Certaines images transcendent leur simple statut de photographie pour devenir des icônes historiques, des condensés visuels d’une époque et de ses aspirations. La photographie capturée le 22 septembre 1984 à Douaumont, près de Verdun, appartient sans conteste à cette catégorie rare. Elle montre deux hommes, le président français François Mitterrand et le chancelier ouest-allemand Helmut Kohl, se tenant côte à côte devant l’ossuaire qui abrite les restes de centaines de milliers de soldats. Leurs mains sont jointes, dans un geste à la fois simple et d’une puissance symbolique inouïe. Ce moment, non prévu par le protocole, est devenu l’une des photos les plus importantes du XXe siècle, incarnant la réconciliation entre deux nations autrefois ennemies jurées.
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Mais pour comprendre pleinement la portée de cette image, il faut plonger dans les profondeurs de l’histoire qu’elle cherche à apaiser. Verdun n’est pas un lieu comme les autres. Entre février et décembre 1916, cette petite ville de la Meuse fut le théâtre d’une des batailles les plus longues et les plus meurtrières de la Première Guerre mondiale, un affrontement d’une violence inouïe qui coûta la vie à plus de 300 000 hommes et en blessa plus de 400 000 autres, français et allemands confondus. Le sol fut littéralement retourné par des millions d’obus, au point que le paysage en fut changé à jamais. Verdun est devenu le symbole absolu de l’horreur et de l’absurdité de la guerre de tranchées, une boucherie qui marqua durablement la conscience collective des deux pays.
Près de soixante-dix ans plus tard, en cette journée d’automne 1984, les dirigeants des deux anciens belligérants choisissent délibérément ce lieu chargé de douleur pour écrire un nouveau chapitre. Leur présence commune à l’inauguration d’un mémorial est en soi un acte politique fort. Mais c’est le geste spontané de Mitterrand, saisissant la main de Kohl pendant que retentit la Marseillaise, qui transforme la cérémonie en événement historique. Cette poignée de main, silencieuse et grave, semble dire : « Plus jamais ça. » Elle ne nie pas le passé ; au contraire, elle l’affronte directement, sur le terrain même de son déchaînement le plus terrible, pour en tirer une leçon d’avenir. Cet article se propose de décortiquer les multiples facettes de cette image iconique, en explorant son contexte historique immédiat, sa genèse, sa réception, et son héritage durable dans la mémoire européenne.
Le contexte historique : de l’ennemi héréditaire au partenaire privilégié
Pour mesurer la rupture que représente la poignée de main de Verdun, il faut se remémorer l’état des relations franco-allemandes sur la longue durée. Pendant des siècles, la rivalité entre la France et les entités allemandes (Saint-Empire, puis Empire allemand) a structuré la géopolitique du continent. Trois guerres dévastatrices en moins d’un siècle – 1870, 1914-1918, 1939-1945 – avaient creusé un fossé de méfiance, de ressentiment et de douleur que beaucoup pensaient infranchissable. L’Allemagne était perçue en France comme « l’ennemi héréditaire », une perception renforcée par les occupations et les atrocités des deux conflits mondiaux.
L’après-Seconde Guerre mondiale marque un tournant décisif, porté par une génération de visionnaires. Des hommes comme Robert Schuman, Konrad Adenauer et Jean Monnet comprennent que la paix ne pourra être durable en Europe que si la France et l’Allemagne (alors l’Allemagne de l’Ouest) lient irrévocablement leurs destins. La réconciliation franco-allemande devient le moteur et la condition sine qua non de la construction européenne. Le traité de l’Élysée, signé en 1963 par le général de Gaulle et Konrad Adenauer, institue une coopération bilatérale approfondie, avec des rencontres régulières au sommet. C’est sur ces bases que se construisent, dans les décennies suivantes, la Communauté économique européenne et les prémices de l’Union européenne.
En 1984, lorsque Mitterrand et Kohl se rencontrent à Verdun, cette réconciliation est déjà bien avancée sur le plan institutionnel et économique. Pourtant, elle reste fragile sur le plan des mémoires et des symboles. Les blessures psychologiques sont longues à cicatriser, et les peuples gardent en mémoire les récits nationaux souvent antagonistes. Le geste de Verdun vise précisément à accomplir cette réconciliation au niveau le plus profond et le plus émotionnel : celui du souvenir partagé des souffrances. Il s’agit de transformer un lieu de mémoire nationale douloureuse en un lieu de mémoire européenne commune, où l’on honore les morts des deux camps non comme des ennemis, mais comme des victimes d’une même tragédie.
