Points clés
- Aux États-Unis, il y a eu 68 630 décès par overdose liés aux opioïdes en 2020 et 48 000 décès par suicide en 2021.
- Le taux de décès par suicide chez les consommateurs d’opioïdes est estimé entre 10 et 30 %. Le nombre de tentatives de suicide est plus élevé.
- Les facteurs de risque partagés et l’accès limité au traitement peuvent expliquer le suicide chez les consommateurs d’opioïdes.
En 2021, le taux de suicide aux États-Unis est revenu à son niveau record de 2018(Centers for Disease Control and Prevention, 2023). Aux États-Unis, il y a eu 48 000 décès par suicide en 2021.
Les taux de décès par surdose d’opioïdes ont atteint des niveaux sans précédent depuis le début de la pandémie de COVID-19. En 2020, les États-Unis ont enregistré 68 630 décès par overdose liés aux opioïdes, soit près de 75 % de l’ensemble des décès par overdose(Centers for Disease Control and Prevention, 2023).
Étudier et traiter le lien entre ces crises est un domaine prioritaire clé pour la recherche, la politique et la prestation de services afin de réduire le risque de suicide chez les consommateurs d’opioïdes(Bohnert & Ilgen, 2019; Oquendo & Volkow, 2018).
Comment expliquer la relation entre le comportement suicidaire et la consommation d’opioïdes ?
Jusqu’à 50 % des consommateurs d’héroïne et 15 % des consommateurs d’opioïdes sur ordonnance tentent de se suicider. Les taux de décès par suicide chez les consommateurs d’opioïdes sont plus faibles, bien que toujours élevés, de 10 à 30 %(Darke, Farrell et Lappin, 2023). Ce taux de suicide est plus élevé que le taux de suicide dans la population générale et comparable aux taux de suicide chez les personnes souffrant de troubles psychiatriques qui présentent le risque de suicide le plus élevé. Inversement, dans une étude récente sur les décès par suicide dans le Maryland, l’utilisation d’opioïdes a été impliquée dans 12 % des suicides. Il existe un certain nombre d’explications à la cooccurrence du suicide et de la consommation d’opioïdes. Elles comprennent les éléments suivants :
- Les caractéristiques psychosociales des personnes qui consomment des opioïdes et de celles qui sont exposées au risque de suicide se recoupent. Les caractéristiques communes à ces populations comprennent : une mauvaise santé psychosociale, y compris des troubles psychiatriques et médicaux, des taux relativement élevés (par rapport à la population générale) de consommation d’autres substances, la douleur, les idées de suicide, l’isolement, la solitude et le désespoir. Fait important pour les efforts de prévention du suicide chez les consommateurs d’opioïdes, l’utilisation d’opioïdes peut instancier un risque de comportement suicidaire au-delà de celui conféré par les facteurs de risque partagés pour les deux résultats (Chesin et al., 2019). Dans les 24 heures qui suivent une consommation abusive d’opioïdes, le risque de tentative de suicide fait plus que doubler(Bagge & Borges, 2017). Dans l’ensemble, il existe une association claire entre la consommation d’opioïdes et la vulnérabilité aiguë et à plus long terme au suicide.
- Les difficultés à trouver un traitement et à s’y engager sont également courantes chez les personnes ayant un comportement suicidaire et/ou consommant des opioïdes et contribuent au risque (Kline et al., 2023). De nombreuses personnes ayant fait une tentative de suicide qui se présentent et reçoivent un traitement dans un établissement de soins aigus ne s’engagent pas dans un traitement ambulatoire après leur sortie(Lizardi & Stanley, 2010). Les patients souffrant de troubles liés à l’utilisation d’opioïdes qui sortent d’un traitement en milieu hospitalier sont également peu susceptibles de s’engager dans des soins continus avec de mauvais résultats(Naeger et al., 2016). Du côté de l’offre, l’accès aux médicaments pour traiter les troubles liés à la consommation d’opioïdes ou aux services spécialisés pour réduire ou arrêter la consommation d’opioïdes est souvent limité(Presnall et al., 2022). Les prestataires ayant une formation spécialisée, une accréditation et une aisance dans le traitement des patients suicidaires sont également rares.
- Les facteurs de risque environnementaux communs au suicide et à la consommation d’opiacés comprennent l’accès à des moyens létaux, par exemple des opiacés prescrits ou illicites.
Ce chevauchement suggère que la prévention du suicide chez les consommateurs d’opioïdes pourrait être renforcée en ciblant les facteurs de risque partagés et l’engagement dans le traitement, ainsi qu’en augmentant la formation clinique sur les traitements spécialisés pour prévenir le suicide et la consommation d’opioïdes.
