Histoire de l’Angleterre : Origines Celtes, Romaines et Anglo-Saxonnes

L’histoire de l’Angleterre se lit comme une épopée fascinante, une saga millénaire où se mêlent mystères archéologiques, conquêtes successives et métissages culturels déterminants. De l’énigmatique Stonehenge aux premières chartes de liberté, cette terre insulaire a vu naître une civilisation unique qui allait, des siècles plus tard, donner naissance au plus vaste empire maritime de l’histoire. Cette série d’articles se propose de retracer cette trajectoire extraordinaire, depuis les brumes des origines jusqu’à l’apogée impériale et au déclin contemporain.

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Ce premier volet, consacré aux fondations, explore comment une île battue par les vents et les vagues, aux landes souvent infertiles, a progressivement vu émerger les prémices d’une nation. Nous suivrons le fil complexe des trois grandes invasions qui ont façonné l’identité anglaise : l’occupation romaine, l’établissement des peuples germaniques, et enfin l’arrivée des Vikings. Chacune de ces vagues a laissé une empreinte indélébile, contribuant à ce creuset ethnique et culturel dont est issu le Royaume-Uni moderne.

Comprendre ces origines, c’est saisir les racines profondes de phénomènes historiques majeurs : la formation de la langue anglaise, l’émergence d’institutions politiques singulières comme le Parlement, et les tensions persistantes entre centralisation monarchique et pouvoir des élites. C’est également découvrir comment l’Église est devenue un pilier du pouvoir et comment Londres s’est imposée comme centre névralgique. Plongeons donc dans ce premier millénaire, période de transformations fondamentales où se joue, dans le fracas des invasions et la lente sédimentation des cultures, le destin de la future Grande-Bretagne.

Les Origines Celtes : Premiers Habitants Identifiés de l’Île

L’histoire documentée de la Grande-Bretagne commence avec les peuples celtes, premiers habitants clairement identifiés de l’île. Ces populations ne sont pas originaires de l’île elle-même, mais constituent une branche d’un ensemble ethnolinguistique beaucoup plus vaste. Originaires d’Europe centrale, les Celtes entament, aux alentours des IVe et IIIe siècles avant notre ère, une grande migration vers l’ouest du continent européen. Ce mouvement de population aboutit à une division en plusieurs sous-groupes distincts, chacun s’établissant dans une région spécifique.

La Diversité des Peuples Celtes Britanniques

Le groupe qui s’installe sur l’île de Grande-Bretagne est principalement désigné sous le nom de Bretons. Il est crucial de ne pas les confondre avec les Bretons actuels de France, qui sont les descendants de réfugiés bretons fuyant les invasions ultérieures. Les Bretons de l’Antiquité occupent la majeure partie de l’île, mais ne sont pas seuls. D’autres tribus celtiques s’établissent sur l’ensemble des îles Britanniques, créant une mosaïque culturelle complexe.

  • Les Pictes : Peuple énigmatique établi dans le nord et l’est de l’Écosse actuelle, réputés pour leurs tatouages et leurs sculptures sur pierre (les pierres pictes).
  • Les Gaëls (ou Scots) : Originaires d’Irlande, ils finiront par donner leur nom à l’Écosse (Scotland) après s’être établis dans l’ouest de cette région.
  • Diverses tribus brittoniques : Comme les Brigantes, les Catuvellauni ou les Icéni, dont les noms nous sont parvenus grâce aux sources romaines.

Ces sociétés celtiques étaient organisées en tribus, souvent en conflit les unes avec les autres. Leur économie reposait sur l’agriculture et l’élevage, et leur culture était principalement orale, transmise par les druides qui jouaient un rôle religieux, judiciaire et éducatif central. Le site mégalithique de Stonehenge, bien qu’antérieur à leur arrivée, était déjà un lieu sacré et témoigne de la profondeur historique de la spiritualité sur ces terres.

L’Invasion Romaine (43 av. J.-C.) : Une Occupation Politique et Militaire

La première grande rupture dans l’histoire celtique de la Bretagne intervient en 43 après J.-C., sous l’empereur Claude. Cette invasion est la conséquence directe de la conquête de la Gaule par Jules César un siècle plus tôt, qui avait déjà mené des expéditions exploratoires en Bretagne. Contrairement aux invasions qui suivront, l’arrivée des Romains ne constitue pas une migration de peuplement massive, mais plutôt une occupation militaire et politique.

