10 causes de l’échec de la prise de décision en matière d’addiction

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THE BASICS

Les schémas comportementaux addictifs peuvent être considérés comme des symptômes de processus décisionnels qui ne prennent pas en compte les conséquences à long terme des actions (Verdejo-Garcia, et al., 2018). Ces erreurs de raisonnement peuvent entraver les tentatives de maintien de l’abstinence. Nous décrivons ci-après plusieurs composantes de la prise de décision qui sont compromises dans le contexte de l’addiction.

1. Très sensible à la récompense. La sensibilité à la récompense est un trait de personnalité qui accroît la vulnérabilité d’une personne à la dépendance. La sensibilité à la récompense se définit comme une tendance à rechercher des expériences excitantes, agréables et nouvelles. Comme tout trait de personnalité, elle est déterminée à plus de 50 % par l’hérédité. Les personnes qui recherchent des expériences riches en sensations sont plus vulnérables à l’abus de substances (Shulman et al., 2016). Par exemple, les personnes qui recherchent beaucoup de sensations ont tendance à percevoir plus d’avantages et moins de risques dans la consommation d’alcool que les personnes qui recherchent peu de sensations.

2. L’addiction en tant que trouble de la maîtrise de soi. La maîtrise de soi peut être définie comme le fait de choisir en fonction d’objectifs à long terme plutôt que d’objectifs immédiats. Dans la plupart des cas, les comportements impulsifs vont à l’encontre des objectifs importants de l’individu. La recherche montre que l’impulsivité est plus élevée chez les personnes souffrant de troubles liés à l’utilisation de substances que chez celles qui n’en souffrent pas (Bickel, et al., 2014). Les toxicomanes n’évaluent pas correctement les récompenses lointaines et finissent souvent par agir contre leur propre intérêt. Les toxicomanes et les boulimiques veulent mettre fin à leur comportement à un moment donné, mais pas aujourd’hui. Il est toujours préférable de reporter les efforts aversifs.

3. Perte de volonté. La volonté fait référence à l’effort de contrôle exercé dans le but de maîtriser notre comportement impulsif (Baumeister & Stillman, 2007). Lorsque les ressources sont épuisées, les gens ont tendance à faire de mauvais choix et sont plus susceptibles d’être influencés par des désirs, des pulsions et des envies, même s’ils peuvent le regretter par la suite. Un certain nombre de facteurs situationnels peuvent altérer temporairement la volonté et conduire à des réactions impulsives (par exemple, faire une série de choix impliquant des conflits, du stress, un manque de sommeil et de l’alcool).

4. Capacité de la mémoire de travail (CMT). La mémoire de travail est la capacité à conserver des informations à l’esprit. La mémoire de travail et l’attention sont des concepts étroitement liés. L’attention est la capacité à sélectionner et à se concentrer sur des informations pertinentes dans l’environnement, tout en ignorant d’autres informations de moindre importance liées à la tâche (par exemple, des courriels ou des messages textuels non pertinents). Les personnes ayant un faible niveau de mémoire de travail ont une capacité limitée à inhiber les réponses impulsives (Hofmann & Nordgren, 2015). La mémoire de travail peut être temporairement altérée par l’anxiété ou le stress, l’état de manque et les intoxications alcooliques. Cela signifie que les exigences imposées à la CMT dépassent ses ressources limitées. Cette altération rend la personne moins apte à contrôler ses impulsions.

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5. Indices situationnels. Les tentations sont déclenchées par des indices situationnels (stimuli), par le biais du conditionnement pavlovien, qui promettent une satisfaction immédiate au prix d’importantes récompenses à long terme (Ainslie, 2001). Par exemple, la vue et l’odeur de la vodka augmentent le désir de boire. La présence d’un état de manque modifie la préférence de l’individu pour la boisson, annulant une résolution antérieure d’éviter l’alcool. Il existe également de nombreuses circonstances, telles que des sentiments forts (par exemple, la colère ou l’anxiété), dans lesquelles les gens ressentent une déconnexion entre ce qu’ils désirent sur le moment et ce qui est le mieux pour leur intérêt personnel à long terme.

6. Stress et fuite de l’égocentrisme. Il existe de nombreuses preuves que de nombreux toxicomanes consomment des drogues pour faire face à des expériences stressantes ou traumatisantes (Khantzian, 2012). La consommation de drogues leur offre une échappatoire euphorique à la réalité. La détresse émotionnelle entraîne un changement de comportement vers des améliorations immédiates de l’humeur, ce qui amène les gens à prendre de mauvaises décisions. Ainsi, le comportement impulsif s’apparente à l’achat d’une réduction à court terme de l’affect négatif au prix du maintien à long terme de l’effet négatif.

7. La pensée du tout ou rien. Il s’agit d’un cas où des défaillances mineures font boule de neige et entraînent un effondrement de la maîtrise de soi (Marlatt & Donovan, 2005). Par exemple, une personne qui s’est abstenue avec succès de boire de l’alcool peut, après avoir bu une bière, s’adonner à une consommation excessive d’alcool, pensant que puisqu’elle est « tombée dans les pommes », elle peut tout aussi bien boire une caisse entière de bière. Les AA appellent ce raisonnement biaisé « Un verre égale une ivresse ». La rechute crée souvent un sentiment de culpabilité et une perte de maîtrise de soi.

