Points clés
- La culpabilité est une réponse évolutive qui nous aide à maintenir les liens sociaux.
- La colère et la culpabilité peuvent jouer l’une sur l’autre d’une manière qui nuit à notre bien-être émotionnel.
- La gestion constructive de la culpabilité et de la colère passe par l’acceptation de ces émotions plutôt que par un jugement sévère.
La culpabilité est considérée comme une réponse évolutive qui nous informe sur les moyens de renforcer notre appartenance à la meute, ce qui nous aide à maintenir le lien social. La culpabilité peut être activée lorsque nous nous sentons trop centrés sur nous-mêmes ou que nous nous préoccupons moins des autres, voire que nous leur causons du tort.
La colère est notre réaction au sentiment d’être lésé par les autres, en particulier lorsque cela menace notre bien-être émotionnel ou physique. Lorsque nous prenons le temps d’y réfléchir, nous pouvons mieux identifier nos besoins fondamentaux ou nos valeurs qui se sentent menacés.
La colère et la culpabilité sont des émotions qui nous aident à fixer des limites dans nos interactions avec les autres. La façon dont nous réagissons à ces émotions peut être constructive ou destructive pour notre bien-être.
Le pouvoir positif de la culpabilité
La culpabilité a un côté positif. Elle peut nous aider à établir des garde-fous pour notre comportement. Elle conduit à un comportement éthique, alors que la colère est plus susceptible de conduire à un comportement contraire à l’éthique (Motro, Ordonez, Ittarello, et. al., 2016). Par exemple, une étude a montré que, lorsqu’ils étaient en colère, les enfants plus enclins à éprouver de la culpabilité exprimaient leur colère par un comportement perturbateur non agressif, plutôt que par l’agression (Galarneau, Colasante, Malti, 2021).
En outre, on a constaté que la culpabilité était associée à une plus grande empathie envers les autres (Roberts, Strayer, & Denham, 2014).
Une étude antérieure a exploré la relation entre la honte et la culpabilité et les réactions constructives ou destructives à la colère tout au long de la vie (Tangney, J., Wagner, P., Fletcher, C., et. al., 1996). À tous les âges, la prédisposition à la honte était liée à des réponses inadaptées à la colère – sous toutes ses formes – y compris les intentions malveillantes, l’agression directe, indirecte et déplacée, l’hostilité autodirigée et les conséquences négatives à long terme. En revanche, la tendance à la culpabilité était associée à des moyens constructifs de gérer la colère, y compris des intentions constructives, des actions correctives, des discussions non hostiles avec la cible de la colère, des réévaluations cognitives du rôle de la cible et des conséquences positives à long terme.
Une étude sur les différences entre les sexes a montré que les jeunes femmes, plus que les jeunes hommes, étaient enclines à la culpabilité et à la honte (Lutwak, Panish, Ferrari, et al., 2001). Dans les deux cas, la tendance à la culpabilité était corrélée à la maîtrise de la colère. Il est intéressant de noter que chez les femmes, la tendance à la culpabilité est également négativement liée aux attentes de réussite future.
Le rôle de la culpabilité a été étudié dans le cadre des interactions entre amis et connaissances (Julle-Daniere, Whitehouse, Vrij, et al., 2020). Dans une situation de jeu, la culpabilité a été induite chez un membre de chaque paire. Ils ont ensuite été informés de la faute commise par leur partenaire. Les personnes coupables étaient motivées pour réparer l’acte répréhensible, indépendamment de leur amitié.
L’observation de la culpabilité d’autrui entraîne un effet de punition et les victimes d’actes répréhensibles punissent davantage leurs amis proches que leurs connaissances.
La culpabilité peut déclencher la colère ou y réagir
La culpabilité peut également déclencher la colère, en particulier lorsque nous considérons notre expérience de la culpabilité comme une faiblesse ou un défaut de caractère et, par conséquent, comme une menace pour notre ego. En ce sens, la culpabilité est semblable à d’autres émotions négatives qui peuvent déclencher la colère.
Par conséquent, la façon dont nous jugeons nos sentiments peut entraîner une souffrance supplémentaire. Et si la colère peut servir de distraction et de réaction à des émotions désagréables telles que la culpabilité, le fait de réprimer nos autres sentiments ne peut qu’alimenter cette colère.
En outre, juger sévèrement notre colère peut conduire à la culpabilité. Dans ce cas, chaque sentiment tend à renforcer l’autre. L’une des solutions à ce dilemme consiste à gérer soi-même sa colère, avec ou sans en être pleinement conscient. Cela peut entraîner un large éventail de comportements, allant du sabotage involontaire de ses efforts professionnels à une relation excessivement différée, en passant par l’automutilation physique.
Répondre de manière constructive à la culpabilité ou à la colère
Pour gérer la culpabilité et la colère, il faut d’abord considérer ces émotions comme des messages de notre paysage intérieur. Elles nous informent sur nos besoins et nos désirs les plus profonds. Il est donc essentiel d’apprendre à reconnaître ces sentiments sans les juger pour les dépasser.
