Points clés
- Les adultes atteints de TDAH signalent des niveaux de détresse plus élevés et des niveaux de bien-être plus faibles, partiellement affectés par un faible niveau d’autocompassion.
- Les adultes souffrant de TDAH rapportent des taux significativement plus faibles d’auto-compassion et des taux plus élevés de critiques perçues.
- L’autocompassion se compose de trois éléments fondamentaux qui peuvent être utilisés pour développer cette compétence.
Vivre avec un trouble déficitaire de l’attention/hyperactivité(TDAH) à l’âge adulte s’accompagne souvent d’une charge émotionnelle et sociale. La nature du TDAH et l’incohérence constante observée dans de nombreux rôles, activités et relations de la vie engendrent un sentiment d’incertitude omniprésent, qui est une source majeure d’anxiété, ainsi que des sentiments de frustration et de dépression lors de divers revers, même si le seuil de diagnostic des troubles anxieux ou de l’humeur n’est pas atteint.
Les effets du TDAH sont souvent visibles au grand jour, avec des frustrations qui affectent les liens et les relations dans la vie personnelle, ainsi que dans les études, sur le lieu de travail et dans d’autres rôles où l’on attend des performances. Il n’est pas surprenant que les adultes atteints de TDAH soient confrontés à plus que leur juste part de critiques, sans parler d’un degré d’auto-reproche souvent disproportionné par rapport à l’erreur initiale. C’est pourquoi l’autocompassion est souvent considérée comme une compétence essentielle pour faire face au TDAH.
Recherche sur l’autocompassion et le TDAH chez l’adulte
Une étude récente sur l’autocompassion et la santé mentale a comparé 543 adultes souffrant de TDAH et 313 adultes sans TDAH qui ont rempli des questionnaires en ligne mesurant l’autocompassion et la santé mentale.1 Les réponses du groupe d’adultes souffrant de TDAH comparées aux témoins ont montré des niveaux d’autocompassion et de bien-être psychologique, émotionnel et social global significativement plus faibles. Les adultes souffrant de TDAH présentaient également des niveaux de dépression, d’anxiété et de stress perçu significativement plus élevés. Plus précisément, l’auto-compassion s’est avérée être un médiateur partiel du lien entre le TDAH et les mesures de bien-être et de mal-être plus élevées, ce qui suggère que le fait de cibler l’auto-compassion – la façon dont les adultes réagissent aux frustrations liées au TDAH – est potentiellement une cible thérapeutique utile, en complément des approches basées sur les compétences pour une meilleure gestion du TDAH.
Des recherches connexes ont comparé des personnes ayant des antécédents déclarés de TDAH à un groupe témoin ne souffrant pas de TDAH sur des mesures d’autocompassion et de critique perçue.2 Le groupe d’adultes souffrant de TDAH était significativement moins autocompassionné que le groupe témoin (et les personnes présentant des traits de TDAH sans diagnostic formel étaient également moins autocompassionnées que le groupe témoin).
En ce qui concerne la mesure de l’auto-compassion, il est à noter que le groupe TDAH était plus susceptible d’isoler et de mettre l’accent sur un sentiment de différence et d’anormalité (plutôt que sur une meilleure compréhension du TDAH, de ce qu’il est et de ce qu’il n’est pas) en raison de ses difficultés. Par conséquent, les adultes atteints de TDAH étaient beaucoup plus fixés sur les résultats négatifs et sévères dans leurs jugements. Ces tendances ont été amplifiées par des évaluations élevées des critiques perçues par les autres, ce qui peut contribuer à l’intériorisation des frustrations et des reproches, en accord avec les émotions sociales de honte et de culpabilité souvent rapportées par les adultes atteints de TDAH, du moins d’après l’expérience clinique. Par conséquent, la promotion de l’auto-compassion a été proposée comme un effort thérapeutique utile.

Qu’est-ce que l’autocompassion et comment la développer ?
Quelques éléments fondamentaux de l’autocompassion ont été décrits dans la première étude examinée :
- Bienveillance à l’égard de soi-même (par opposition à l’auto-jugement) : Traitez-vous de la même manière que vous traiteriez quelqu’un d’autre, en particulier si cette personne est atteinte de TDAH.
- Lapleine conscience (par opposition à la suridentification) : Prendre conscience et observer ses réactions à une situation sans nécessairement devoir les éradiquer et sans être envahi par la négativité.
- Humanité commune (vs. isolement) : Reconnaître et normaliser qu’il existe des difficultés associées au TDAH, que d’autres en font l’expérience et que les personnes sans TDAH ont d’autres difficultés. Reconnaître que ces imperfections font partie de l’universalité humaine plutôt que de supposer que l’on est brisé ou inadéquat.
L’autocompassion est une compétence à mettre en pratique. Elle complète l’accent mis sur le développement et la mise en œuvre de stratégies d’adaptation pour le TDAH chez l’adulte, car ces compétences comprennent la gestion des émotions, des relations et des mentalités, qui sont du ressort de la thérapie cognitivo-comportementale, de l’accompagnement du TDAH et d’autres spécialités de soutien pour les adultes atteints de TDAH.
Références
1. Beaton, D. M. et al. (2022). The role of self-compassion in the mental health of adults with ADHD. Journal of Clinical Psychology, 1-16. https://doi.org/10.1002/jclp.23354
2. Beaton, D. M. et al. (2020). Self-compassion and perceived criticism in adults with attention deficit hyperactivity disorder (ADHD) (Compassion de soi et critique perçue chez les adultes souffrant d’un trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité). Mindfulness. https://doi.org/10.1007/s12671-020-01464-w