Bertrand du Guesclin : Le Chevalier Badass de la Guerre de Cent Ans

Au cœur du Moyen Âge tourmenté, alors que la Guerre de Cent Ans déchire la France et l’Angleterre, un homme se lève, défiant tous les codes de sa naissance et de son apparence. Né dans la petite noblesse bretonne et décrit comme terriblement laid, Bertrand du Guesclin va forger sa propre légende à coups d’épée et de ruse. Loin des palais et des cours raffinées, c’est sur les champs de bataille les plus sanglants qu’il écrit son destin, passant du statut de rejeton méprisé à celui de connétable de France, chef suprême des armées royales. Son nom, synonyme de courage, de férocité et de génie tactique, résonne encore aujourd’hui comme l’archétype du chevalier médiéval, un « badass » avant l’heure. Cet article plonge dans l’épopée incroyable de ce stratège hors pair, explore les mythes qui entourent son origine, et retrace son ascension fulgurante, depuis les tournois clandestins de Rennes jusqu’aux guerres de succession de Bretagne et de Castille. Préparez-vous à découvrir comment un homme a transformé son prétendu handicap en sa plus grande force, devenant l’un des héros les plus iconiques et inattendus de l’histoire de France.

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Une Enfance de Rejet : Le Laid Petit Noble de Dinan

Bertrand du Guesclin naît vers 1320, non loin de Dinan, dans une famille de la petite noblesse bretonne. Son père, Robert du Guesclin, possède plusieurs seigneuries, assurant à la famille un confort matériel certain. Pourtant, l’enfance de Bertrand est marquée par une profonde solitude et un rejet familial cruel. La raison ? Son apparence physique. Les chroniqueurs de l’époque sont unanimes et impitoyables : le jeune Bertrand est considéré comme extrêmement laid. On le décrit comme petit, trapu, « court sur pattes », avec une tête ronde disproportionnée, un visage ingrat et une peau au teint étrangement sombre. Ces caractéristiques lui valent les moqueries et le mépris, au point qu’il est parfois surnommé « le dogue de Brocéliande » ou, plus cruellement encore, « l’enfant le plus laid de Dinan ».

Ce rejet est d’autant plus douloureux qu’il émane de ses propres parents. Mis à l’écart, Bertrand grandit en marge de sa famille, évité par ses frères et délaissé par ses parents. Pire, pour un fils de noble, la voie toute tracée de la chevalerie semble lui être interdite. Son éducation martiale est négligée, et il n’est pas adoubé dans sa jeunesse, contrairement à la coutume. Cet isolement forge cependant un caractère de fer. Loin des salons, il développe une force physique hors norme, une endurance à toute épreuve et une familiarité précoce avec les armes, apprenant souvent par lui-même. Ce climat familial invivable le pousse finalement à quitter le domicile paternel pour rejoindre un oncle à Rennes. Ce départ est le premier acte de son émancipation, le premier pas d’un parcours qui va le voir défier l’ordre établi et conquérir, par la seule force de son mérite, le titre et la gloire qu’on lui refusait de naissance.

La Révélation : Le Tournoi de Rennes et la Reconnaissance Paternelle

C’est à Rennes, en 1337, que le destin de Bertrand du Guesclin bascule de manière spectaculaire. Un grand tournoi de joute est organisé dans la ville, attirant la fine fleur de la chevalerie bretonne. N’étant pas chevalier, Bertrand n’a théoriquement pas le droit d’y participer. Mais la soif de reconnaissance et de prouver sa valeur est trop forte. Avec l’aide d’un cousin, il obtient une armure et décide de concourir incognito, dissimulant son identité sous son heaume.

Contre toute attente, ce jeune homme au statut incertain se révèle être un combattant-né. Il défait et désarçonne l’un après l’autre ses adversaires, une douzaine de chevaliers aguerris tombent sous ses coups. La foule est en émoi devant la performance de cet inconnu. Le climax survient lorsqu’il se retrouve face à son dernier adversaire : son propre père, Robert du Guesclin, venu participer au tournoi. Refusant de se rendre, Bertrand engage le combat. Au cours d’un choc violent, la lance de son père frappe son heaume, le brisant partiellement et dévoilant une partie de son visage. Stupéfait, Robert du Guesclin reconnaît alors son fils, ce fils qu’il avait toujours méprisé.

