Dans un contexte économique français marqué par l’inflation et la remontée des taux, la question de l’allocation d’actifs est plus cruciale que jamais. Charles Gave, économiste et financier de renom, apporte dans une interview sur la chaîne Finary un avis tranché et sans équivoque : il faut, selon lui, fuir les obligations et les livrets pour se concentrer exclusivement sur les actions et l’or. Cette position radicale, qui défie la sagesse conventionnelle de la diversification, mérite une analyse approfondie. Cet article de plus de 3000 mots décrypte les fondements de sa pensée, replace son argumentation dans le cadre théorique distinguant les « contrats » des « parts de propriété », et en évalue la pertinence pour l’investisseur particulier français en 2024. Nous explorerons les risques réels des obligations d’État, la résilience historique des actions, le rôle de l’or comme valeur refuge, et les implications pratiques de cette stratégie d’investissement audacieuse.
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La Dichotomie Fondamentale : Contrats vs Parts de Propriété
Le point de départ de l’analyse de Charles Gave repose sur une distinction conceptuelle puissante et simple. Dans l’univers financier, vous ne pouvez, ultimement, acheter que deux types d’actifs. D’un côté, les contrats. Il s’agit de promesses de paiement futur. Une obligation d’État français (OAT), un livret A, un bon du Trésor ou une obligation d’entreprise entrent dans cette catégorie. Vous prêtez votre argent à un émetteur (l’État, une banque, une entreprise) qui s’engage contractuellement à vous le rembourser à une échéance déterminée, avec un intérêt. La valeur de ces instruments est purement extrinsèque ; elle dépend entièrement de la capacité et de la volonté de l’émetteur de tenir sa promesse. Si la confiance en cet émetteur s’effondre, la valeur du contrat peut s’évaporer. De l’autre côté, vous avez les parts de propriété. Les actions en sont l’archétype : en achetant une action, vous devenez propriétaire d’une fraction du capital d’une entreprise. L’or physique entre aussi, selon Gave, dans cette catégorie, en tant qu’actif tangible ayant une valeur intrinsèque et historique, indépendante de la promesse d’un tiers. Ces actifs ont une valeur objective, liée à la génération de richesses réelles (pour l’entreprise) ou à leurs propriétés physiques et monétaires (pour l’or). Pour Gave, le système capitaliste sain devrait reposer sur cette dernière catégorie. Le problème contemporain, qu’il dénonce, est que le monde financier utilise massivement les prix des « contrats » (comme les taux d’intérêt des obligations) pour évaluer les « parts de propriété » (les actions), créant des distorsions majeures.
Le Riquet de la Monnaie : Quand les Contrats Perdent 100% de Leur Valeur
Pour étayer son propos de manière frappante, Charles Gave cite l’exemple historique du assignat, la monnaie-papier émise pendant la Révolution française. L’assignat était, à l’origine, un « contrat » garanti par la valeur des biens nationaux (les terres confisquées au clergé). Rapidement, face aux besoins de financement, l’État en a émis bien au-delà de la valeur des garanties, entraînant une hyperinflation. Résultat : l’assignat a perdu environ 99% de sa valeur. Les détenteurs de ces « contrats » ont été ruinés. Gave étend cette logique aux obligations d’État modernes. Dans un scénario de crise de confiance sévère ou de défaut souverain (même partiel via l’inflation), la valeur réelle de ces obligations peut être anéantie. Il oppose ce destin à celui des détenteurs de « parts de propriété » : « Les gars qui avaient des actions et de l’or, ils sont sortis redressés en magnifique. » Même dans la tourmente, les entreprises productives et l’or conservent une valeur résiduelle, voire en gagnent en période de perte de confiance dans la monnaie fiduciaire. Cet exemple historique sert d’avertissement : la sécurité apparente d’un contrat garanti par l’État n’est pas absolue. Elle est conditionnée à la santé financière et à la crédibilité de cet État.