Le choix symbolique de Verdun
Le choix de Verdun comme cadre de cette rencontre n’est évidemment pas anodin. Parmi tous les champs de bataille de la Grande Guerre, Verdun occupe une place à part dans l’imaginaire collectif français. La bataille, présentée comme une défense héroïque contre l’agresseur allemand, est devenue le symbole du sacrifice et de la résistance nationale. Pour les Allemands, Verdun évoque également une expérience traumatisante, celle d’une offensive coûteuse et finalement infructueuse. Se rencontrer à Douaumont, devant l’ossuaire qui mélange les ossements de soldats des deux nations, c’est reconnaître cette souffrance commune. C’est dire, de manière extrêmement forte, que la paix et l’amitié se construisent non en oubliant le passé, mais en l’assumant ensemble, dans toute sa complexité et sa douleur.
22 septembre 1984 : le déroulement de la cérémonie et le geste imprévu
La journée du 22 septembre 1984 est soigneusement préparée par les services protocolaires des deux pays. Il s’agit de commémorer le soixante-huitième anniversaire du début de la bataille de Verdun et, surtout, d’inaugurer officiellement le réaménagement du site de Douaumont pour en faire un lieu de mémoire binational. Le programme est chargé et codifié : dépôt de gerbes, minute de silence, discours, hymnes nationaux. Les deux dirigeants, vêtus de longs manteaux sombres sous un ciel gris, arborent une expression grave et recueillie, en phase avec la solennité du lieu.
La séquence qui va donner naissance à la photo historique se déroule après les discours. Alors que les deux hommes se tiennent devant les tombes, les honneurs militaires sont rendus. La musique entame l’hymne allemand, le Deutschlandlied. Mitterrand et Kohl restent immobiles, au garde-à-vous. Puis retentissent les premières notes de La Marseillaise. C’est à ce moment précis, alors que l’hymne français commence, que François Mitterrand opère un geste qui n’était prévu dans aucun scénario. Il tend sa main droite vers Helmut Kohl. Le chancelier allemand, visiblement surpris – son regard fuyant brièvement vers le bas semble le confirmer – hésite une fraction de seconde avant de saisir la main tendue. Ils restent ainsi, main dans la main, pendant toute la durée de l’hymne.
Ce geste brise délibérément le protocole. Lors des cérémonies officielles, les chefs d’État se tiennent côte à côte, mais ne se tiennent généralement pas la main pendant les hymnes. En agissant ainsi, Mitterrand transforme un acte protocolaire en un acte humain et politique d’une intensité rare. La poignée de main n’est pas une simple formalité ; elle est ferme, prolongée, et scelle visuellement l’union des deux hommes face à l’histoire. Le photographe, dont le nom est souvent oublié alors que son image est immortelle, capture ce moment sous un angle légèrement de trois quarts, mettant en valeur la solidité de leur posture et la solennité de leur expression. L’image est sobre, dépouillée, et c’est dans cette simplicité que réside sa puissance.
- L’élément de surprise : La réaction de Kohl, légèrement décontenancé, ajoute à l’authenticité perçue du geste. Il ne s’agit pas d’une mise en scène convenue, mais d’une initiative personnelle de Mitterrand.
- Le cadre symbolique : Les couronnes de fleurs déposées au premier plan, l’immensité du cimetière en arrière-plan, tout concourt à ancrer ce geste dans le souvenir des morts.
- La durée : Le fait que la poignée de main dure tout l’hymne lui donne un poids particulier ; c’est un engagement soutenu, pas un contact furtif.
Analyse d’une image iconique : composition, symboles et message
La photographie de la poignée de main de Verdun est un chef-d’œuvre de communication politique non verbale. Sa composition mérite une analyse détaillée, car chaque élément concourt à renforcer son message. Les deux hommes occupent le centre de l’image, formant une unité visuelle compacte. Leurs manteaux sombres les fondent presque en une seule silhouette, effaçant visuellement les frontières entre eux. Ils sont tournés vers l’avant, regardant dans la même direction – non pas l’un vers l’autre, mais vers l’avenir qu’ils veulent construire ensemble.