Cette révélation est un choc. Le père découvre non seulement l’identité du champion anonyme, mais surtout son talent prodigieux et son courage indomptable. Honteux de son mépris passé et impressionné par la valeur martiale de Bertrand, Robert du Guesclin décide de rectifier le tir. Il reconnaît enfin le potentiel de son fils et s’engage à l’aider à réaliser son rêve : devenir chevalier. Ce tournoi est bien plus qu’une simple victoire sportive ; c’est l’acte fondateur de la légende du Guesclin, le moment où il arrache, par la force de son bras, le respect et le droit à exister dans le monde des guerriers.

La Guerre de Succession de Bretagne : Le Baptême du Feu

L’ascension de du Guesclin va se jouer sur le théâtre complexe de la guerre de Succession de Bretagne, un conflit qui s’enchevêtre avec la grande Guerre de Cent Ans. À la mort du duc Jean III en 1341, deux prétendants s’opposent : Charles de Blois, soutenu par le roi de France Philippe VI, et Jean de Montfort, allié du roi d’Angleterre Édouard III. La Bretagne devient ainsi un champ de bataille secondaire mais crucial de l’affrontement franco-anglais, une sorte de « Game of Thrones » médiéval où se joue l’influence sur ce duché stratégique.

Fidèle à son suzerain, du Guesclin choisit naturellement le camp de Charles de Blois et de son épouse, Jeanne de Penthièvre. C’est dans cette guerre fratricide qu’il fait ses premières armes et acquiert sa réputation. Loin des grandes batailles rangées, il excelle dans une forme de guerre plus agile et impitoyable : la guérilla. Il recrute des hommes, mène des coups de main audacieux et harcèle les troupes anglo-bretonnes. Son coup d’éclat survient en 1354. Alors que le château de Grand-Fougeray est aux mains des Anglais, il imagine une ruse audacieuse. Se déguisant en bûcheron avec une partie de ses hommes, il s’approche du château, simulant un convoi de bois. Une fois la porte baissée, ils sortent les armes cachées sous les branchages, prennent la garnison par surprise et s’emparent de la forteresse sans perte majeure.

Ce fait d’armes, brillant par son intelligence et son efficacité, lui vaut enfin l’adoubement tant attendu. La maxime qui lui est alors attribuée résume son parcours : « Le courage donne ce que la beauté refuse. » Il est désormais chevalier, non par héritage, mais par la preuve indéniable de sa valeur. La guerre de Bretagne est son école, forgeant le stratège et le chef charismatique qui allait bientôt servir le royaume de France tout entier.

Duels, Sièges et Ascension : La Légende en Marche

Les années qui suivent son adoubement voient la légende de du Guesclin se solidifier à travers une série d’exploits qui mêlent force brute, sens de l’honneur et génie tactique. En 1356-1357, il est chargé de défendre Dinan, assiégée par les troupes anglaises de Thomas de Canterbury. Un accord de trêve de quinze jours est conclu. Mais pendant cette trêve, son frère, Olivier du Guesclin, est capturé par les Anglais dans une escarmouche. Fou de rage, Bertrand considère cet acte comme une trahison de la trêve.

Il défie alors Thomas de Canterbury en duel judiciaire pour régler l’affaire. Le combat est épique. Désarçonné dans un premier temps, du Guesclin se relève immédiatement. À pied, il attrape la bride du cheval de son adversaire, le fait tomber à terre, et l’achève en lui écrasant le visage avec le pommeau de sa dague. Cette victoire, obtenue dans un mélange de fureur et d’habileté, libère son frère et impressionne profondément les contemporains. Parmi les spectateurs, une certaine Tiphaine Raguenel, réputée pour ses connaissances en astrologie, est subjuguée. Elle deviendra peu après son épouse, ajoutant une touche de romance à la légende du guerrier.

Son aura grandissante le rapproche du pouvoir royal. Lors du siège de Melun, il rencontre le dauphin Charles, le futur Charles V. Le prince, intelligent et calculateur, repère en ce chevalier breton rugueux et efficace un instrument précieux pour la couronne. Malgré les réticences d’une cour qui le trouve trop rustre et trop brutal, du Guesclin entre au service direct du roi de France. Ses succès en Normandie contre les Anglais, où il mène une guerre de mouvement et de siège très efficace, confirment son utilité. Il est fait capitaine général pour la Normandie et l’Île-de-France, gravissant un à un les échelons du commandement militaire, par la seule vertu de ses victoires.

