Le 22 août 1962 reste gravé dans l’histoire de France comme l’une des journées les plus dramatiques de la Ve République. Alors que le président Charles de Gaulle se rend à l’aéroport de Villacoublay, son cortège présidentiel est pris pour cible dans ce qui deviendra l’attentat du Petit-Clamart. Douze hommes armés jusqu’aux dents ouvrent le feu, déversant pas moins de 150 balles sur le véhicule du chef de l’État. Le miracle veut que ni le président, ni son épouse Yvonne, ni les occupants de la voiture ne soient touchés.
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Cet événement marque l’apogée de la violence politique en France métropolitaine durant la guerre d’Algérie. L’Organisation de l’Armée Secrète (OAS), farouchement opposée à l’indépendance algérienne que de Gaulle vient de reconnaître, passe à l’action directe. Mais comment ce coup de force a-t-il pu être organisé ? Pourquoi a-t-il échoué ? Et quelles conséquences a-t-il eues sur le cours de l’histoire française ?
À travers cet article exhaustif, nous vous proposons de plonger au cœur de cette journée historique, d’analyser les tenants et aboutissants de cette tentative d’assassinat, et de comprendre comment elle a failli bouleverser le destin de la France.
Contexte historique : La France au bord du gouffre
Pour comprendre l’attentat du Petit-Clamart, il faut remonter aux origines de la crise algérienne. Le 18 mars 1962, les accords d’Évian mettent officiellement fin à huit années de guerre en Algérie et prévoient l’indépendance du territoire. Cette décision, prise par le général de Gaulle, provoque la fureur des partisans de l’Algérie française, qui voient dans cette indépendance une trahison et un abandon.
L’émergence de l’OAS
L’Organisation de l’Armée Secrète naît de cette colère. Fondée en 1961, elle rassemble d’anciens militaires, des pieds-noirs et des activistes déterminés à maintenir l’Algérie française par tous les moyens. Ses méthodes : la terreur, les attentats et maintenant l’assassinat politique. Leur cible principale : Charles de Gaulle, considéré comme le « traître » suprême.
L’OAS avait déjà multiplié les tentatives contre le président :
- L’attentat de Pont-sur-Seine en septembre 1961
- Plusieurs projets d’attentats à l’explosif
- Des tentatives d’infiltration dans l’entourage présidentiel
Mais l’attentat du Petit-Clamart représente leur opération la plus ambitieuse, la plus organisée, et la plus proche de réussir.
La préparation méticuleuse de l’attentat
L’opération montée par l’OAS est le fruit de plusieurs semaines de préparation minutieuse. Le lieutenant-colonel Jean-Marie Bastien-Thiry, ingénieur militaire de 35 ans, en est le cerveau. Cet officier brillant mais radicalisé coordonne l’ensemble des préparatifs avec une précision militaire.
La reconnaissance du terrain
Pendant plusieurs jours, les conjurés étudient les habitudes de déplacement du président. Ils identifient le trajet régulier entre l’Élysée et la base aérienne de Villacoublay, où de Gaulle prend souvent l’hélicoptère pour se rendre à Colombey-les-Deux-Églises. Le rond-point du Petit-Clamart, avec ses multiples voies et sa configuration favorable à une embuscade, est choisi comme lieu idéal.
Les préparatifs incluent :
- L’acquisition d’armes automatiques et de munitions
- La location de véhicules pour le jour J
- La mise en place de postes de tir stratégiques
- L’établissement de plans de repli et de fuite
Bastien-Thiry recrute douze hommes déterminés, tous membres actifs de l’OAS, prêts à mourir pour leur cause. Le plan est simple : bloquer le cortège présidentiel et ouvrir un feu nourri sur la DS noire du président.
Le jour J : 22 août 1962, minute par minute
Ce mercredi 22 août 1962 commence comme un jour ordinaire à l’Élysée. Le président de Gaulle et son épouse Yvonne doivent se rendre à Villacoublay pour rejoindre en hélicoptère leur résidence de Colombey. Le cortège quitte le palais présidentiel vers 19h30, composé de deux voitures : la DS présidentielle et une voiture de protection.