Le cadrage serré sur les deux dirigeants isole leur geste du reste de la cérémonie, le magnifiant. L’arrière-plan flou laisse deviner les rangées de croix blanches du cimetière militaire, rappel constant du contexte tragique. Le ciel est bas et nuageux, ajoutant une tonalité mélancolique et grave à la scène. L’absence de sourire est cruciale : leurs visages sont empreints de sérieux et de recueillement. Il ne s’agit pas de célébrer une amitié joyeuse, mais de sceller un pacte solennel né d’une tragédie commune.
Le symbole le plus évident est bien sûr la poignée de main. Dans la culture occidentale, elle signifie l’accord, la confiance, la paix conclue. Ici, elle est redoublée par le contexte : une poignée de main sur un champ de bataille, entre les descendants des belligérants, est un renversement complet de sens. Elle marque la fin de l’état de guerre et le début d’une relation nouvelle. Le fait que leurs mains soient jointes au niveau du cœur, dans l’axe central de la photo, renforce l’idée d’un engagement profond et sincère.
Enfin, le moment choisi – pendant l’hymne français – est lourd de sens. En tendant la main à Kohl pendant La Marseillaise, Mitterrand semble dire que l’amitié avec l’Allemagne fait désormais partie intégrante de l’identité et des valeurs françaises. C’est un message adressé autant à l’opinion publique française, parfois réticente, qu’au partenaire allemand et au monde entier. L’image devient ainsi une allégorie visuelle parfaite de la réconciliation : deux hommes, unis par un geste simple et fort, face aux sépultures de ceux qui s’étaient entretués.
| Élément visuel | Symbolisme | Message porté |
|---|---|---|
| Poignée de main centrale | Accord, confiance, pacte | La guerre est finie, la paix est scellée |
| Posture droite et commune | Solidité, détermination | Fermeté dans l’engagement commun |
| Arrière-plan de croix | Mémoire des morts, sacrifice | La réconciliation honore les victimes |
| Visages graves | Recueillement, solennité | Conscience du poids de l’histoire |
| Cadrage serré | Intimité, importance du geste | L’accent est mis sur l’entente personnelle et politique |
Les acteurs : Mitterrand et Kohl, un duo au service de l’Europe
La force de l’image tient aussi aux personnalités des deux hommes qui la composent. En 1984, François Mitterrand et Helmut Kohl sont tous deux des figures établies, mais leur relation et leur vision de l’Europe méritent d’être examinées.
François Mitterrand, élu président de la République en 1981, est un homme complexe, marqué par son expérience de la guerre et de la captivité. Ancien ministre de la IVe République, il incarne une certaine idée de la France, à la fois socialiste et gaullienne dans sa défense de l’indépendance nationale. Pourtant, c’est sous sa présidence que l’intégration européenne va connaître une accélération décisive. Mitterrand voit dans l’amitié franco-allemande le pilier indispensable de cette construction. Le geste de Verdun est typique de sa méthode : un sens aigu du symbole et de la mise en scène historique, au service d’un projet politique de long terme. C’est un geste calculé dans son effet, mais probablement sincère dans son intention : ancrer la réconciliation dans l’imaginaire collectif par une image forte.
Helmut Kohl, chancelier de la République fédérale d’Allemagne depuis 1982, est souvent décrit comme un « géant » de la politique européenne. Profondément européen et atlantiste, Kohl est hanté par le passé allemand et fait de la réconciliation avec les voisins de l’Allemagne, et particulièrement avec la France, l’axe central de sa politique étrangère. Pour lui, l’Europe est la réponse à la question allemande. L’homme qui, enfant, avait vu les soldats nazis défiler, place une importance capitale sur les gestes de paix et de repentir. Sa surprise initiale à Verdun laisse rapidement place à une adhésion totale au symbole. Par la suite, Kohl et Mitterrand formeront un duo efficace, malgré des divergences politiques et économiques, pour pousser des projets majeurs comme l’Acte unique européen (1986) et le traité de Maastricht (1992), qui donnera naissance à l’Union européenne et à l’euro.