Pourquoi les Obligations Françaises Sont un Piège Selon Gave
La recommandation de Charles Gave est catégorique : « N’achetez zéro contrat en France. » Cette injonction vise en premier lieu les obligations d’État françaises (OAT) et, par extension, tous les livrets et produits de taux réglementés (Livret A, LDDS, etc.) dont la rémunération est indexée sur ces taux. Son raisonnement est double. Premièrement, le rendement réel (c’est-à-dire le taux nominal moins l’inflation) est souvent négatif ou très faible. Dans un environnement inflationniste, détenir ces contrats équivaut à une érosion certaine du pouvoir d’achat. Deuxièmement, et c’est le point le plus crucial, il existe un risque de crédit sous-estimé. La France affiche un niveau d’endettement public très élevé (supérieur à 110% du PIB) et un déficit structurel persistant. Bien que le risque de défaut pur soit considéré comme faible, le risque d’un « défaut par l’inflation » est réel. Si l’État choisit de monétiser sa dette (c’est-à-dire de la financer en créant de la monnaie), cela conduirait à une poussée inflationniste qui dévaluerait la valeur réelle des remboursements futurs des obligations. L’investisseur serait remboursé en monnaie de singe. Pour Gave, le rendement offert ne compense pas ce risque latent. La prétendue « sécurité » du livret A est donc, dans cette optique, un mirage à long terme.
La Supériorité des Actions : Le Pouvoir de la Propriété Réelle
Face au rejet des contrats, Charles Gave promeut les actions comme l’actif central de tout portefeuille. Son argument est ancré dans la nature même de l’action : une part de propriété d’une entreprise productive. Contrairement à une obligation dont les flux sont fixes et dont le capital est remboursé, une action donne droit à une fraction des bénéfices présents et futurs de l’entreprise. Ces bénéfices, dans une économie capitaliste qui fonctionne, ont tendance à croître sur le long terme, tirés par l’innovation, la productivité et la demande. Ainsi, les actions offrent une protection naturelle contre l’inflation. Une entreprise peut, en principe, répercuter l’augmentation de ses coûts (matières premières, salaires) dans ses prix de vente, préservant ainsi ses marges et la valeur réelle de ses bénéfices. Historiquement, sur des périodes de plusieurs décennies, les marchés actions ont surperformé tous les autres actifs financiers. Gave ne parle pas de spéculation à court terme, mais d’investissement patient dans des entreprises solides. Il s’agit de devenir copropriétaire de l’appareil productif, la seule source véritable de création de richesse. Cette approche requiert de supporter la volatilité à court terme pour capturer la croissance à long terme.
Le Rôle de l’Or : La Valeur Refuge Ultime Hors du Système
Le deuxième pilier de la stratégie préconisée par Charles Gave est l’or physique. Son inclusion aux côtés des actions dans la catégorie des « parts de propriété » peut surprendre, mais elle est logique dans sa grille d’analyse. L’or n’est la dette de personne. C’est un actif tangible, rare, et historiquement accepté comme réserve de valeur depuis des millénaires. Son rôle principal dans un portefeuille est triple. Premièrement, il agit comme une assurance contre les crises systémiques et la perte de confiance dans les monnaies fiduciaires (comme l’euro ou le dollar). Lorsque les « contrats » (obligations, monnaie) vacillent, l’or brille. Deuxièmement, il est une couverture contre l’inflation à très long terme. Bien que volatile sur des périodes courtes, son prix tend à suivre l’expansion de la masse monétaire. Troisièmement, il apporte une diversification non corrélée aux actifs financiers traditionnels. Sa valeur ne dépend pas des résultats d’une entreprise ou de la solvabilité d’un État. Pour Gave, détenir de l’or, c’est détenir une richesse hors du système bancaire et financier, à l’abri des décisions arbitraires des banques centrales et des gouvernements. Il recommande vraisemblablement l’or physique détenu directement, et non les produits dérivés (ETF) qui sont, encore une fois, des « contrats ».
Analyse Critique : Les Limites de la Vision « Zéro Contrat »
Si la thèse de Charles Gave est puissante et pédagogique, elle n’est pas exempte de critiques et de limites que tout investisseur doit peser. Premièrement, elle est extrêmement binaire et volatile. Un portefeuille 100% actions/or expose l’investisseur à des baisses très importantes lors des krachs boursiers. La volatilité psychologique est immense. Deuxièmement, elle ignore les besoins de liquidité et de stabilité à court et moyen terme. Même avec un horizon long, un investisseur peut avoir besoin de fonds disponibles sans risque de marché (pour un apport immobilier, une dépense imprévue). Les livrets réglementés, malgré leur faible rendement, jouent ce rôle de coussin de liquidité sécurisé. Troisièmement, le timing est crucial. Depuis la remontée agressive des taux de la BCE, les obligations offrent enfin des rendements nominaux attractifs (autour de 3% pour les OAT 10 ans). Le « piège » des taux négatifs est derrière nous. Enfin, la recommandation « zéro contrat en France » pourrait être interprétée comme un appel à investir à l’étranger, ce qui introduit des risques de change et de complexité fiscale. Une approche plus nuancée consisterait peut-être à réduire drastiquement la part des obligations d’État françaises au profit d’actions et d’or, sans pour autant les éliminer totalement, et à considérer des obligations indexées sur l’inflation ou des obligations d’entreprises solides.
