisons de tête attendrissantes, en utilisant un œil à la fois. Mais estimer la taille avec la même méthode devient une aventure fantaisiste qui perd rapidement de sa précision au fur et à mesure que la distance augmente. (Prum estime que, pour la plupart des oiseaux, une espèce imitatrice peut tromper son homologue modèle à une distance de 2 à 3 mètres.
Comment discerner le vrai imitateur entre le pic épeiche et le pic chevelu ? Pour résoudre cette énigme aviaire, il faut s’assurer que la similitude de leur plumage n’est pas seulement le résultat d’une ascendance commune, puisque les descendants héritent des traits de leurs parents.
Le verdict scientifique rendu par Amy Weibel et William Moore, de la Wayne State University de Detroit, a révélé que le pic mineur et le pic chevelu ne partagent pas les liens de parenté les plus étroits parmi les espèces de pics. Ils appartiennent désormais à des genres différents : Picoides pour le pic mineur et Leuconotopicus pour le pic chevelu.
Par conséquent, la similitude de leur plumage est très probablement le fruit d’une convergence évolutive, comme la réinvention indépendante de la roue dans diverses cultures anciennes. Cette révélation met en évidence l’essence du mimétisme, où une espèce se fait habilement passer pour l’autre. La question pressante demeure : Qui est le véritable imitateur, le duveteux ou le poilu ?
Prum et son collaborateur, Larry Samuelson, se sont intéressés aux attributs de la dominance. Apparemment, le pic chevelu, plus volumineux et plus dominant, s’avère moins susceptible de déclencher une agression lorsqu’il est confronté à un autre pic chevelu. Ainsi, le pic mineur, s’inspirant du domaine de la pensée stratégique, se pare d’un déguisement de poilu, évitant ainsi de fréquents affrontements avec » Poilu-la-brute« .
Cette astucieuse ruse permet au « petit duveteux » de disposer d’un temps précieux pour ses activités essentielles, telles que l’alimentation et la reproduction, sans être gêné par les interférences grossières de son homologue plus grand. Avec ce scénario en tête, Prum et Samuelson ont eu recours à la théorie des jeux, démontrant comment une imitation « Downy-The Sneaky » peut surpasser une imitation « Downy-The Weeny » dans l’évolution.
Mais la saga de la tromperie aviaire ne se limite pas au duo poilu et duveteux. Prum, l’infatigable détective des oiseaux, étend son enquête aviaire à la découverte d’un formidable groupe de 93 imposteurs présumés, couvrant 30 familles d’oiseaux dans le monde. Des oiseaux de rivage aux toucans, en passant par les faucons, les moucherolles et les pics, un grand nombre d’acteurs à plumes participent à cette mascarade aviaire.
Chaque imitateur, dont la taille est généralement comprise entre 56 et 58 % de celle de son homologue modèle, est susceptible de bénéficier d’avantages similaires en imitant des espèces plus grandes et plus dominantes dans leur habitat.
Voici l’émergence intrigante du « mimétisme prumien », un phénomène qui défie apparemment les classifications existantes du mimétisme aviaire, laissant les scientifiques à la fois captivés et désireux d’obtenir davantage de preuves empiriques. Les implications de cette intrigue à plumes dépassent le domaine aviaire et laissent entrevoir la perspective alléchante d’une tromperie interspécifique dans divers taxons : poissons, amphibiens, reptiles et mammifères pourraient posséder leur propre répertoire de charades astucieuses. Prum considère les communautés de récifs coralliens comme un cadre prometteur pour découvrir le mimétisme interspécifique entre diverses espèces de poissons.


En nous aventurant plus profondément dans le paysage étonnant de la tromperie naturelle, nous embrassons l’humour fantaisiste du théâtre enchanteur de la nature, où chaque créature, grande ou petite, danse à son rythme unique, nous laissant avec un mélange d’émerveillement et de rire.
Références
Weibel, A. C., et Moore, W. S. (2005). Plumage convergence in Picoides woodpeckers based on a molecular phylogeny, with emphasis on convergence in downy and hairy woodpeckers. The Condor, 107(4), 797-809.
Prum, R. O. et Samuelson, L. (2012). Evolution of interspecific social dominance mimicry modelled by the « Hairy-Downy » game. J Theor Biol, 313, 42-60.
Prum, R. O. (2014). Le mimétisme de dominance sociale interspécifique chez les oiseaux. Zoological Journal of the Linnean Society, 172(4), 910-941.
Prum, R. O. et Samuelson, L. (2016). Cycles, pièges et chaînes de mimétisme : la coévolution du mimétisme du toucan et du kiskadee. The American Naturalist, 187(6), 753-764.

