Les amours attirent, mais durent-elles ? Le rôle de la maîtrise de soi

La similitude des valeurs, des origines et des objectifs de vie des partenaires favorise l’attirance et le succès de la relation. Bien que les « oiseaux d’une même plume » puissent s’unir, ces oiseaux au plumage similaire ont-ils toujours les meilleures relations au cours du long vol qui les attend ? Des recherches récentes sur la maîtrise de soi suggèrent que la réponse est à la fois oui et non.

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La maîtrise de soi fait référence au processus délibéré de suppression de ses impulsions et de modification de son comportement, en particulier en accord avec les valeurs et les attentes sociales. Par exemple, il faut de la maîtrise de soi pour ne pas crier après quelqu’un qui coupe la file d’attente ; il faut de la maîtrise de soi pour qu’une personne au régime refuse une deuxième part de gâteau. La maîtrise de soi est importante parce qu’elle nous empêche d’agir en fonction d’impulsions non désirées ou indésirables afin d’atteindre un autre objectif (par exemple, maintenir l’harmonie sociale ou perdre du poids). La capacité à exercer la maîtrise de soi peut dépendre de circonstances temporaires, comme le degré de maîtrise de soi que l’on a exercérécemment1,2; cependant, certaines personnes sont naturellement plus aptes à réguler leurs émotions et leurs comportements en général, ce qui signifie qu’elles ont une maîtrise de soi dispositionnelle (« trait ») élevée.

La valeur de la maîtrise de soi

Il est bon d’avoir un contrôle de soi adéquat, car cela nous aide à atteindre nos objectifs personnels, à persévérer dans des tâches difficiles, à éviter les dommages et à fonctionner comme des êtres socialement compétents (par exemple, en suivant les normes de comportement public). Compte tenu des effets positifs de la maîtrise de soi sur la réussite individuelle et le fonctionnement interpersonnel engénéral3, des recherches récentes ont commencé à examiner le fonctionnement de la maîtrise de soi dans les relations amoureuses. La maîtrise de soi semble également bénéfique dans ce domaine : par exemple, une grande maîtrise de soi sous-tend la capacité d’une personne à tenir ses promesses, un comportement qui peut favoriser la confiance entre les partenaires.4 Une grande maîtrise de soi dans les relations semble décourager les problèmes interpersonnels, tels que l’attention portée à d’autres partenaires, qui peut conduire à une moindre satisfaction relationnelle et à des aventures extraconjugales.5 Peut-être que si des personnes comme Tiger Woods et Bill Clinton avaient eu une plus grande maîtrise de soi, elles seraient restées fidèles dans leurs relations – et auraient évité un embarras public important.

Si la maîtrise de soi semble favoriser des relations de qualité, il reste à savoir comment les capacités de maîtrise de soi des deux partenaires interagissent ensemble. En d’autres termes, faut-il rechercher un partenaire qui possède un niveau de maîtrise de soi similaire au sien, conformément à la mentalité conventionnelle selon laquelle « les goûts s’attirent » ? Ou bien l’adéquation dans ce domaine particulier est-elle surestimée ?

Il faut être deux pour danser le tango

Selon les conclusions de Vohs et de sescollègues6, la similarité de contrôle de soi entre les partenaires n’est pas nécessairement la clé du succès d’une relation ; en fait, dans certaines circonstances, elle peut être préjudiciable. Dans cette étude, des partenaires hétérosexuels en couple ou jeunes mariés ont rempli indépendamment des questionnaires évaluant leur maîtrise de soi, leur satisfaction relationnelle, leurs comportements relationnels (par exemple, le pardon, la fréquence des conflits) et la perception qu’ils ont de leur partenaire (par exemple, la mesure dans laquelle ils sont perçus comme sensibles et attentifs à leurs besoins). Les auteurs ont constaté que la capacité combinée d’autocontrôle des partenaires a un effet additif sur les résultats de la relation, c’est-à-dire que la somme des capacités d’autocontrôle des partenaires, plutôt que leur similarité sur cette dimension, prédit le mieux la qualité de la relation.