Les légions romaines progressent rapidement dans le sud et l’est de l’île, soumettant ou s’alliant avec les différentes tribus brittoniques. La résistance est parfois farouche, comme celle menée par la reine Boadicée (ou Boudicca) des Icéni en 60-61 apr. J.-C., qui parvient à détruire plusieurs villes romaines avant d’être finalement vaincue. L’occupation romaine s’arrête cependant à des limites géographiques bien définies, marquées par d’impressionnants ouvrages défensifs.

Les Frontières de la Britannia Romaine

Les Romains organisent leur territoire conquis en province, qu’ils nomment Britannia. Cette province correspond grosso modo à l’Angleterre et au pays de Galles actuels. Pour se protéger des peuples insoumis du nord, l’empereur Hadrien ordonne la construction, à partir de 122 apr. J.-C., d’un mur fortifié de 117 km de long, du golfe de Solway à l’embouchure de la Tyne : le célèbre mur d’Hadrien.

  • Au nord du mur : Le territoire est appelé Caledonia par les Romains (l’Écosse actuelle), terre des Pictes et autres tribus qu’ils ne parviendront jamais à soumettre durablement.
  • À l’ouest : La région montagneuse du pays de Galles résiste longtemps, nécessitant la construction de forts et de routes pour son contrôle.
  • À l’ouest, au-delà de la mer : L’île d’Hibernia (l’Irlande) reste totalement en dehors de l’orbite romaine.

L’héritage romain en Bretagne est avant tout matériel et infrastructurel. Ils fondent les premières véritables villes (coloniae et municipia) comme Londinium (Londres), Eboracum (York) ou Camulodunum (Colchester). Ils construisent un vaste réseau de routes pavées, relient les centres urbains et militaires, et introduisent des techniques agricoles avancées, des bains publics et l’architecture en pierre. Cependant, leur influence culturelle et linguistique sur la population bretonne autochtone reste superficielle, surtout en dehors des villes et des villas aristocratiques.

Les Invasions Germaniques (Ve-VIe siècles) : La Naissance de l’Angleterre

Avec le déclin et l’effondrement de l’autorité romaine en Occident au cours du Ve siècle, la province de Bretannia se retrouve isolée et vulnérable. Les légions sont rappelées pour défendre le cœur de l’Empire, laissant derrière elles un vide politique et militaire. C’est dans ce contexte qu’intervient la seconde grande invasion, celle des peuples germaniques originaires des régions côtières de l’actuelle Allemagne du Nord, du Danemark et des Pays-Bas.

Contrairement aux Romains, ces nouveaux venus viennent pour s’installer définitivement. Leurs migrations, souvent violentes, repoussent progressivement les Bretons celtiques vers les marges de l’île : les régions montagneuses de l’ouest (qui deviendront le pays de Galles et la Cornouailles), et par-delà la mer, vers la péninsule armoricaine (qui prendra le nom de Bretagne) et l’Irlande. Ce reflux est à l’origine des légendes arthuriennes, qui évoquent la résistance d’un roi breton contre les envahisseurs saxons.

Les Peuples Fondateurs : Angles, Saxons et Jutes

Les sources historiques, notamment l’œuvre de Bède le Vénérable, identifient trois principaux groupes germaniques :

  1. Les Angles : Ils s’établissent dans le centre et le nord-est de l’île, dans les régions qui prendront les noms d’Est-Anglie, de Mercie et de Northumbrie. C’est d’eux que dérive le nom England (terre des Angles) et English.
  2. Les Saxons : Ils occupent le sud et le sud-est, fondant les royaumes du Wessex, de l’Essex, du Sussex et du Middlesex. Leur nom est resté associé à celui des Angles pour désigner l’ensemble de cette culture (Anglo-Saxon).
  3. Les Jutes : Moins nombreux, ils s’installent principalement dans le Kent et l’île de Wight.

Ces peuples apportent avec eux leur langue (le vieil anglais, ancêtre direct de l’anglais moderne), leur structure sociale tribale, leur religion polythiste (autour de dieux comme Woden/Odin ou Thunor/Thor) et leur système de droit. Ils s’organisent progressivement en une mosaïque de petits royaumes belliqueux, souvent appelés l’Heptarchie (sept royaumes), bien que leur nombre et leurs frontières aient constamment fluctué. C’est de la fusion et des conflits entre ces royaumes que naîtra progressivement une entité politique unifiée : l’Angleterre.