Leur relation personnelle n’était pas sans tensions – des différences de style, des désaccords sur la politique agricole commune ou sur le rôle des États-Unis – mais elle était fondée sur un respect mutuel et une conviction partagée : celle que l’avenir de leurs pays était indissolublement lié. La photo de Verdun cristallise ce partenariat. Elle montre moins deux amis intimes que deux responsables politiques unis par un devoir historique commun. Leur alliance a été déterminante pour naviguer la fin de la Guerre froide et la réunification allemande en 1990, que Mitterrand a finalement soutenue, non sans certaines apprehensions, en échange de l’engagement renouvelé de l’Allemagne envers l’intégration européenne.
Réception et impact : de l’événement médiatique à l’icône mémorielle
Dans l’immédiat, la photographie fait le tour du monde. Elle est publiée en une des grands journaux et diffusée dans les journaux télévisés. La presse s’empare de l’image, saluant presque unanimement la puissance du symbole. En France, elle contribue à ancrer dans l’opinion publique l’idée d’une réconciliation achevée et d’une amitié indéfectible avec l’Allemagne. En Allemagne, elle est perçue comme un geste de grande générosité de la part de la France, un signe tangible que le pays est pleinement réintégré dans la communauté des nations européennes.
Avec le temps, la photo a quitté le simple statut de reportage pour entrer dans le panthéon des images iconiques du XXe siècle. Elle est régulièrement réutilisée, citée, reproduite dans les manuels scolaires, les documentaires, les expositions sur l’histoire de l’Europe. Elle est devenue un « lieu de mémoire » visuel, au sens où l’entend l’historien Pierre Nora : un objet concret qui concentre une part essentielle de la mémoire collective. Pour les générations qui n’ont pas connu la guerre, elle est souvent la représentation la plus immédiate et la plus compréhensible de la réconciliation franco-allemande.
Son impact dépasse largement le cadre bilatéral. La photo est devenue un symbole universel de la possibilité de la paix après un conflit dévastateur. Elle est invoquée dans d’autres contextes de réconciliation à travers le monde, comme un modèle de ce que des dirigeants politiques peuvent accomplir par un geste courageux et symbolique. Elle incarne l’idéal européen de paix par l’intégration, de dépassement des nationalismes meurtriers par la construction d’un destin commun.
Cependant, cette icônisation n’est pas exempte de critiques. Certains historiens ou commentateurs pointent le risque d’une lecture trop simplificatrice. La photo, en focalisant l’attention sur un moment d’unité, peut occulter les difficultés, les compromis âpres, les désaccords qui ont continué (et continuent) de marquer la relation franco-allemande. Elle peut aussi contribuer à un récit « téléologique » de la construction européenne, présentée comme un processus linéaire et inéluctable, alors qu’il a été semé d’embûches. Enfin, en mettant en avant les dirigeants, elle laisse parfois dans l’ombre le rôle essentiel des sociétés civiles, des jumelages de villes, des échanges universitaires et de la jeunesse dans le rapprochement concret des peuples.
« Cette image a fait plus pour l’idée européenne que des dizaines de traités. Elle a touché le cœur des gens, là où les textes juridiques ne parlent qu’à la raison. » – Un analyste politique européen.
Verdun dans la mémoire européenne : du champ de bataille au lieu de pédagogie
La cérémonie de 1984 a profondément transformé la signification même du site de Verdun. Avant cette date, Douaumont et l’ossuaire étaient principalement des lieux de mémoire nationale française, visités par les anciens combattants, les familles des disparus et les écoliers français dans le cadre du « devoir de mémoire ». La présence conjointe de Mitterrand et Kohl a opéré un glissement sémantique majeur : Verdun est désormais officiellement présenté comme un lieu de mémoire européen, voire mondial, dédié à la paix.
Cette évolution s’est concrétisée par des aménagements et des initiatives pédagogiques. Le Mémorial de Verdun, rénové et agrandi, propose aujourd’hui une muséographie qui présente la bataille du point de vue des soldats français ET allemands, mettant en lumière leur expérience commune de l’horreur. Les objets, les lettres, les témoignages audio sont choisis pour montrer la similitude des souffrances, brisant la logique du « nous contre eux ». Des parcours pédagogiques binationaux y sont organisés pour les scolaires des deux pays.