L’embuscade se met en place
Pendant ce temps, à Petit-Clamart, les douze hommes de l’OAS prennent position. Ils sont répartis en trois groupes :
- Un premier groupe chargé de bloquer la route
- Un deuxième groupe de tireurs positionnés sur le côté
- Un troisième groupe en couverture et en soutien
Vers 20h05, le cortège approche du rond-point. Les conjurés déclenchent l’assaut. Une voiture bloque soudainement la route, forçant la DS présidentielle à ralentir. C’est le signal attendu.
Les 90 secondes d’enfer
Pendant une minute et demie, les rafales d’armes automatiques crépitent. Les témoins décriront plus tard une « véritable pluie de balles ». Les pneus de la DS éclatent, les vitres volent en éclats, la carrosserie est criblée d’impacts. Le chauffeur, Francis Marroux, garde son sang-froid et accélère malgré tout, traversant le barrage de feu.
Miraculeusement, aucune balle ne touche les occupants. Le général de Gaulle aurait simplement déclaré à son épouse : « Cette fois, ils ont vraiment visé. »
Les raisons de l’échec : Analyse technique
L’échec de l’attentat s’explique par une combinaison de facteurs techniques, humains et circonstanciels. Malgré la préparation méticuleuse, plusieurs éléments ont joué en faveur du président.
Problèmes d’exécution
L’analyse postérieure révèle plusieurs défaillances dans l’exécution :
- Le retard de quelques secondes dans le déclenchement de l’attaque
- La mauvaise coordination entre les différents groupes de tireurs
- La qualité médiocre de certaines armes utilisées
- La vitesse maintenue du cortège malgré l’obstacle
Le facteur chance a également joué un rôle déterminant. Plusieurs balles sont passées à quelques centimètres seulement du président et de son épouse. L’une d’elles a même traversé l’habitacle entre leurs deux têtes.
Le rôle décisif du chauffeur
Francis Marroux, le chauffeur présidentiel, fait preuve d’un sang-froid exceptionnel. Au lieu de freiner ou de paniquer, il accélère droit devant, traversant le barrage. Son réflexe sauve probablement la vie du président et de tous les occupants du véhicule.
La Citroën DS, avec sa suspension hydropneumatique, reste contrôlable malgré les pneus crevés, permettant au chauffeur de maintenir la trajectoire et la vitesse.
Les conséquences immédiates et l’enquête
Dès la fin de l’attaque, les forces de l’ordre sont alertées. Le cortège poursuit sa route vers Villacoublay, où le président prend l’hélicoptère comme prévu. La nouvelle de l’attentat se répand comme une traînée de poudre dans les milieux politiques et médiatiques.
La traque des coupables
Une enquête d’envergure est immédiatement lancée. La DST et les services de police mobilisent des moyens considérables pour identifier et arrêter les auteurs. Les investigations progressent rapidement :
- Dès le 29 août, plusieurs suspects sont interpellés
- Les armes utilisées sont identifiées et tracées
- Les réseaux de l’OAS sont démantelés un à un
Le lieutenant-colonel Bastien-Thiry est arrêté le 15 septembre. Les autres participants sont progressivement capturés ou doivent fuir à l’étranger.
Le procès historique
Le procès des conjurés s’ouvre en janvier 1963 devant la Cour militaire de justice. Bastien-Thiry assume pleinement sa responsabilité et défend ses motivations politiques. Malgré les demandes de grâce, il est condamné à mort et fusillé au fort d’Ivry le 11 mars 1963, devenant le dernier officier français exécuté pour des motifs politiques.
Impact politique et institutionnel
L’attentat du Petit-Clamart a des conséquences profondes sur la vie politique française et le fonctionnement des institutions. Le choc est immense, tant dans l’opinion publique que parmi les responsables politiques.