La Christianisation des Îles Britanniques (Ve-VIIe siècles)

Parallèlement aux bouleversements politiques et ethniques, les Ve et VIe siècles sont marqués par un phénomène spirituel et culturel majeur : la conversion au christianisme des peuples des îles Britanniques. Ce processus se déroule en deux vagues successives, créant parfois des tensions entre différentes traditions chrétiennes.

La première vague concerne les peuples celtes restés en marge des invasions germaniques. Dès le début du Ve siècle, des missionnaires comme saint Germain d’Auxerre œuvrent auprès des Bretons. Mais la figure la plus marquante est sans conteste saint Patrick (milieu du Ve siècle), qui évangélise l’Irlande avec un succès retentissant, y fondant une Église aux monastères réputés pour leur érudition. Plus tard, saint Colomba fonde en 563 le monastère de Iona, depuis lequel il convertit une grande partie des Pictes d’Écosse.

La Mission Grégorienne et l’Église Anglo-Saxonne

La seconde vague vise les royaumes anglo-saxons païens. Elle est lancée depuis Rome par le pape Grégoire le Grand. En 597, il envoie Augustin de Cantorbéry (à ne pas confondre avec Augustin d’Hippone) à la tête d’une mission. Augustin débarque dans le royaume du Kent, dont le roi, Æthelberht, est marié à une princesse chrétienne franque. Il y fonde l’archevêché de Cantorbéry, qui demeure encore aujourd’hui le siège primatial de l’Église d’Angleterre.

La christianisation des Anglo-Saxons n’est pas uniforme et connaît des résistances. Elle progresse par le haut, grâce à la conversion des rois, entraînant souvent celle de leur peuple. L’Église devient rapidement un acteur politique et culturel de premier plan :

  • Elle introduit l’écriture latine et relance la vie intellectuelle.
  • Elle perpétue une partie de l’héritage administratif et juridique romain.
  • Elle sert d’intermédiaire et de lien entre les différents royaumes anglo-saxons, et avec le continent.

Un moment clé de synthèse survient avec le synode de Whitby en 664, où le roi de Northumbrie, Oswiu, tranche en faveur des usages romains contre les traditions celtiques (notamment pour la date de Pâques). Cette décision aligne l’Église d’Angleterre sur Rome et consolide son unité.

Les Invasions Vikings (IXe-Xe siècles) et la Réponse d’Alfred le Grand

Alors que les royaumes anglo-saxons commencent à se consolider, une nouvelle menace émerge à la fin du VIIIe siècle : les Vikings, guerriers et navigateurs scandinaves originaires principalement du Danemark et de Norvège. Leurs premières attaques, comme le sac du monastère de Lindisfarne en 793, frappent les contemporains par leur brutalité et leur caractère sacrilège. Contrairement aux envahisseurs précédents, les Vikings pratiquent la guerre navale et fluviale avec une redoutable efficacité, remontant les rivières pour frapper au cœur des terres.

Leurs motivations sont multiples : recherche de butin (or, argent, esclaves), de terres fertiles et de nouveaux débouchés commerciaux. Au fil des décennies, les raids ponctuels se transforment en invasion à grande échelle. Une « Grande Armée » danoise débarque en 865 et conquiert systématiquement les royaumes du nord et de l’est de l’Angleterre, établissant une zone de peuplement et de loi danoise connue sous le nom de Danelaw.

Alfred le Grand et la Renaissance du Wessex

Face à cette vague déferlante, un seul royaume résiste et finit par incarner l’espoir de survie des Anglo-Saxons : le Wessex, sous le règne d’Alfred le Grand (871-899). Après des débuts difficiles et une retraite forcée dans les marais d’Athelney, Alfred réorganise profondément son royaume :

  • Réforme militaire : Il crée une armée permanente (fyrd) et une flotte pour contrer les Vikings sur mer.
  • Réseau de forteresses (burhs) : Il fait construire un système défensif de places fortifiées stratégiquement réparties.
  • Renaissance culturelle : Soucieux d’instruction, il fait traduire en vieil anglais des œuvres latines essentielles et encourage les chroniques, comme la Anglo-Saxon Chronicle.

