Points clés
- Le travail de la police change les agents et leurs familles ; il ne doit pas leur porter préjudice.
- Les carrières policières à long terme semblent suivre une courbe en U, la satisfaction diminuant puis augmentant progressivement.
- Des études portant sur divers emplois, dont celui de policier, montrent un déclin plus précoce que prévu des capacités mentales.
- Le travail de la police n’est plus une profession de cols bleus. Il est plus mental que physique et exige des capacités de traitement mental et d’analyse.

L’un des grands plaisirs d’une longue carrière en tant que psychologue de la police est d’observer les officiers qui, de jeunes recrues enthousiastes aux yeux écarquillés, deviennent une version plus stable d’eux-mêmes. Du recrutement à la retraite, le travail de la police change les gens et affecte leur famille.
Un peu d’histoire :
Des chercheurs du Boston College’s Center for Retirement Research ont étudié une grande variété d’emplois et ont conclu que les capacités des travailleurs exerçant des professions exigeant une vitesse de traitement mental et/ou des capacités d’analyse importantes étaient susceptibles de connaître un déclin notable de leurs capacités plus tôt qu’on ne l’imaginait. C’est-à-dire vous, Monsieur l’agent. Oubliez les stéréotypes. La police n’est plus un travail d’ouvrier, qui dépend davantage de prouesses physiques que mentales.
Le mois de mai étant le mois de la sensibilisation à la santé mentale et le mois des personnes âgées américaines, il semble opportun de revenir sur la trajectoire émotionnelle de la carrière d’un policier. Ce qui suit est une carte construite à partir des observations de nombreux policiers et psychologues. Il ne s’agit pas d’un calendrier. Les expériences individuelles seront influencées par divers éléments imprévus, dont la chance n’est pas le moindre.
Étape 1 : La phase de candidature
Postuler à un emploi dans la police est une tâche ardue qui prend du temps. Lorsque les candidats parviennent à remplir toutes les conditions requises, ils se sentent comme des membres élus d’un club d’élite. S’ils n’étaient qu’intéressés par le poste auparavant, ils en sont désormais amoureux.
Étape 2 : L’Académie
Une période de grande exaltation, de grand stress et de changement accéléré. Les recrues sont constamment surveillées et évaluées sur tous les aspects de leurs performances.
Étape 3 : Formation sur le terrain et mise à l’épreuve
La surveillance constante se poursuit. La compétence et l’intégration sont des défis majeurs. La police n’est plus seulement un travail, elle devient rapidement une identité. Pour certains, c’est la première fois qu’ils sont confrontés à des gens et à un aspect de la vie dont ils ne soupçonnaient pas l’existence. Si ce n’est pas déjà le cas, les familles peuvent commencer à avoir l’impression de jouer les seconds rôles.
Étape 4 : La phase de lune de miel
Les quelque cinq années qui suivent la mise à l’épreuve peuvent être une période d’ivresse totale, de nouveauté et de changement continu. Les agents peuvent croire qu’ils pourraient faire ce travail pour toujours. Certains peuvent être pris dans un cycle d’hypervigilance, exaltés au travail, s’ennuyant à la maison. Les familles peuvent remarquer que leur proche devient cynique et se comporte comme un flic 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.
Étape 5 : Les premières années du collège
Entre la cinquième et la dixième année, les agents commencent à se stabiliser. Ils ont probablement la trentaine, des enfants en bas âge et un emprunt immobilier. Leur confiance est grande, mais la nouveauté du travail s’est estompée et la courbe d’apprentissage s’est aplatie.
L’idéalisme de la jeunesse est tempéré par la réalité et un sens croissant de ses propres limites. Une plus grande attention est accordée aux aspects ennuyeux et frustrants du travail de la police : la politique de rédaction des rapports, les failles du système judiciaire et les médias. Les policiers qui avaient autrefois un éventail d’intérêts et d’activités au-delà de l’application de la loi peuvent être surinvestis dans leur rôle de policier. Certains peuvent avoir accumulé une quantité importante de stress lié au travail et avoir été exposés à des traumatismes. Les besoins personnels, tels que les affectations, les augmentations de salaire et les prestations de retraite, sont plus importants que jamais.
Étape 6 : La fin de la période intermédiaire
Entre 10 et 20 ans de travail, c’est une période de désillusion croissante. Les escrocs semblent avoir l’avantage. Ni la communauté ni la hiérarchie ne semblent comprendre ou apprécier ce que vivent les flics. La personne qui se voit dans le miroir peut désormais porter des lunettes et avoir des cheveux gris. Le stress chronique, le manque de sommeil, les blessures liées au travail et les traumatismes ont fait des ravages. La rémunération et la sécurité de l’emploi, qui constituaient autrefois un attrait, peuvent aujourd’hui ressembler à un piège.
Étape 7 : Vers la retraite
Les officiers en fin de carrière n’ont plus grand-chose à perdre. Nombre d’entre eux ont atteint leur plus haut niveau de promotion. Ils sont à la croisée des chemins. Les policiers peuvent devenir amers ou chercher des occasions de renouer avec ce qu’ils trouvaient autrefois gratifiant dans leur travail : s’amuser, aider les gens et travailler au sein d’une équipe. Pour certains, il s’agit d’une période de faible stress. Pour d’autres, la perspective de la retraite fait grimper leur anxiété en flèche.
Étape 8 : La retraite
La plupart des officiers profitent de leur retraite et vivent longtemps et en bonne santé. Leur temps leur appartient. Ils n’ont plus besoin d’être parfaits. Ils ont plus de temps à consacrer à leur famille et peuvent renouer avec des parties d’eux-mêmes qui ont été écrasées par le travail. Les rêves différés deviennent réalité.
Le défi consiste à remplacer la camaraderie de la famille policière. Certains sont heureux d’être libérés de la misère qu’ils ont connue ; d’autres déplorent la perte de pouvoir et d’influence. Le moment est venu de réévaluer les objectifs et les réalisations antérieurs et d’être fiers de leurs services passés. Il est temps pour les familles de se réajuster et de réparer les relations effilochées. Pour ceux qui prennent leur retraite prématurément dans des circonstances imprévues, avec des antécédents de mauvaise adaptation ou un sac à dos rempli de traumatismes non traités, le chemin peut être semé d’embûches et une aide professionnelle peut s’avérer nécessaire.
Quelle est la prochaine étape ? Dans la deuxième partie, j’expliquerai comment vous et votre famille pouvez gérer ces transitions psychologiques et émotionnelles afin de retourner à la vie civile, changé mais intact.
Références
Belbase, A., Sanzenbacher, G., et Gillis, C. M. (Sept. 2015) Does Age-Related Decline in Ability Correspond with Retirement Age ? Consulté sur https://crr.bc.edu/working-papers/does-age-related-decline-in-ability-correspond-with-retirement-age/.
Brooks, A. C. (juillet 2019) Your Professional Decline is Coming (Much) Sooner than you think. The Atlantic, récupéré sur https://www.theatlantic.com/magazine/archive/2019/07/work-peak-professional-decline/590650/.