8. Biais de projection. Le biais de projection est un biais cognitif dans lequel nous projetons faussement nos préférences actuelles sur nos préférences futures (Loewenstein, 2005). Lorsque nous sommes dans un état d’esprit neutre, nous avons tendance à sous-estimer le pouvoir de l’envie ou de la faim sur notre comportement. Ce biais prédit que les gens auront tendance à se sentir plus confiants dans leur capacité à faire face à la tentation lorsqu’ils sont dans un état neutre et qu’ils se surexposent à des situations tentantes.

9. Le déni. Les toxicomanes sont notoirement enclins au déni. Le déni explique pourquoi la consommation de drogues persiste face aux conséquences négatives (Pickard, 2016). Le déni est essentiellement un mécanisme de défense. En d’autres termes, les personnes souffrant de troubles liés aux substances utilisent le déni afin d’empêcher les émotions menaçantes de pénétrer dans notre pensée consciente. Il existe également des preuves suggérant que les toxicomanes ne connaissent pas les conséquences négatives non pas par déni, mais en raison d’une altération de la perspicacité et de la conscience de soi (Naqvi et al., 2007). La toxicomanie chronique est associée à une altération de la conscience de soi (dysfonctionnement du cortex insulaire), qui se manifeste par un déni de la gravité de la dépendance et de la nécessité d’un traitement (Bechara & Damasio, 2005).

10. Effets à long terme de la consommation de drogues. Les troubles de la prise de décision peuvent également être la conséquence de troubles liés à l’utilisation de substances, créant ainsi un piège de la dépendance. La consommation répétée de stimulants sensibilise certains aspects du système de récompense, de sorte qu’une petite quantité de drogue ou même un indice environnemental précédemment associé à la drogue peut déclencher la consommation de drogue. Il en résulte une dépendance sans joie (Kringelbac & Berridge, 2010). Cela explique pourquoi les toxicomanes disent souvent qu’ils continuent à consommer des drogues même s’ils n’en retirent plus aucun plaisir. Par exemple, certains fumeurs de cigarettes expriment une haine profonde de la cigarette, mais ils continuent à fumer régulièrement. Une rupture de l’équilibre entre le plaisir (liking) et le désir (wanting) peut conduire à de mauvaises décisions (ou à des choix qui ne sont pas appréciés).

La nature de la toxicomanie est souvent débattue : il s’agit soit d’un choix, soit d’une maladie. L’accumulation des preuves montre que si l’expérimentation initiale de la drogue est en grande partie un choix, la consommation continue de drogue altère la capacité de prise de décision. Il apparaît également qu’une mauvaise prise de décision est un facteur prédisposant qui contribue au passage d’une consommation occasionnelle de drogue à un abus compulsif.

Références

Ainslie, G. (2001). Breakdown of Will. Cambridge University Press.

Baumeister, Roy et Tyler Stillman (2007). « Self-Regulation and Close Relationships » In Joanna Wood, Abraham Tesser, and John Holmes (Eds.), The Self and Social Relationships, Philadelphia, PA : Psychology Press.

Bechara, A. ; Damasio, A.R. (2005). L’hypothèse du marqueur somatique : Une théorie neuronale de la décision économique. Games and Economic Behavior. 52, 336-372.

Bickel, W. K., Johnson, M. W., Koffarnus, M. N., MacKillop, J. et Murphy, J. G. (2014). L’économie comportementale des troubles liés à l’utilisation de substances : Reinforcement pathologies and their repair. Annual Review of Clinical Psychology, 10, 641-677.

Dawe S, Gullo MJ, Loxton NJ. 2004. Reward drive and rash impulsiveness as dimensions of impulsivity : implications for substance misuse. Addict. Behav.29:1389-405.

Hofmann, W., et Nordgren L.F. (2015), The Psychology of Desire. Guilford Press.

Khantzian, E. J. (2012). Réflexions sur le traitement des troubles addictifs : une perspective psychodynamique. The American Journal of Addictions, 21, 274-279.

Kringelbach I Morten, et Berridge C Kent (2010), Pleasures of the Brain. Oxford University Press.

Loewenstein, G. (2005). Hot-cold empathy gaps and medical decision-making. Health Psychology, 24(Suppl. 4), S49-S56.

Marlatt, GA, Donovan, DM (Eds.), 2005. Relapse Prevention : Maintenance Strategies in the treatment of Addictive Behaviors, deuxième édition. Guilford Press, New York, NY.

Naqvi, Nasir H., David Rudrauf, Hanna Damasio et Antoine Bechara (2007). Damage to the Insula Disrupts Addiction to Cigarette Smoking. Science 315 : 531-534.

Shulman, E.P., A.R. Smith, K. Silva, G. Icenogle, N. Duell, J. Chein, L. Steinberg The dual systems model : review, reappraisal : and reaffirmation, Dev. Cogn. Neurosci. 17 (2015), pp. 103-177.

Pickard Hanna (2016). Denial in Addiction (Le déni dans l’addiction). Mind and Language, Vol 31 (3) : 277-299.

Verdejo-Garcia, A., et al, 2018, Stages of dysfunctional decision-making in addiction. Pharmacology Biochemistry & Behavior, Vol 164 : 99-105.