Pourquoi les voisins ne dénoncent-ils pas l’agresseur de la porte d’à côté ?

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Points clés

  • La violence domestique n’est pas suffisamment signalée, tant par les victimes que par les témoins.
  • Le fait d’être ami avec un auteur de violence domestique est lié à une probabilité plus faible d’être impliqué ou de signaler des incidents de violence domestique.
  • L’incertitude joue un rôle clé dans la décision d’un témoin de ne pas signaler les cas de violence domestique.

La violence domestique reste une épidémie insidieuse et invisible, présente dans toutes les zones géographiques et dans toutes les populations, et qui touche des victimes de tous les milieux démographiques. Malgré son omniprésence, la violence domestique n’est pas suffisamment signalée par les victimes et les témoins. Cela est vrai malgré les signaux d’alarme et les signes de violence observés par les personnes faisant partie du cercle professionnel ou social de la victime, parce qu’elles considèrent les conflits domestiques comme une affaire familiale « privée », ou pensent que cela ne les concerne pas.

Mais comme l’intervention d’un spectateur est souvent une méthode importante et efficace pour mettre fin à la violence, la question demeure : pourquoi n’y a-t-il pas plus de cas signalés ? La recherche apporte des éléments de réponse.

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Source : Image par Stux sur Pixabay

La surveillance de quartier inclut l’écoute

Dans de nombreuses affaires de violence domestique que j’ai instruites au fil des ans, les appels au 911 n’émanaient pas des victimes, mais des voisins. En particulier dans les quartiers où les habitants vivent à proximité les uns des autres, la violence interpersonnelle est audible et souvent indubitable. Les témoins auditifs peuvent entendre des voix fortes, des bris de verre, des cris ou d’autres signes de violence. Mais tous ceux qui entendent quelque chose ne le disent pas. Qu’est-ce qui explique la réticence à s’impliquer, et comment le niveau de familiarité avec les parties impliquées influe-t-il sur cette analyse ?

Les amis ne dénoncent pas les amis

Camilla Gleeson Mead et Sally F. Kelty ont étudié cette question dans « Violence next Door » (2021)[i]. Elles commencent par noter l’impact mondial de la violence entre partenaires intimes (VPI) et reconnaissent que les amis des auteurs de violences peuvent être particulièrement bien placés pour faire changer les choses. La question est donc de savoir comment les relations influencent la volonté de s’impliquer.

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Mead et Kelty analysent la théorie de l’identité sociale comme impliquant un préjugé de groupe qui fait que les auteurs de violence appartenant à un groupe sont considérés comme moins personnellement responsables que les auteurs appartenant à un groupe extérieur. Ils ont cherché à étendre la recherche pour examiner l’impact de l’amitié avec un auteur de violence sur les réponses potentielles à la VPI, en examinant spécifiquement les attributions possibles de rejet social et de causalité.

Ils ont présenté aux participants à l’étude un modèle de fait fictif décrivant une VPI perpétrée par un ami ou un étranger. Les participants ont attribué une grande part de responsabilité à l’auteur de la violence, quelle que soit leur relation. Toutefois, les amis de l’auteur de la violence étaient nettement plus susceptibles d’attribuer la cause de la violence à des facteurs externes que les étrangers. Ils étaient également susceptibles de poursuivre leur amitié, même si le rejet social était significativement plus probable avec un auteur auquel on attribuait « un niveau élevé de responsabilité et de causalité interne ».

Mead et Kelty ont également constaté que les préjugés à l’égard du groupe n’étaient pas constants pour chaque résultat, ce qui, selon eux, témoigne de la complexité de la VPI et des relations sociales. Leurs conclusions suggèrent que « les attentes basées sur le comportement passé peuvent influencer les attributions de violence dans les relations existantes ».

Le bénéfice du doute

Il existe d’autres facteurs qui font que les amis et les voisins hésitent à signaler un crime présumé ou à en attribuer la responsabilité au-delà de l’amitié. Sans antécédents de violence, de nombreux témoins citent l’incertitude comme l’une des raisons pour lesquelles ils ont décidé de ne pas se manifester. Outre le fait qu’ils pensent que ce qui se passe derrière des portes closes ne les regarde pas, ils veulent s’assurer qu’ils ne signalent pas un crime qui n’a pas eu lieu.

La familiarité et l’affinité avec le voisin le plus proche compliquent cette analyse, en particulier lorsqu’une dispute bruyante provient d’une maison où les parties semblent avoir une relation très respectueuse et aimante. Malheureusement, les apparences peuvent être trompeuses.

Les faits

De nombreux voisins se sentent plus à l’aise pour porter plainte auprès de la police ou appeler le 911 après avoir pris en compte le fait que le signalement d’un crime n’implique pas de porter des accusations ou de tirer des conclusions juridiques. Il s’agit seulement de partager des perceptions sensorielles concernant des preuves observées ou entendues, qui peuvent être utilisées en relation avec d’autres preuves pour reconstituer une scène de crime potentielle.

La surveillance de quartier n’est possible que si les voisins surveillent, mais ils doivent aussi écouter. L’intervention des passants permet d’interrompre la criminalité et, dans certains cas, de sauver des vies.

Références

[i] Mead, Camilla Gleeson, et Sally F. Kelty. 2021. « Violence next Door : The Influence of Friendship with Perpetrators on Responses to Intimate Partner Violence ». Journal of Interpersonal Violence 36 (7-8) : NP3695-NP3715. doi:10.1177/0886260518779598.