Mise en Œuvre Pratique pour l’Investisseur Particulier
Comment traduire les principes de Charles Gave en une stratégie d’investissement applicable pour un épargnant français ? Voici une feuille de route pragmatique. 1. Réévaluer son fonds d’urgence : Conserver 3 à 6 mois de dépenses sur des supports liquides et sans risque de capital (Livret A, LDDS). Ce n’est pas de l’investissement, c’est de la sécurité. 2. Allouer le cœur de portefeuille : Pour la partie investie à long terme (>10 ans), opter pour une allocation majoritairement actions. Privilégier les trackers mondiaux diversifiés (ETF sur MSCI World, S&P 500) pour capturer la croissance de l’économie globale et réduire le risque pays. 3. Intégrer une part d’or : Allouer 5% à 15% du portefeuille à de l’or physique (lingots, pièces) détenu en dehors du système bancaire, ou via des véhicules sécurisés (compte or). 4. Repenser la partie « obligataire » : Si désiré, remplacer les obligations d’État françaises par des obligations d’entreprises de qualité (investment grade) internationales, ou des obligations indexées sur l’inflation. 5. Investir régulièrement (DCA) pour lisser le prix d’achat et ne pas tenter de timer le marché. 6. Enfin, se former constamment et consulter un conseiller financier indépendant pour adapter cette stratégie à sa situation personnelle, fiscale et à sa tolérance au risque.
Perspectives : L’Avis de Gave dans le Contexte Économique Actuel
La position de Charles Gave résonne particulièrement fort dans le paysage économique de 2024. La fin de l’ère de l’argent gratuit, la persistance d’une inflation au-dessus des cibles des banques centrales, et les doutes sur la soutenabilité des dettes publiques en Europe donnent du crédit à ses mises en garde contre les « contrats ». La BCE, face à un dilemme entre lutter contre l’inflation et éviter un krach obligataire, pourrait être tentée par des mesures qui déprécieraient la valeur réelle de la dette. Dans ce scénario, les actifs réels (actions, immobilier productif, matières premières, or) sont effectivement mieux armés. Cependant, le monde a changé depuis les assignats. Les mécanismes de régulation, les unions monétaires et la globalisation financière rendent un effondrement complet moins probable, mais pas impossible. L’avis de Gave doit donc être vu comme un rappel salutaire des fondamentaux : l’investissement est avant tout l’allocation de capital vers des actifs productifs ou ayant une valeur intrinsèque. Il invite à une méfiance saine envers les promesses des États surendettés et à une recentrage sur la création de richesse réelle. Pour l’investisseur, le message n’est pas nécessairement de tout vendre pour tout mettre en actions et or, mais de comprendre les risques inhérents à chaque classe d’actifs et de construire son portefeuille en toute connaissance de cause.
L’analyse tranchée de Charles Gave, résumée par le mantra « zéro contrat, seulement des actions et de l’or », constitue un puissant antidote à la pensée financière conventionnelle souvent trop complaisante avec la dette publique. En ramenant l’investissement à l’essentiel – la propriété d’actifs réels versus la détention de promesses – elle force à une réflexion profonde sur la nature du risque et de la valeur. Si une application littérale et exclusive de ses préceptes peut être trop radicale et volatile pour la plupart des épargnants, les principes sous-jacents sont d’une brûlante actualité : se méfier de la « sécurité » illusoire des obligations d’État en période de dette excessive, privilégier les actifs qui bénéficient de la croissance économique et offrent une protection contre l’inflation, et inclure une valeur refuge hors du système comme l’or. L’investisseur avisé retiendra de cet avis non pas une recette toute faite, mais un cadre d’analyse robuste pour construire un portefeuille résilient, capable de traverser les cycles économiques et les tempêtes monétaires. La première étape ? Évaluer froidement la part de « contrats » dans votre épargne et vous demander si leur rendement compense vraiment les risques que pointe Charles Gave.
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