Points clés
- La façon dont vous abordez la programmation peut avoir une incidence sur l’organisation caritative que vous choisirez.
- Le fait d’avoir un impact ou d’être efficace peut avoir une incidence sur le choix des personnes à qui vous donnez de l’argent.
- Une organisation caritative doit se positionner en fonction des objectifs de son public.
À cette époque de l’année, avec l’esprit de fête qui nous habite tous, nombreux sont ceux qui envisagent de faire un don à une organisation caritative. Le comportement des donateurs a de nombreuses raisons et causes, mais je souhaite me concentrer sur deux aspects spécifiques de la donation : l’impact et l’efficacité de la donation. Avoir un impact signifie que l’organisation caritative apporte un changement dans la vie et le bien-être des gens. Par exemple, une organisation caritative à fort impact peut être en mesure de réduire l’analphabétisme chez les enfants de 20 % par an pour une certaine somme d’argent, tandis qu’une organisation caritative à faible impact ne pourra réduire l’analphabétisme que de 10 % pour la même somme.
Un don efficace peut être défini comme le pourcentage du don alloué à la cause elle-même par rapport aux frais généraux de l’organisation caritative, tels que les salaires, la collecte de fonds, etc. Par exemple, une organisation caritative très efficace n’affectera que 10 % de ses frais généraux et 90 % à sa cause, tandis qu’une organisation caritative peu efficace affectera 25 % de ses frais généraux et seulement 75 % à sa cause.
De toute évidence, le meilleur scénario consiste à trouver une organisation caritative pour votre cause qui présente les deux aspects, à savoir qu’elle a un impact et qu’elle est efficace. Toutefois, d’aucuns pourraient affirmer que ces deux aspects peuvent entrer en conflit l’un avec l’autre. Par exemple, on pourrait dire que pour qu’une organisation caritative ait un impact et fasse la différence, elle a besoin d’un personnel plus nombreux et de bureaux supplémentaires dans différents endroits. Il en résultera des frais généraux plus élevés, ce qui affectera la répartition du don entre les frais généraux et la cause.
Le contre-argument pourrait être que pour qu’une organisation caritative soit efficace, elle doit être économe et prudente dans ses dépenses, ce qui pourrait se traduire par des actions ayant moins d’impact. Indépendamment du fait que les deux peuvent aller de pair ou que l’un l’emporte toujours sur l’autre, ces deux aspects sont appréciés différemment par les uns et les autres. Certains se concentreront sur l’effet d’impact, d’autres sur l’effet d’efficacité.
Comprendre le comportement des donateurs
Nous voulions comprendre ce qui poussait les gens à se concentrer sur l’un plutôt que sur l’autre. Dans une série d’études, nous avons examiné deux concepts principaux : le locus de contrôle interne (Levine & Taub 1979) et le style de planification. Le locus de contrôle interne est la conviction que nous contrôlons notre propre environnement. En d’autres termes, les personnes qui ont un locus de contrôle interne élevé pensent que leurs actions ont des conséquences directes sur la façon dont leur vie se déroule, tandis que les personnes qui ont un locus de contrôle interne faible pensent que le hasard ou la chance affecte principalement leur vie et que leurs actions n’ont qu’un faible effet sur les résultats.
Le style d’organisation est lié à la façon dont les gens organisent leurs activités quotidiennes et, plus important encore, à leur décision de passer d’une tâche à l’autre. Les organisateurs d’événements planifient leurs tâches dans l’ordre et passent d’une tâche à l’autre en fonction de l’achèvement de chacune d’entre elles. Ils commencent à travailler sur leur deuxième tâche lorsqu’ils estiment que la première est terminée.
Les chronométreurs, quant à eux, planifient leurs tâches en fonction du temps. Ils allouent un certain temps à chaque tâche. La transition se fait alors en fonction de l’horloge. La première tâche se terminera à une heure précise, qu’elle soit parfaitement achevée ou non. La seconde tâche commencera au moment opportun, dicté par l’horloge. Des recherches ont montré (Sellier & Avnet 2014) que le style d’ordonnancement affecte le locus de contrôle interne d’une personne.
Les « event-timers » s’appuient sur leur propre sens interne lorsqu’ils décident de passer d’une tâche à l’autre. Leur locus de contrôle interne s’en trouve renforcé, car ils perçoivent un lien étroit entre leurs actions et les résultats. D’autre part, les chronométreurs s’appuient sur un indice externe pour passer d’une tâche à l’autre. Par conséquent, le lien entre leurs actions et les résultats est lâche.
La recherche a montré que cela réduit leur locus de contrôle interne. Nous avons donc cherché à savoir si les personnes qui participent à des événements se soucient davantage de l’impact de l’organisation caritative que de son efficacité. Comme ces personnes estiment que leurs actions doivent avoir de l’importance, cela correspondra à leur besoin de trouver une organisation caritative qui fasse également la différence. Cependant, nous ne nous attendions pas à ce que l’impact soit un aspect important des dons des chronométreurs. D’autres recherches ont montré que les chronométreurs sont motivés par l’efficacité.
Comme ils doivent accomplir leurs tâches en temps voulu pour ne pas manquer la tâche suivante, leur objectif est d’être aussi efficaces que possible. Nous avons donc prédit que les chronométreurs se soucieraient davantage de l’efficacité de leur action caritative que de son impact.
Où vous situez-vous lorsqu’il s’agit de faire un don ?
Nous avons examiné cette question dans le cadre de deux études. Dans la première, nous avons fourni une liste d’organisations caritatives auxquelles faire un don, qui variaient en fonction de leur description. Nous avons ensuite demandé aux gens de faire un don fictif à autant d’organisations caritatives qu’ils le souhaitaient dans cette liste, en limitant la somme totale qu’ils pouvaient donner. Une fois le don terminé, nous avons demandé aux participants comment ils avaient fait leur choix. En effet, ceux qui ont attribué une note élevée au temps d’horloge ont préféré les organisations caritatives les plus efficaces, tandis que ceux qui ont attribué une note élevée au temps d’événement ont préféré les organisations caritatives ayant le plus d’impact.
Dans une autre étude, nous avons fourni des classements d’efficacité par rapport à l’impact pour chaque organisation caritative, puis nous avons fourni une liste d’organisations caritatives et demandé aux gens d’allouer un don fictif à autant d’organisations caritatives qu’ils le souhaitaient sur cette liste. Une fois de plus, nous avons constaté que le style de programmation influençait le facteur que les gens considéraient comme important lorsqu’ils décidaient de faire un don.
Les implications d’une telle distinction peuvent apporter une contribution importante à la collecte de fonds. Une organisation caritative aurait avantage à se présenter comme ayant un impact devant les organisateurs d’événements, mais comme étant efficace devant les chronométreurs.
Références
Levine, S. et Taub, D. (1979). Internal versus external locus of control and college admissions. Psychological Reports, 44(3, Pt 1), 1013-1014. https://doi.org/10.2466/pr0.1979.44.3.1013
Sellier, Anne-Laure et Avnet, Tamar, So What If the Clock Strikes ? Scheduling Style, Control, and Well-Being (24 juin 2014). Journal of Personality and Social Psychology : Attitudes and Social Cognition, Forthcoming, Disponible sur SSRN : https://ssrn.com/abstract=2458673