Sa victoire décisive à la bataille d’Edington en 878 contraint le chef viking Guthrum à faire la paix et à se convertir au christianisme. Alfred ne reconquiert pas le Danelaw, mais il en fixe la frontière par un traité, préservant le Wessex et posant les bases de la reconquête future par ses successeurs. Son œuvre est fondamentale : il est le premier roi à se faire appeler « roi des Anglo-Saxons », fusionnant dans son titre l’identité des peuples du Wessex et des Anglais libérés de la Mercie. Il opère ainsi une synthèse entre les héritages celtes, saxons et désormais vikings, faisant renaître la culture et l’État après des années de chaos.

La Fin du Premier Millénaire : Féodalité, Église et Émergence de Londres

Les Xe et XIe siècles voient la consolidation des tendances amorcées auparavant. Les successeurs d’Alfred, notamment ses petits-fils Æthelstan (premier roi à régner sur toute l’Angleterre) et Edgar le Pacifique, parviennent à reprendre le Danelaw et à unifier politiquement le pays. Cependant, cette unité reste fragile face aux nouvelles attaques vikings, plus systématiques, menées par des rois comme Sven à la Barbe fourchue et son fils, le célèbre Knud le Grand, qui règne sur un empire nordique incluant l’Angleterre, le Danemark et la Norvège de 1016 à 1035.

Cette période est caractérisée par trois phénomènes socio-politiques majeurs qui structurent durablement l’Angleterre médiévale.

Le Déclin des Tribus et l’Émergence de la Féodalité

L’ancienne organisation tribale anglo-saxonne, centrée sur les liens de parenté et la fidélité personnelle au chef (comitatus), évolue progressivement vers un système plus territorial et hiérarchisé, préfigurant la féodalité. Le roi attribue des terres (bookland) à ses fidèles (les thegns) en échange de services, notamment militaires. Cette classe de nobles guerriers, intermédiaire entre le roi et les paysans libres (ceorls), constitue l’embryon de la future noblesse féodale.

La Montée en Puissance de l’Église

L’Église, richement dotée en terres par les rois et les nobles, devient une institution économique et politique colossale. Les monastères bénédictins, réformés au Xe siècle, sont des centres de production agricole, de savoir et de pouvoir. Les évêques et les archevêques siègent au Witan, le conseil des sages qui assiste le roi dans ses décisions. L’archevêque de Cantorbéry consacre le roi, lui conférant une légitimité divine, et joue souvent un rôle de premier plan dans les affaires de l’État.

L’Ascension de Londres comme Centre National

Héritière de la Londinium romaine, Londres connaît un essor continu grâce à sa position stratégique sur le fleuve Thames. Elle devient le principal port commercial du pays, un centre artisanal important et le lieu de couronnement des rois. Sa richesse et sa population en font une ville-clé, dont le soutien est crucial pour tout prétendant au trône. Elle incarne déjà cette vocation de carrefour économique et politique qui fera d’elle, plus tard, la capitale incontestée du royaume.

La Conquête Normande (1066) et ses Conséquences Immédiates

L’année 1066 marque une césure profonde dans l’histoire anglaise. À la mort du roi Édouard le Confesseur, la succession est disputée. Le Witan choisit Harold Godwinson, un puissant noble anglo-saxon. Mais deux autres prétendants contestent ce choix : Harald Hardrada, roi de Norvège, qui envahit le nord de l’Angleterre, et Guillaume, duc de Normandie, cousin d’Édouard, qui affirme que ce dernier lui avait promis le trône.

Harold défait les Norvégiens à la bataille de Stamford Bridge le 25 septembre, mais doit aussitôt faire face à l’armée de Guillaume qui a débarqué dans le sud. Épuisées par une marche forcée de près de 400 km, les troupes anglaises sont vaincues à la bataille d’Hastings le 14 octobre 1066. Harold y trouve la mort, et Guillaume, désormais surnommé « le Conquérant », marche sur Londres pour se faire couronner roi d’Angleterre le jour de Noël.

Une Transformation Profonde de la Société et de l’État

La conquête normande n’est pas un simple changement de dynastie. C’est une révolution sociale, culturelle et politique d’une ampleur considérable.