Le Centre Mondial de la Paix, des Libertés et des Droits de l’Homme, installé dans l’ancien palais épiscopal de Verdun, travaille à promouvoir les valeurs de paix et de dialogue. Ainsi, le lieu qui fut le symbole de la violence nationaliste est devenu un laboratoire de l’éducation à la citoyenneté européenne et à la résolution pacifique des conflits. Cette transformation est peut-être l’héritage le plus tangible et le plus précieux de la poignée de main de 1984 : elle a permis de réinvestir un lieu de mort avec un message de vie et d’espoir.
Chaque année, des commémorations franco-allemandes continuent d’y avoir lieu, souvent en présence des chefs d’État ou de gouvernement. Ces cérémonies réitèrent et actualisent le geste fondateur de Mitterrand et Kohl, rappelant à chaque génération le prix de la paix et la nécessité de l’entretenir. Verdun n’est plus seulement un rappel du passé ; il est devenu une boussole pour l’avenir de l’Europe.
L’ossuaire de Douaumont : architecture du souvenir
L’ossuaire de Douaumont, devant lequel se tenaient les deux dirigeants, est lui-même un monument saisissant. Cette longue bâtisse néo-romane, inaugurée en 1932, abrite les restes non identifiés d’environ 130 000 soldats français et allemands. Sa crypte, où les ossements sont visibles derrière des plaques de verre, est un lieu d’une intensité émotionnelle rare. Le choix de mêler ainsi les dépouilles des anciens ennemis était déjà, à l’époque de sa construction, un geste fort vers la paix. La cérémonie de 1984 a donné à ce geste architectural toute sa résonance politique et symbolique.
L’héritage pour la construction européenne : un pilier symbolique
La poignée de main de Verdun est souvent considérée comme l’un des actes fondateurs symboliques de l’Union européenne moderne. Elle a fourni au projet européen, parfois perçu comme technocratique et éloigné des citoyens, une image forte et émotionnelle à laquelle se raccrocher. Elle a incarné l’idée que l’Europe n’était pas qu’un marché commun, mais une communauté de destin née des cendres de la guerre.
Ce symbole a été régulièrement mobilisé dans les moments clés de l’intégration européenne. Lors des négociations difficiles du traité de Maastricht, les références à l’esprit de Verdun et à la nécessité de préserver l’axe franco-allemand étaient fréquentes. Il a servi de rappel aux responsables politiques de leur responsabilité historique : ne pas gâcher l’héritage de paix si difficilement construit.
L’héritage se mesure aussi dans la pratique diplomatique. La relation franco-allemande est aujourd’hui institutionnalisée à un degré unique au monde : sommets bilatéraux réguliers, conseil des ministres franco-allemand, brigade franco-allemande, chaîne de télévision Arte, office franco-allemand pour la jeunesse (OFAJ). Cette dense toile de coopération est le fruit concret de la réconciliation dont Verdun fut le symbole achevé. L’image de 1984 reste le point de référence émotionnel de cette architecture complexe.
Cependant, cet héritage n’est pas un acquis définitif. Les relations franco-allemandes connaissent des phases de tension, liées à des divergences économiques, des visions différentes de l’avenir de l’UE, ou simplement à des changements de leadership. Les populismes et les nationalismes qui resurgissent en Europe remettent parfois en cause le récit de la réconciliation. Dans ce contexte, la photo de Verdun prend une nouvelle actualité. Elle n’est plus seulement un souvenir d’un passé révolu, mais un rappel urgent des valeurs qui ont permis la paix et une mise en garde contre les forces qui pourraient la menacer. Elle invite chaque nouvelle génération de dirigeants, et chaque citoyen, à être les gardiens de cette paix fragile.
- Pilier politique : L’axe Paris-Berlin reste le moteur principal de l’intégration européenne.
- Capital symbolique : L’image fournit une légitimité historique et émotionnelle au projet européen.
- Devoir de transmission : Elle impose une responsabilité de poursuivre l’œuvre de réconciliation.
- Antidote au nationalisme : Face aux replis identitaires, elle rappelle le succès du dépassement des antagonismes nationaux.
Questions Fréquentes (FAQ) sur la poignée de main de Verdun
La poignée de main était-elle vraiment spontanée ?
