Au-delà du deuil climatique

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THE BASICS

Points clés

  • L’éco-anxiété, le chagrin climatique et d’autres expressions négatives dominent aujourd’hui de nombreux récits.
  • La solastalgie (changement environnemental entraînant une détresse psychologique) peut prendre le dessus sur nos sentiments.
  • Dépasser la négativité galvanise l’anticipation réaliste et les actions en faveur d’un avenir meilleur.

Les titres des journaux d’aujourd’hui sont régulièrement chargés de catastrophisme et de destruction de la planète, même si la science ne soutient pas ce scénario. Cela affecte notre santé mentale et notre bien-être, en instillant la terreur et le découragement. Au contraire, le réalisme face aux immenses défis et dangers peut et doit être contrebalancé par le réalisme face aux immenses possibilités d’action et aux succès que nous avons déjà remportés.

Après tout, comme le dit la version cinématographique de Hunger Games, « L’espoir : c’est la seule chose plus forte que la peur« . Malheureusement, ces mots sont prononcés par le président Snow, un dictateur impitoyable, mégalomane et totalitaire qui assassine des enfants. Il poursuit : « Un peu d’espoir est efficace, beaucoup d’espoir est dangereux ».

Il ne s’agit pas d’une source d’inspiration, mais d’un pragmatisme brutal. Nous ne devrions pas sous-estimer les graves dangers environnementaux et sociaux liés à nos actions. Nous ne devons pas non plus négliger le véritable espoir qui existe et qui devrait nous pousser à aller de l’avant, de sorte que « beaucoup d’espoir » devienne la norme plutôt que le danger.

Ilan Kelman
Glenn Albrecht décrit comment dépasser la solastalgie (Londres, Royaume-Uni avec interprétation en langue des signes britannique).
Ilan Kelman

Des mots et des idées puissants

Pour s’en convaincre, il suffit de se pencher sur les idées de Glenn Albrecht. M. Albrecht est un universitaire australien qui s’est illustré dans la philosophie environnementale orientée vers l’action et la psychologie environnementale. Il a le don d’inventer des mots puissants pour exprimer des émotions complexes et répandues.

Il est souvent mis en avant pour avoir inventé la solastalgie, qui associe le réconfort (ou le latin sōlācium), la désolation et l’algie (douleur) pour décrire la détresse psychologique, la douleur, la perte de réconfort et le sentiment d’appartenance liés aux changements environnementaux. Cette notion a été appliquée à la perte de paysage due à l’extraction des ressources et à l’anxiété causée par le changement climatique d’origine humaine, notamment lorsqu’il porte atteinte aux connaissances environnementales locales. Personne, y compris M. Albrecht, ne nie ces émotions réelles, ni leur terrible impact sur notre santé mentale et notre bien-être.

Albrecht a néanmoins ouvert la voie en cherchant à dépasser la solastalgie. Le barrage incessant de négativité, de peur et de morosité induit aujourd’hui l’éco-anxiété et le chagrin climatique, indépendamment des changements environnementaux réels qui nous entourent.

Au contraire, Albrecht souhaite faire progresser les actions positives et les avenirs constructifs, ce qu’il propose par le biais d’une série de néologismes. Eutierria représente les bons sentiments résultant du lien entre les forces vitales individuelles et planétaires ; une unité religieuse entre une personne et la Terre. Soliphilia s’inspire de la « topophilie » de Yi-Fu Tuan, ou attachement à un lieu, pour désigner l’amour des relations entre les lieux, qui conduit à s’engager à les maintenir en vie et à les faire prospérer.

Le Symbiocène

En 2000, l’expression « Anthropocène » a été proposée pour désigner les changements à grande échelle que l’humanité a provoqués sur la planète, ce qui aurait conduit à une nouvelle ère géologique dans laquelle nous sommes la force dominante du changement. Cette proposition a été immédiatement suivie d’une intense confusion et d’une réaction critique, car les époques et les âges géologiques sont définis sur des millénaires, et il est donc beaucoup trop tôt pour en juger. Ensuite, il est apparu incertain que le terme « Anthropocène » fasse référence à des changements géologiques, à une limite géologique (ou environnementale plus large) et/ou sociale, à un processus de changement géologique (ou environnemental plus large) et/ou social, à un concept culturel ou à une combinaison de ces éléments.

Des dizaines d’alternatives ont suivi, du Corporatocène au Poubellocène, soulignant tout ce qu’il y a de négatif dans l’époque actuelle tout en suscitant davantage de perplexité. D’autres ont opté pour un nouveau vocabulaire afin de célébrer ce que nous avons accompli et de décrire les futurs positifs que nous pourrions activement créer.

Parmi ces dernières, le « Symbiocène » d’Albrecht. Se référant à la camaraderie (du grec sumbiosis), le Symbiocène recherche sans surprise la symbiose, l’humanité et la nature vivant ensemble pour un bénéfice mutuel. Nous pouvons être gouvernés par la sumbiocratie, en nous concentrant sur le mutualisme et en invoquant les émotions de la Terre avec les émotions humaines pour survivre et prospérer en tandem. Le compagnonnage avec la Terre permet d’ancrer l’espoir climatique, l’enthousiasme environnemental et l’éco-inspiration (symbio-inspiration), en dépit de l’inquiétude d’Albrecht concernant l’ajout du mot « éco- » à tant de mots, comme si cela améliorait leur signification.

Mieux que le président Snow

Le machiavélique président Snow n’approuverait pas. Surtout si l’on considère la phrase la plus célèbre et la plus mal citée de Niccolò Machiavelli, tirée du Prince: « …une question se pose : vaut-il mieux être aimé que craint ou craint qu’aimé ? On peut répondre qu’il faut souhaiter être l’un et l’autre, mais que, comme il est difficile de les réunir en une seule personne, il est beaucoup plus sûr d’être craint qu’aimé, quand, des deux, il faut se passer de l’un ou de l’autre » (d’après la traduction de W.K. Marriott).

L’ESSENTIEL

Le travail d’Albrecht enseigne le contraire et va même plus loin, de ce qu’il appelle l' »hopium » (et non l’éco-hopium) à l' »anticipation radicale ». Non seulement nous pouvons et devons accepter simultanément la peur et la morosité et l’amour, l’espoir et l’anticipation, mais nous pouvons et devons agir de manière à ce que les anticipations radicales et réalistes l’emportent sur les découragements.

Références

Albrecht, G.A. 2005. Solastalgia ». Un nouveau concept en matière de santé et d’identité. PAN : Philosophy Activism Nature, vol. 3, 41-55.

Albrecht, G.A. 2019. Emotions terrestres : New Words for a New World. Cornell University Press, Ithaca, NY.

Albrecht, G.A. 2020. Négation de la solastalgie : Une révolution émotionnelle de l’anthropocène au symbiocène. American Imago, vol. 77, no. 1, 9-30.

Gougsa, S., V. Pratt, B. George, C. Vilela, D. Kobei, S. Kokunda, I. Kelman, B. Eaton, L. Maina, S. Luari, O. Autti, K. Kerätär, J. Laiti, C. Baxendale, R. Raj, R. Deshpande, R. Gokharu, N. Singh, S. Ghelani, N. Mendu, A. Ahmad, et Land Body Ecologies research group. 2023. Écologies du corps terrestre : Une étude de cas pour une collaboration transdisciplinaire globale aux intersections de l’environnement et de la santé mentale. The Journal of Climate Change and Health, vol. 10, article 100206.