  • Remplacement de l’élite : L’aristocratie anglo-saxonne est presque entièrement dépossédée et remplacée par des nobles normands, bretons et flamands fidèles à Guillaume. Ces nouveaux seigneurs construisent des châteaux de pierre (mottes castrales puis donjons) pour asseoir leur domination.
  • Centralisation du pouvoir : Guillaume se présente comme le successeur légitime des rois anglo-saxons, mais exerce un contrôle beaucoup plus direct et autoritaire. Il impose un serment de fidélité directe de tous les propriétaires terriens, quelle que soit leur taille, renforçant ainsi le lien féodal vertical.
  • Enquête et fiscalité : Pour connaître les ressources de son nouveau royaume, il ordonne la compilation du Domesday Book (1086), un recensement fiscal d’une précision remarquable pour l’époque.
  • Transformation culturelle : Le français normand devient la langue de la cour, de l’aristocratie et du droit, tandis que le vieil anglais subsiste parmi le peuple. L’Église est également réformée et ses hauts postes confiés à des Normands.

La conquête intègre définitivement l’Angleterre dans l’orbite politique et culturelle de l’Europe continentale, tout en créant une tension durable entre les rois normands (et leurs successeurs Plantagenêt), qui possèdent de vastes territoires en France, et leurs sujets anglais.

De la Magna Carta (1215) à la Guerre de Cent Ans : L’Affirmation du Pouvoir Parlementaire

Les siècles qui suivent la conquête normande voient se dessiner une trajectoire politique singulière, différente de celle de la France voisine. Alors que les Capétiens œuvrent à construire une monarchie forte et centralisée, les rois d’Angleterre, souvent absorbés par la gestion de leur « empire Plantagenêt » (qui s’étendait, à son apogée, de l’Écosse aux Pyrénées), doivent composer avec une élite insulaire puissante et jalouse de ses privilèges.

Cette tension culmine au XIIIe siècle. Le roi Jean sans Terre, après avoir perdu la majeure partie des possessions continentaines (notamment à la suite de la défaite de Bouvines en 1214 face au roi de France Philippe Auguste) et s’être aliéné l’Église, se retrouve dans une position de faiblesse extrême. Les barons du royaume, unis par leur mécontentement, se rebellent et l’obligent, le 15 juin 1215 dans la prairie de Runnymede, à sceller un document fondateur : la Magna Carta (Grande Charte).

La Signification de la Magna Carta

Ce texte, souvent considéré comme la pierre angulaire des libertés anglaises, n’est pas une déclaration des droits de l’homme au sens moderne. C’est avant tout un contrat féodal par lequel le roi s’engage à respecter les droits et privilèges traditionnels de l’Église, des barons et des villes libres. Parmi ses clauses les plus célèbres :

  • La garantie des libertés de l’Église d’Angleterre.
  • L’interdiction de lever des taxes extraordinaires sans le consentement du « commun conseil du royaume » (article 12 et 14).
  • La promesse qu’« aucun homme libre ne sera arrêté, emprisonné, dépossédé de ses biens […] si ce n’est par le jugement légitime de ses pairs et par la loi du pays » (article 39).

Si la Magna Carta fut rapidement amendée et son application souvent bafouée, son principe fondamental – que le roi est soumis à la loi – devint un pilier de la constitution anglaise. Il justifia la convocation régulière d’un Parlement (terme apparu au milieu du XIIIe siècle) pour consentir à l’impôt et présenter des pétitions au roi.

Vers la Guerre de Cent Ans et la Structuration du Parlement

Le XIVe siècle voit cette institution se structurer. Sous le règne d’Édouard Ier, le Parlement commence à inclure systématiquement, outre les grands barons et les prélats, des représentants des chevaliers des comtés et des bourgeois des villes (la future gentry et la bourgeoisie). Cette division préfigure les deux chambres : la Chambre des lords (grande noblesse et clergé) et la Chambre des communes (chevaliers et bourgeois).

C’est dans ce contexte institutionnel en évolution qu’éclate, en 1337, la guerre de Cent Ans, conflit dynastique et féodal contre la France. Cette guerre de très longue durée aura des conséquences profondes : elle renforcera le sentiment national anglais, accaparera l’énergie et les ressources des rois, et donnera au Parlement, qui vote les subsides pour la guerre, une occasion régulière d’affirmer son pouvoir et d’obtenir des concessions en échange. Ainsi, bien avant l’époque moderne, l’Angleterre avait déjà tracé la voie singulière d’une monarchie limitée par la loi et contrôlée par les représentants des élites politiques et économiques du royaume.