Le renforcement du pouvoir présidentiel
De Gaulle tire de cette tentative d’assassinat une légitimité renforcée. Il apparaît comme l’homme providentiel, protégé par le destin. Cet événement va d’ailleurs influencer directement son projet de révision constitutionnelle.
Quelques mois après l’attentat, en octobre 1962, de Gaulle propose l’élection du président de la République au suffrage universel direct. Le référendum est approuvé, marquant une étape cruciale dans le renforcement de l’exécutif sous la Ve République.
La fin de l’OAS
L’échec de l’attentat du Petit-Clamart porte un coup fatal à l’OAS. L’organisation, déjà affaiblie, perd ses principaux cadres et son crédit auprès de ses soutiens. Les arrestations qui suivent décapitent le mouvement, qui ne se relèvera jamais de cet échec.
Les conséquences à long terme incluent :
- La consolidation de la Ve République
- La marginalisation définitive des extrémistes de l’Algérie française
- Le renforcement des services de protection présidentielle
- Une prise de conscience des risques du terrorisme politique
Comparaison avec d’autres attentats politiques
L’attentat du Petit-Clamart s’inscrit dans une longue histoire d’attaques contre des chefs d’État français et étrangers. Une analyse comparative permet de mieux comprendre sa singularité.
| Attentat | Date | Cible | Résultat | Motivations |
| Petit-Clamart | 22 août 1962 | De Gaulle | Échec | Opposition à l’indépendance algérienne |
| Attentat de la rue Saint-Nicaise | 24 décembre 1800 | Napoléon | Échec | Opposition royaliste |
| Assassinat de Sadi Carnot | 24 juin 1894 | Président Carnot | Succès | Anarchisme |
| Attentat du Petit-Clamart | 22 août 1962 | De Gaulle | Échec | Opposition à l’indépendance algérienne |
Ce qui distingue l’attentat du Petit-Clamart, c’est son caractère particulièrement organisé et militarisé. Contrairement à de nombreux attentats politiques perpétrés par des individus isolés, celui-ci résulte d’une opération planifiée par une organisation structurée.
Questions fréquentes sur l’attentat
Pourquoi l’attentat a-t-il échoué ?
L’échec s’explique par plusieurs facteurs combinés : le retard dans le déclenchement de l’attaque, la mauvaise coordination des tireurs, le sang-froid exceptionnel du chauffeur présidentiel, et une part de chance indéniable. Plusieurs balles sont passées extrêmement près des occupants sans les toucher.
Combien de balles ont touché la voiture présidentielle ?
Les investigations ont établi qu’une vingtaine de balles ont effectivement touché la DS présidentielle. Quatorze impacts ont été comptabilisés sur la carrosserie, tandis que les vitres ont été traversées par plusieurs projectiles.
Quelles ont été les conséquences pour la sécurité présidentielle ?
L’attentat a conduit à un renforcement significatif des dispositifs de protection du président. Les services de sécurité ont revu leurs protocoles, amélioré les véhicules blindés, et développé de nouvelles techniques d’escorte et de sécurisation des déplacements.
L’attentat a-t-il influencé la politique de de Gaulle ?
Oui, indirectement. L’attentat a renforcé la détermination de de Gaulle à poursuivre sa politique algérienne et a probablement influencé sa décision de proposer l’élection du président au suffrage universel direct, renforçant ainsi la légitimité et la stabilité de l’institution présidentielle.
L’attentat du Petit-Clamart reste dans l’histoire comme l’une des tentatives d’assassinat les plus spectaculaires et les mieux organisées contre un président français. Le 22 août 1962, douze hommes de l’OAS ont failli modifier le cours de l’histoire en abattant Charles de Gaulle. Leur échec tient à une combinaison de facteurs techniques, humains, et sans doute à ce que le général lui-même qualifiait de « destin ».
Cet événement a eu des conséquences profondes sur la vie politique française : renforcement du pouvoir présidentiel, élection au suffrage universel direct, marginalisation définitive de l’OAS. Il a aussi marqué les esprits par son caractère presque miraculeux – comment 150 balles peuvent-elles manquer leur cible à quelques mètres ?
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