La Bataille d’Auray et la Captivité

La guerre de Succession de Bretagne trouve son épilogue tragique et décisif lors de la bataille d’Auray, le 29 septembre 1364. La ville est aux mains des Anglais depuis septembre, et les négociations de paix ayant échoué, une confrontation générale est inévitable. Les deux prétendants, Charles de Blois et Jean de Montfort (fils du premier prétendant), s’affrontent pour le duché. Du Guesclin commande l’avant-garde de l’armée de Charles de Blois, arborant son célèbre écu à l’aigle noir à deux têtes.

La bataille est d’une violence extrême. Contrairement à sa tactique habituelle de prudence et de ruse, du Guesclin est contraint par son suzerain de mener une charge frontale. Les troupes bretonnes et françaises s’engagent dans un corps-à-corps sanglant contre les Anglo-Bretons de Jean de Montfort, renforcés par des mercenaires anglais. Malgré la bravoure des combattants, l’armée de Charles de Blois est mise en déroute. Charles de Blois lui-même est tué sur le champ de bataille, mettant fin à ses prétentions. Jean de Montfort devient Jean IV, duc de Bretagne.

Bertrand du Guesclin, quant à lui, se bat jusqu’à l’épuisement. Encerclé, il refuse de se rendre à un simple écuyer, exigeant qu’un chevalier vienne accepter sa reddition. Fait prisonnier, il est emmené en captivité. Sa défaite et sa capture pourraient sonner le glas de sa carrière. Mais sa valeur est telle que le nouveau roi de France, Charles V, intervient personnellement. Il paie la rançon exorbitante de 40 000 livres pour libérer son précieux capitaine. Cet acte démontre l’importance stratégique que du Guesclin a acquise aux yeux de la monarchie. La guerre de Bretagne est finie, mais pour le chevalier breton, une nouvelle mission, à l’échelle du royaume, l’attend déjà.

Le Connétable en Castille : La Campagne des Grandes Compagnies

Avec la signature de la paix temporaire de Brétigny en 1360, la France connaît une accalmie dans la Guerre de Cent Ans. Cependant, des milliers de mercenaires démobilisés, les « Grandes Compagnies », ravagent le pays. Charles V a une idée géniale : les exporter. Une opportunité se présente en Castille, où une guerre civile fait rage entre Pierre le Cruel et son demi-frère Henri de Trastamare. Pierre est soutenu par les Anglais, Henri par les Français.

Du Guesclin se voit confier une mission périlleuse et ingrate : prendre le commandement de ces bandes de mercenaires indisciplinés (près de 30 000 hommes) et les mener combattre en Espagne aux côtés d’Henri. C’est un tournant dans sa carrière. Il n’est plus seulement un chef de guerre, mais un diplomate et un meneur d’hommes chargé de canaliser des forces chaotiques. La campagne est difficile. En 1367, à la bataille de Nájera, l’armée franco-castillane de du Guesclin et Henri affronte les troupes anglo-castillanes de Pierre le Cruel et du Prince Noir, Édouard de Woodstock. La bataille tourne à la déroute pour les Français. Du Guesclin, une fois de plus, se bat avec un courage désespéré avant d’être capturé.

Le Prince Noir, en digne adversaire, traite son prisonnier avec les égards dus à son rang. La légende veut que lors d’un repas, le Prince Noir ait placé du Guesclin à la place d’honneur, déclarant qu’un si vaillant chevalier méritait plus de respect que quatre rois. Une nouvelle fois, Charles V paie sa rançon, prouvant que sa valeur, même dans la défaite, est inestimable. Du Guesclin retourne en Castille, et cette fois, sa persévérance est récompensée. En 1369, à la bataille de Montiel, les forces d’Henri l’emportent. Du Guesclin y joue un rôle clé, et c’est lui qui, selon la chronique, attire Pierre le Cruel dans un piège où ce dernier sera assassiné par son frère Henri, qui monte sur le trône. Cette victoire sécurise un allié précieux pour la France et consacre du Guesclin comme un stratège de premier plan sur la scène internationale.

Connétable de France : La Reconquête et la Mort d’un Héros

De retour en France couvert de gloire, Bertrand du Guesclin atteint l’apogée de sa carrière. En 1370, le roi Charles V, surnommé « le Sage », lui confie la plus haute charge militaire du royaume : celle de connétable de France. C’est une révolution. Pour la première fois, un homme de petite noblesse provinciale, sans lien avec la grande aristocratie de cour, accède à ce poste suprême. Le roi fait le choix du mérite et de l’efficacité contre le prestige du sang.