Questions Fréquentes sur les Origines de l’Angleterre

Quelle est la différence entre Angleterre, Grande-Bretagne et Royaume-Uni ?

Ces termes désignent des réalités géopolitiques distinctes. L’Angleterre est la plus grande des nations constitutives, historiquement formée par les royaumes anglo-saxons. La Grande-Bretagne est l’île comprenant l’Angleterre, l’Écosse et le pays de Galles. Le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord (son nom officiel) est l’État souverain qui comprend la Grande-Bretagne et la province d’Irlande du Nord.

Pourquoi parle-t-on d’héritage « anglo-saxon » et non simplement « anglais » pour les origines ?

Parce que les peuples fondateurs aux Ve-VIe siècles étaient les Angles et les Saxons (ainsi que les Jutes). Le terme « anglo-saxon » reconnaît cette double origine ethnique et culturelle. Il désigne spécifiquement la période et la civilisation de l’Angleterre pré-normande (environ 450-1066).

Les Romains ont-ils vraiment peu influencé l’Angleterre ?

Leur influence fut profonde sur le plan matériel et infrastructurel (villes, routes, techniques). En revanche, leur impact linguistique et culturel durable sur la masse de la population bretonne fut limité, surtout comparé à celui qu’ils eurent en Gaule (devenue la France romane). La langue celtique des Bretons a survécu jusqu’aux invasions germaniques, et très peu de mots latins sont passés directement en vieil anglais.

Quel fut le rôle exact d’Alfred le Grand ?

Alfred n’est pas seulement le roi qui a arrêté l’avancée viking. Il est le véritable fondateur de l’État anglais médiéval. En sauvant le Wessex, en initiant une renaissance intellectuelle, en réformant l’armée et la justice, et en se proclamant « roi des Anglo-Saxons », il a créé le noyau politique, militaire et idéologique à partir duquel ses successeurs unifieront l’Angleterre.

La Magna Carta était-elle un texte « démocratique » ?

Non, pas au sens actuel. C’était un document aristocratique et féodal, destiné à protéger les barons contre l’arbitraire royal. Son génie historique fut que ses principes (comme l’habeas corpus ou le consentement à l’impôt) furent par la suite invoqués et élargis pour défendre les droits d’une partie toujours plus grande de la population, devenant ainsi le symbole de la liberté face au pouvoir absolu.

L’histoire des origines de l’Angleterre, des pierres levées de Stonehenge aux champs de bataille de la guerre de Cent Ans, révèle un processus de formation nationale d’une richesse et d’une complexité exceptionnelles. Cette genèse fut le produit d’un métissage unique entre trois strates successives : le substrat celtique, marqué par une spiritualité profonde ; l’apport germanique des Angles et des Saxons, fondateur de la langue et des institutions politiques de base ; et l’impact des Vikings, qui, après une phase destructrice, contribuèrent à la dynamique commerciale et à la culture guerrière.

Contrairement à sa voisine française, l’Angleterre a vu émerger très tôt un équilibre des pouvoirs où la monarchie, souvent distraite par ses possessions continentales, dut composer avec une aristocratie et une Église puissantes, puis avec un Parlement représentatif. La Magna Carta de 1215 en est le symbole le plus éclatant. Cette trajectoire singulière, où se mêlent invasions, synthèses culturelles et affirmation précoce des libertés face au pouvoir royal, a forgé l’identité et les institutions qui permettront plus tard à cette petite île de se projeter sur la scène mondiale et de bâtir un empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais.

Cette exploration des fondations est essentielle pour comprendre les épisodes suivants de cette grande saga : la Réforme anglicane, la révolution politique du XVIIe siècle, la révolution industrielle et l’expansion impériale. Pour poursuivre cette immersion dans l’histoire captivante de la Grande-Bretagne, nous vous invitons à découvrir le prochain volet de cette série, qui couvrira la période charnière des Tudors et des Stuarts, où l’Angleterre s’affirme comme une puissance protestante et maritime de premier plan.

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