Qu’est-ce qui limite notre compréhension et donc notre capacité à prévenir le suicide chez les consommateurs d’opioïdes ?
- Des erreurs de classification des décès et des comportements d’automutilation se produisent. Les décès par surdose d’opioïdes non intentionnels, par exemple, sont difficiles à distinguer des décès par suicide impliquant des opioïdes, car l’intention comportementale peut être ambiguë ou inconnue.
- La compréhension de la consommation de substances psychoactives chez les personnes ayant fait une tentative de suicide est incomplète en raison de l’insuffisance de la collecte de données et de la déclaration de la consommation de substances psychoactives chez les personnes ayant survécu à une tentative de suicide. Ces limitations empêchent de comprendre l’ampleur des comportements suicidaires liés aux opiacés.
- La plupart des recherches actuelles sur le suicide et la consommation d’opioïdes sont transversales, c’est-à-dire que les données des sujets d’étude sont collectées à un moment donné. Cela empêche de comprendre les relations temporelles entre la consommation d’opioïdes et le comportement suicidaire, ainsi que la manière et le moment où les facteurs associés à ces résultats (par exemple, la solitude, le désespoir et les troubles psychiatriques) contribuent au risque.
- Il se peut que seule une consommation d’opioïdes plus importante (en termes de fréquence ou de quantité) ou une mauvaise utilisation des opioïdes (par exemple, la consommation d’héroïne ou l’utilisation illicite d’un opioïde prescrit) soit solidement liée au comportement suicidaire. Le manque de cohérence des définitions et de spécificité de la consommation d’opioïdes nuit à la compréhension du lien entre la gravité de la consommation d’opioïdes et le comportement suicidaire et, en fin de compte, à la compréhension de qui, parmi les consommateurs d’opioïdes, est le plus exposé au risque de suicide.
Que peut-on faire pour prévenir le suicide chez les consommateurs d’opioïdes ?
- Restriction des moyens létaux. Dans le cadre de la prévention du suicide, la restriction des moyens létaux, c’est-à-dire la suppression ou la restriction des moyens de mourir par suicide, s’effectue au niveau individuel et constitue une stratégie efficace de prévention du suicide(Zalsman et al., 2016). Au niveau macroéconomique, les données montrent des liens positifs entre les prescriptions d’opioïdes par habitant et les décès par suicide(Olfson et al., 2023 ).
- Un meilleur dépistage des risques et une plus grande disponibilité de traitements spécialisés ciblant à la fois la consommation d’opioïdes et le risque de suicide. Les taux relativement élevés de comportement suicidaire chez les personnes qui consomment des opioïdes indiquent qu’il est nécessaire de dépister les pensées et les comportements suicidaires chez les personnes qui présentent une consommation actuelle ou passée d’opioïdes. Bien qu’il soit nécessaire de former le personnel clinique au traitement efficace de la consommation d’opioïdes et des comportements suicidaires, il existe entre-temps des ressources accessibles au public, telles que le TIP 50 de la SAMHSA : Addressing Suicidal Thoughts and Behaviors in Substance Abuse Treatment (Traitement des pensées et des comportements suicidaires dans le cadre du traitement de la toxicomanie).
- Plus de recherche. L’étude des personnes susceptibles d’être vulnérables à la consommation d’opioïdes et aux comportements suicidaires au fil du temps permettrait de mieux comprendre comment prévenir efficacement la consommation d’opioïdes et les comportements suicidaires. Il existe des raisons pratiques pour lesquelles une telle étude est difficile à réaliser, par exemple la disponibilité, ou le manque de disponibilité, des sujets d’étude au fil du temps. Mais en fin de compte, une meilleure compréhension des facteurs de risque et des facteurs environnementaux qui contribuent au risque permettra d’atténuer les crises actuelles du suicide et des opioïdes, qui sont responsables de plus de 116 000 décès par an aux États-Unis.
Références
Chesin, M., Interian, A., Kline, A….Stanley, B. (2019). Le mésusage d’opioïdes au cours de l’année écoulée et la tentative de suicide sont positivement associés chez les anciens combattants à haut risque de suicide qui endossent l’utilisation de substances au cours de l’année écoulée. Addictive Behaviors, 99, 106064. https://doi.org/10.1016/j.addbeh.2019.106064
Kline, A., Williams, J. M., Steinberg, M. L., Mattern, D., Chesin, M., Borys, S. et Chaguturu, V. (2023). Prédicteurs de la surdose d’opioïdes pendant la pandémie COVID-19 : Le rôle de la rechute, de l’accès au traitement et de la buprénorphine/naloxone non prescrite. Journal of Substance Use and Addiction Treatment, 149, 209028. https://doi.org/10.1016/j.josat.2023.209028