Du Guesclin met en œuvre la stratégie prudente mais efficace de Charles V : éviter les grandes batailles rangées risquées (comme celles de Crécy ou Poitiers) et reprendre méthodiquement les places fortes et les territoires occupés par les Anglais. Il applique à l’échelle du royaume les méthodes de guérilla et de siège qu’il a éprouvées en Bretagne. C’est le début d’une spectaculaire reconquête. Il reprend une à une les provinces perdues : le Poitou, la Saintonge, l’Aunis, une grande partie de la Guyenne. Sa réputation est telle que souvent, les places fortes se rendent à la simple annonce de son approche.

Sa fin est à l’image de sa vie : sur le champ de bataille. En 1380, alors qu’il assiège la ville de Châteauneuf-de-Randon, en Gévaudan, il est frappé par une maladie (probablement la dysenterie ou une fièvre typhoïde). Sentant sa fin proche, il exige que le gouverneur de la place vienne lui remettre les clés en personne. La légende raconte que la ville se rendit le jour même de sa mort, le 13 juillet 1380. Le gouverneur anglais vint déposer les clés sur son cercueil, en hommage au plus grand capitaine de son temps. Sa mort plonge la France dans le deuil. Charles V, profondément affecté, lui fait organiser des funérailles grandioses. Il est inhumé à Saint-Denis, la nécropole des rois, un honneur exceptionnel pour un homme qui n’était pas de sang royal, mais qui avait sauvé le royaume par son épée.

Mythes, Légendes et Postérité : Du Guesclin au-delà de l’Histoire

La figure de Bertrand du Guesclin a immédiatement dépassé le cadre historique pour entrer dans la légende. De son vivant même, les chroniqueurs, comme Cuvelier qui compose une chanson de geste à sa gloire, ont commencé à tisser la trame du mythe. Plusieurs théories et récits extraordinaires sont nés autour de sa personne.

La plus surprenante est sans doute la théorie de ses origines africaines. Son teint sombre, régulièrement noté, a conduit certains auteurs, notamment au XIXe siècle, à spéculer sur une ascendance maure ou africaine, allant jusqu’à faire de lui un descendant de rois africains. Si cette idée est historiquement infondée (son teint était probablement dû à un mélange de facteurs génétiques bretons et à une vie passée au soleil et sous l’armure), elle témoigne de la fascination pour ce personnage hors norme, perçu comme un « étranger » au sein même de la noblesse française.

Son image a été récupérée et réutilisée à toutes les sauces au fil des siècles. Sous la Révolution, on célèbre le roturier par le mérite. Au XIXe siècle, les romantiques voient en lui le héros national par excellence, le sauveur de la France. Son nom a été donné à des rues, des écoles, des navires de guerre (dont un cuirassé en 1896). Il incarne l’idéal du chevalier « self-made man », rude, pieux, fidèle à son roi, mais surtout terriblement efficace et réaliste. Il est l’antithèse du chevalier courtois et raffiné ; c’est un guerrier pragmatique, un stratège qui préfère la victoire par la ruse à la défaite honorable. En cela, Bertrand du Guesclin reste une figure profondément moderne et « badass », dont l’épopée continue de captiver par son mélange unique de brutalité, d’intelligence et de loyauté absolue.

L’épopée de Bertrand du Guesclin est bien plus qu’un simple récit de batailles médiévales. C’est l’histoire d’une formidable revanche sociale et personnelle, menée à la pointe de l’épée. Rejeté pour sa laideur, méprisé par sa propre famille, exclu des voies traditionnelles de la noblesse, il a forgé son destin par la seule force de son courage, de son intelligence tactique et d’une volonté de fer. De l’anonymat du tournoi de Rennes au titre suprême de connétable de France, il a démontré que la vraie valeur ne réside pas dans l’apparence ou la naissance, mais dans l’action et le mérite. Stratège de génie, meneur d’hommes charismatique et guerrier d’une férocité légendaire, il fut l’instrument décisif de la reconquête du royaume sous Charles V. Son héritage, teinté de mythes sur ses origines, dépasse l’histoire pour incarner l’archétype du héros imparfait, rugueux et terriblement efficace. Bertrand du Guesclin reste, dans l’imaginaire collectif, le « badass » ultime de la Guerre de Cent Ans, une preuve vivante que les plus grandes légendes naissent parfois des plus improbables destins.

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