…la capacité d’autorégulation d’un partenaire peut servir de tampon contre les tendances négatives (par exemple, l’impulsivité, la mauvaise gestion des émotions) que les individus moins compétents en matière de maîtrise de soi risquent d’éprouver…

Compte tenu de cet effet additif, la similarité du contrôle de soi était bénéfique lorsque les deux membres du couple obtenaient un score élevé: ces partenariats se caractérisaient par une grande satisfaction relationnelle, un attachement sûr, des interactions quotidiennes harmonieuses, des styles d’amour engagés, plus de pardon, moins de conflits et moins de sentiments de rejet. Ces résultats positifs sont probablement liés au fait d’être plus conciliant et de démontrer des styles d’interaction plus positifs face au stress de la relation.6,7

Les auteurs reconnaissent que de légères différences dans la maîtrise de soi des partenaires peuvent quand même produire les avantages observés dans les couples à maîtrise élevée, à condition que la maîtrise de soi globale dans la relation reste relativement élevée (par exemple, un partenaire ayant une maîtrise de soi extrêmement élevée et l’autre dans la moyenne). Cette mise en garde affaiblit le pouvoir de la similarité dans la prédiction de relations heureuses, car la capacité d’un partenaire à s’autoréguler peut servir de tampon contre les tendances négatives (par exemple, l’impulsivité, la mauvaise gestion des émotions) que les individus moins compétents en matière de maîtrise de soi ont tendance à risquer d’expérimenter. En accord avec les conclusions d’un article précédent sur les styles d’attachement des partenaires, cette recherche sur la maîtrise de soi suggère que l’interaction des traits de caractère des partenaires peut être plus prédictive du fonctionnement de leur relation que les caractéristiques de chaque personne prise individuellement.

Étant donné que « plus il y en a, mieux c’est » en matière de maîtrise de soi dans les relations, il n’est pas surprenant que les relations dans lesquelles les deux partenaires ont une faible maîtrise de soi soient les moins bonnes de toutes, malgré le fait que les partenaires soient similaires dans ce domaine. Les résultats médiocres des relations pour les partenaires ayant une faible maîtrise de soi combinée remettent encore plus en question l’hypothèse selon laquelle des individus semblables en tous points connaîtront les relations les plus optimales.

D’une manière générale, cette recherche suggère que la similarité avec son partenaire n’est constructive pour les relations qu’en ce qui concerne les traits positifs, tels qu’une grande maîtrise de soi. Pour les caractéristiques associées à une diminution de la qualité de la relation, comme une faible maîtrise de soi, la similarité peut amplifier les aspects négatifs de ces caractéristiques et, en fin de compte, rendre les relations difficiles.

1Baumeister, R. F. et Alquist, J. L. (2009). Self-regulation as a limited resource : Strength model of control and depletion. In J. P. Forgas, R. F. Baumeister, D. M. Tice (Eds.), Psychology of self-regulation : Cognitive, affective, and motivational processes (pp. 21-33). New York, NY US : Psychology Press.

2Muraven, M. et Baumeister, R. F. (2000). Self-regulation and depletion of limited resources : Psychological Bulletin, 2, 247-259. doi:10.1037/0033-2909.126.2.247

3Tangney, J. P., Baumeister, R. F. et Boone, A. (2004). High self-control predicts good adjustment, less pathology, better grades, and interpersonal success. Journal of Personality, 2, 271-322. doi:10.1111/j.0022-3506.2004.00263.

4Peetz, J., & Kammrath, L. (2011). Only because I love you : Why people make and why they break promises in romantic relationships. Journal of Personality and Social Psychology, 5, 887-904. doi:10.1037/a0021857

5Miller, R.S. (1997). Inattentive and contented : Relationship commitment and attention to alternatives « , Journal of Personality and Social Psychology, 73, 758-766.

6Vohs, K. D., Finkenauer, C. et Baumeister, R. F. (2011). La somme des scores d’autocontrôle des amis et des amants prédit la qualité de la relation. Social Psychological and Personality Science, 2, 138-145. doi:10.1177/1948550610385710

7Finkel, E. J. et Campbell, W. (2001). Self-control and accommodation in close relationships : An interdependence analysis. Journal of Personality and Social Psychology, 2, 263-277. doi:10.1037/0022-3514.81.2.263

Jana Rosewarne Articles

Les recherches de Jana portent sur les relations étroites et les émotions positives. Elle s’intéresse particulièrement à l’impact des variables individuelles et du comportement interpersonnel sur le bien-être personnel et le fonctionnement optimal des relations.

Gary Lewandowski – Articles | Site web/CV

Les recherches du Dr Lewandowski portent sur le rôle du moi dans les relations amoureuses et plus particulièrement sur l’expansion de soi. Il est l’auteur de dizaines de publications destinées à des publics universitaires et non universitaires et est membre du comité de rédaction du Journal of Social and Personal Relationships.

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