En cultivant notre capacité à nous asseoir et à réfléchir sur ces sentiments, nous améliorons notre capacité à y répondre de manière constructive. Ce moment de pause et de réflexion peut nous aider à mieux comprendre comment ces deux émotions interagissent l’une avec l’autre.
Une autre partie de cette tâche consiste à reconnaître dans quelle mesure notre réaction est influencée par les expériences passées de ces émotions. Plus précisément, il s’agit de remarquer dans quelle mesure votre histoire vous a rendu enclin à la culpabilité ou à la colère.
Lorsque c’est le cas, ces sentiments peuvent être plus facilement déclenchés par les situations actuelles. Le fait de remarquer que l’intensité de ces sentiments semble injustifiée par rapport à la situation actuelle suggère que, bien que vous soyez déclenché par un événement actuel, cette réaction est ancrée dans le passé.
Par exemple, nous pouvons éprouver une grande culpabilité à l’égard de la sexualité, en raison des messages que nous avons reçus pendant notre enfance. Même si la religion ou la culture peuvent contribuer à ce sentiment de culpabilité, notre sexualité est une partie importante de notre humanité.
Certains d’entre nous peuvent ressentir une énorme culpabilité lorsqu’ils se concentrent sur leurs propres besoins, se comportent de manière à attirer l’attention sur eux ou mènent une vie qui reflète davantage leur moi authentique. Si cette tendance peut résulter de parents narcissiques, elle peut aussi se développer en réaction à une grande variété d’interactions précoces et de soins.
Il faut donc réapprendre quand faire confiance à ce sentiment et quand il est dans notre intérêt de l’observer et de l’ignorer.
La prise en compte de la culpabilité peut impliquer de prendre des mesures pour réparer ce que nous avons fait. Par exemple, nous pouvons choisir de nous excuser auprès d’une personne lorsque nous pensons l’avoir offensée. Nous pouvons parler à un ami ou à un proche et lui faire part des sentiments qui nous ont poussés à agir.
Il arrive que nous nous sentions coupables et que nous n’ayons que peu de recours directs pour nous amender. Il y a plusieurs années, j’ai travaillé avec un client qui, en état d’ébriété, avait franchi un stop au volant de sa voiture. Il a ensuite blessé le passager d’une autre voiture.
Il s’agissait clairement d’une action qu’il ne pouvait pas annuler. Sa culpabilité et sa honte l’ont conduit à abuser de l ‘alcool pendant un an avant qu’il ne décide de la meilleure façon de faire face à ses sentiments. Il s’est engagé auprès des Mères contre l’alcool au volant (MADD), une organisation à but non lucratif qui s’efforce de mettre un terme à la conduite en état d’ivresse, de soutenir les personnes touchées par ce phénomène et de rechercher des politiques plus strictes en matière de conduite avec facultés affaiblies.
Dans une large mesure, la gestion de notre culpabilité implique également l’apprentissage du pardon et la prise de conscience que l’être humain est compliqué et que nous pouvons nous comporter d’une manière que nous regrettons. Chacun d’entre nous prend des décisions en fonction de la conscience et des compétences émotionnelles dont il dispose à un moment donné.
Il devient alors trop facile de s’en prendre à soi-même avec le recul, à cause du manque de perspicacité dont nous avons fait preuve dans ces moments-là. Dans ces moments-là, nous avons tout intérêt à pratiquer ce que Rick Hanson appelle le « remords sain ».
L’apprentissage du pardon nous aide à nous défaire de la culpabilité et de la colère envers nous-mêmes et les autres. Ce faisant, il nous aide à nous arrêter plus facilement pour reconnaître nos sentiments, plutôt que d’y réagir.
Le pardon est un processus qui prend du temps et ne signifie pas que nous oublions ou négligeons simplement nos comportements. Il nous incite plutôt à être plus pleinement présents et conscients de la façon dont la culpabilité et la colère interagissent, afin que nous puissions choisir des moyens plus constructifs de les gérer.
Références
Motro, D., Ordonez, L., Pittarello, A., et. al. (2016). Enquêter sur les effets de la colère et de la culpabilité sur le comportement contraire à l’éthique : A dual process approach. Journal of Business Ethics, Vol. 152, 133-148.
Galarneau, E., Colasante, T. et Malti, T. (2022). Feeling bad about feeling mad : Anger predicts higher non-aggressive disruptive behavior but not aggression in children with high ethical guilt. Journal of Applied Developmental Psychology, Vol. 79 (10), 101384.
Roberts, W., Strayer, J., & Denham, S. (2014) Empathie, colère, culpabilité : émotions et comportement prosocial. Revue canadienne des sciences du comportement, Vol. 46 (4), 465-474.
Tangney, J., Wagner, P., Hill-Barlow, D. et.al. (1996) Journal of Personality and Social Psychology, Vol. 70, (4), 797-809.
Lutwak, N., Panish, J., Ferrari, J., et. al. (2001). Adolescence, Vol. 36 (144), Winter.
Jule-Daniere, E., Whitehouse, J., Vrij, A., et. al. (2020) La fonction sociale du sentiment et de l’expression de la culpabilité. Royal Science Open Science, 7 : 200617. doi.org/10.1098/rsos.200617