Oui, dans le sens où elle n’était pas inscrite au protocole officiel de la cérémonie. François Mitterrand a pris cette initiative de lui-même. Cependant, étant un fin politique et un maître dans l’art du symbole, il est probable qu’il ait anticipé l’impact d’un tel geste. La spontanéité « dans le moment » n’exclut pas une réflexion préalable sur l’opportunité d’un acte fort.
Comment Helmut Kohl a-t-il réagi sur le moment et après ?
Sur la photo et les vidéos, on voit clairement Kohl surpris, jetant un bref regard vers la main de Mitterrand avant de la saisir. Par la suite, il a toujours salué ce geste et en a parlé comme d’un moment profondément marquant. Il a intégré cette image dans son propre récit politique, y voyant la confirmation que la réconciliation était réelle et irréversible.
Y a-t-il eu des critiques à l’époque concernant ce geste ?
Les critiques furent marginales. Certains anciens combattants ou nationalistes des deux côtés purent y voir un geste de faiblesse ou une trahison de la mémoire des morts. Mais dans l’ensemble, la presse et l’opinion publique accueillirent très favorablement ce symbole de paix, perçu comme nécessaire et courageux.
Cette photo est-elle unique ou existe-t-il d’autres gestes similaires ?
Elle est devenue l’icône la plus célèbre, mais d’autres gestes ont jalonné la réconciliation. On peut citer la messe commune à Reims en 1962 entre de Gaulle et Adenauer, ou plus récemment, les commémorations communes de la Première et de la Seconde Guerre mondiale par les présidents et chancellers successifs. La poignée de main de Verdun se distingue par sa simplicité graphique et son timing parfait (pendant un hymne national, sur le lieu même du combat).
Pourquoi cette photo est-elle considérée comme si importante pour le XXe siècle ?
Le XXe siècle a été le siècle des guerres mondiales, des génocides et des totalitarismes. La photo de Verdun capture, dans un cadre unique, l’espoir de dépasser cette histoire de violence. Elle représente un moment où l’Europe a choisi délibérément la paix, l’unité et le pardon plutôt que la revanche et la perpétuation de la haine. Elle symbolise ainsi une des rares grandes réussites politiques et morales de ce siècle tourmenté : la construction d’une paix durable entre d’anciens ennemis mortels.
Quel est le photographe à l’origine de cette image ?
La photo a été prise par un photographe de l’AFP (Agence France-Presse) présent sur place pour couvrir l’événement. Comme souvent avec les images iconiques, le nom de l’auteur est moins connu que son œuvre. Ceci souligne le fait que la puissance du symbole a transcendé l’acte individuel de prise de vue pour appartenir à l’histoire collective.
La poignée de main échangée entre François Mitterrand et Helmut Kohl devant l’ossuaire de Douaumont le 22 septembre 1984 est bien plus qu’une simple photographie de presse. C’est un condensé d’histoire, de politique et d’émotion qui résume le parcours extraordinaire de la réconciliation franco-allemande et, à travers elle, le projet européen tout entier. En choisissant le lieu le plus chargé de douleur de leur histoire conflictuelle, les deux dirigeants ont accompli un acte d’une audace symbolique rare : affronter le passé pour mieux s’en libérer et construire l’avenir.
Cette image nous rappelle avec force que la paix n’est pas un état naturel, mais une construction fragile, qui nécessite du courage politique, des gestes forts et une volonté constante de dialogue. Elle montre que la mémoire, lorsqu’elle est partagée et assumée de manière critique, peut devenir un levier pour l’avenir plutôt qu’un frein. Près de quarante ans plus tard, à une époque où les certitudes européennes sont remises en question et où les nationalismes regagnent du terrain, le message de Verdun reste d’une brûlante actualité.
Il nous invite, citoyens européens, à ne jamais tenir la paix pour acquise, à cultiver les liens avec nos voisins, et à exiger de nos dirigeants qu’ils perpétuent cet esprit de réconciliation et de construction commune. L’œuvre de Mitterrand et Kohl n’est pas terminée ; elle nous échoit à notre tour de la faire vivre et de la renforcer face aux nouveaux défis du XXIe siècle. La leçon de Verdun est claire : c’est ensemble, main dans la main face à l’histoire, que les Européens peuvent bâtir un avenir de paix, de démocratie et de prospérité partagée.
Et vous, que vous inspire cette image historique ? Partagez vos réflexions et poursuivez le débat sur la mémoire et l’avenir de l’Europe.