L’une des disparités les plus curieuses parmi les personnes qui déclarent souhaiter une vie meilleure est le faible pourcentage de celles qui se fixent des objectifs concrets pour améliorer leur vie.
Cette disparité est difficile à comprendre, car les scientifiques et les personnes très performantes ont si bien établi que la fixation d’objectifs contribuait à la réussite. L’entrepreneur Richard Branson, par exemple, a résumé son point de vue sur la fixation d’objectifs comme suit : « Se fixer des objectifs est le premier pas de l’invisible vers le visible : « Se fixer des objectifs est le premier pas de l’invisible vers le visible ».
La fixation d’objectifs est depuis longtemps recommandée pour obtenir une meilleure santé, un revenu plus élevé et un mode de vie plus gratifiant ; elle apparaît d’ailleurs comme la toute première leçon du chef-d’œuvre de Napoléon Hill, La loi du succès, publié en 1927 (il parle d’un objectif comme d’un « but principal défini »). Près d’un siècle après La loi du succès, les meilleures recherches sur la fixation d’objectifs ont été regroupées dans une « méta-analyse » publiée en 2011, dont les résultats confirment l’effet positif de la fixation d’objectifs sur les performances (1). Si la fixation d’objectifs est un moyen si évident d’améliorer nos résultats, pourquoi n’y a-t-il pas plus de gens qui se fixent des objectifs ?
Parmi les personnes qui recherchent une assistance professionnelle pour améliorer leur santé, il est difficile d’éviter la fixation d’objectifs. L’enseignement des techniques de fixation d’objectifs est aujourd’hui un outil essentiel pour les éducateurs sanitaires, les prestataires de soins de santé et les programmes d’auto-assistance sous de nombreuses formes, pour n’en citer que quelques-unes. Qu’il s’agisse d’aider les gens à perdre du poids, à arrêter de fumer ou à gérer des maladies chroniques, presque tous les programmes de traitement établis encouragent la fixation d’objectifs.
Dans ces programmes, la fixation d’objectifs est le plus souvent recommandée à l’aide d’une formule appelée SMART (qui fait référence – avec quelques variantes – à Spécifique, Mesurable, Atteignable, Pertinent et Temporel). Il est intéressant de noter que le concept d’objectif SMART provient du secteur des affaires au début des années 1980, où il a été initialement présenté aux cadres comme une formule plus cohérente pour communiquer les objectifs de l’entreprise. Accrocheurs et facilement mémorisables, les objectifs SMART se sont rapidement répandus du secteur des affaires à celui de la santé et de l’entraide.
Malheureusement – mais ce n’est peut-être pas surprenant – la formule d’objectifs SMART dérivée du monde de l’entreprise semble produire de meilleurs résultats pour les chefs de bureau que pour les personnes qui s’efforcent d’améliorer leur santé. Malgré des décennies d’utilisation, par exemple, il n’existe que peu ou pas de données scientifiques indiquant que la formule globale des objectifs SMART augmente le comportement en matière de fixation d’objectifs (c’est-à-dire qu’elle incite davantage de personnes à se fixer des objectifs) ou qu’elle produit de meilleurs résultats que la fixation d’objectifs sans l’utilisation de la formule SMART.
D’une part, certains auteurs ont rétorqué que les éléments de la formule SMART pourraient se retourner contre eux, par exemple en réduisant la motivation par la fixation d’objectifs « réalistes » au lieu d’objectifs excitants. D’autre part, la recherche montre que la formule SMART omet des stratégies de fixation d’objectifs qui bénéficient d’un soutien empirique. On peut donc reprocher à la formule SMART, largement utilisée, d’inclure des stratégies dont l’efficacité n’est pas prouvée et de ne pas inclure des stratégies de fixation d’objectifs qui, elles, ont fait leurs preuves.

D’un autre côté, aucune de ces critiques n’est tout à fait juste à l’égard de la formule d’objectifs SMART qui, encore une fois, a été conçue pour aider les responsables à rédiger des objectifs pour des rapports trimestriels sans âme, et non pour inspirer des transformations en matière de santé. Peut-être que la principale force et la principale limite de la formule SMART est qu’elle est mieux adaptée aux objectifs pratiques du lieu de travail qu’à des objectifs tels que la santé et les changements de mode de vie, qui reposent autant sur l’inspiration que sur l’information. Si c’est le cas, le simple fait d’être mémorable ne fera jamais de la formule SMART un outil efficace pour aider les gens à fixer et à atteindre des objectifs liés à la santé. Qu’est-ce qui en fera un outil efficace ?
La figure ci-dessous présente une formule de fixation d’objectifs alternative à SMART, appelée SUCCESS. Les avantages de la formule SUCCESS sont les suivants :
- Comme SMART, il est facilement mémorisable et favorise les émotions positives liées à la fixation d’objectifs.
- Il comprend des stratégies de fixation d’objectifs dont l’efficacité a été démontrée par la recherche et l’expérience professionnelle.
L’application de la formule d’objectif SUCCESS implique l’utilisation du plus grand nombre possible des sept dimensions lors de la formulation d’un objectif, mais n’exige pas qu’elles soient toutes appliquées à un objectif individuel.

Les formules de fixation d’objectifs qui n’ont pas fonctionné dans le passé ont peu de chances de fonctionner à l’avenir. Que vous souhaitiez utiliser des objectifs pour améliorer vos propres résultats en matière de santé ou que vous soyez un professionnel aidant d’autres personnes à atteindre leurs objectifs de santé, envisagez une meilleure formule pour obtenir de meilleurs résultats.
Références
1. Kleingeld, A., van Mierlo, H., & Arends, L. (2011). L’effet de la fixation d’objectifs sur la performance du groupe : A meta-analysis. Journal of Applied Psychology, 96(6), 1289-1304.
2. https://www.dominican.edu/academics/lae/undergraduate-programs/psych/fa…